20 avril 2013 - Chavez, héritier de Bolivar ou de Peron ? - Herodote.net

20 avril 2013

Chavez, héritier de Bolivar ou de Peron ?

Le 19 avril 2013, les Vénézuéliens ont porté à la présidence un fidèle du président Chavez, Nicolas Maduro. Mais le clientélisme de Chavez a laissé le pays au bord du gouffre, en dépit de sa richesse pétrolière. On peut y voir beaucoup de similitudes avec la situation de l'Argentine à la mort d'Evita Peron, en 1952...

Ugo Chavez (Sabaneta, 28 juillet 1954 - Caracas, 5 mars 2013) Le Venezuela est « orphelin » du charismatique Hugo Chavez, lieutenant-colonel métis porté à la présidence le 2 février 1999 après un coup d'État raté, mort d'un cancer le 5 mars 2013 à Caracas, à 58 ans.

Adoré par les masses populaires de Caracas et des grandes villes, le président avait vu ses résultats électoraux progresser d'une élection à l'autre.

Mais Nicolas Maduro, le candidat de son parti qui s'est présenté pour lui succéder le 15 mars 2013, n'a bénéficié pour sa part que d'une victoire d'extrême justesse.

Un bilan très mitigé

Puisant à pleines mains dans les revenus du pétrole, dont le pays est le cinquième producteur mondial, Chavez l'a généreusement redistribué au petit peuple des villes sous forme de subventions et aides en tous genres. De la sorte, il a fait reculer spectaculairement la pauvreté et l'analphabétisme ; une attitude autrement plus généreuse que celles des autocrates arabes, du Quatar et d'ailleurs.

Mais le défunt Commandante a par ailleurs négligé de développer les infrastructures du pays et de soutenir son secteur productif. Il n'a pas pu ou voulu maîtriser la corruption, de sorte que le Venezuela, tout entier dépendant des revenus pétroliers, a perdu ses usines et son agriculture, est devenu un haut lieu de la corruption, laquelle a gangréné aussi les cercles du pouvoir et la famille du président, et surtout un champion mondial de la criminalité avec plusieurs milliers d'homicides par an, soit davantage que dans l'Afghanistan ou la Syrie en guerre.

Ainsi le pays n'aura-t-il pas échappé à la « malédiction de l'or noir », avec une richesse en trompe-l'oeil qui crée plus d'injustices, de violences et de misère qu'elle n'apporte de bien-être. Les syndicats ouvriers, tout comme les intellectuels  « de gauche » et les étudiants ne s'y sont pas trompés ; les uns et les autres demeurant massivement hostiles au Commandante, tout comme la bourgeoisie conservatrice et libérale (note).

Une longue tradition latino-américaine...

Simon Bolivar à Haïti en 1816 (Caracas, 24 juillet 17831 - Santa Marta, Colombie, 17 décembre 1830)Le président Chavez s'est modestement présenté comme un disciple de Simón Bolívar (1783-1830), qualifiant sa politique de « bolivarisme », un concept au contenu très vague, d'autant que le « Libertador » sud-américain a connu bien plus d'échecs que de succès et témoigné d'un humanisme très relatif mais ce n'est pas le lieu ici de déboulonner le mythe.

À vrai dire, s'il est exclu de comparer Chavez à d'authentiques dictateurs comme Castro, qui ont pratiqué les exécutions sommaires et ne se sont jamais soucié des urnes, on peut plus justement le comparer à un autre « caudillo » sud-américain, très populaire en son temps et dont se réclament encore une partie de la classe politique de son pays : Juan Péron, président de la République argentine de 1946 à 1955.

Juan Peron  (8 octobre 1895 - 1 juillet 1974)Avec son épouse Evitá, cet ancien général argentin a appliqué la recette que reprendra Chavez un demi-siècle plus tard, à savoir redistribuer aux classes populaires les colossaux revenus tirés des exportations du pays (blé et viande pour l'essentiel).

Ce clientélisme lui valut une très durable popularité chez les déshérités (les « descamisados » ou sans-chemise), y compris, fait notable, dans la classe ouvrière, qui a bénéficié du protectionnisme douanier. Mais elle ruina le pays pour plusieurs décennies. À cause de cela, l'Argentine, qui était après la Seconde Guerre mondiale le pays le plus développé d'Amérique latine, se traîne aujourd'hui derrière le Brésil et quelques autres.

Le péronisme, réduit à quelques formules de bon aloi, n'en survit pas moins comme référence politique incontournable, un peu à l'image du gaullisme en France et avec plus de succès que celui-ci comme l'ont attesté les élections à la présidence de Carlos Ménem et des époux Kirchner.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2019-02-04 18:12:16

 
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