Thaïlande

Ayutthaya, le glorieux royaume du Siam

Le royaume bouddhiste d’Ayutthaya rayonna pendant quatre siècles sur l’Asie du Sud-Est. C’est l’une des pages les plus glorieuses de la Thaïlande.

Bouddha géant de Wat Mahathat, le temple de la grande relique (cité de Sukhothaï) fondé par le premier roi de Sukhothaï. Agrandissement : le chedi d'or (ou stupa : structure) de style Lan Na, Temple Wat Prathat Doi Suthep (province de Chiang Mai).Il émergea en 1351, quand la France plongea dans la guerre de Cent Ans, et sombra en 1767, à la veille de la Révolution française. Avant lui, la région de peuplement thaï avait déjà vu naître et disparaître de nombreux royaumes, marqués par des rivalités et des transformations profondes et durables.

Jusqu’au XIIIe siècle, le peuple thaï était composé de communautés dispersées entre le sud de la Chine et l’Asie du Sud-Est. C’est un groupe ethniquement lié aux groupes linguistiques tai, un groupe de langues sino-tibétaines.

La langue thaïe, appelée « siamais » à l'époque, constitue encore la langue officielle de la Thaïlande moderne. Caractérisée par une identité culturelle et religieuse centrée sur le bouddhisme, les Thaïs représentaient plus de la moitié des habitants du royaume.

Sous l’influence des puissants royaumes voisins – notamment l’empire Khmer (802-1431) et le royaume de Pagan (849-1297) – ces petites communautés évoluèrent petit à petit vers des structures politiques plus centralisées, posant les bases de futurs royaumes durables.

Le déclin progressif des puissances régionales de l’époque, en partie accentué par les invasions mongoles, laissa un vide dont plusieurs royaumes thaïs tels que Sukhothai (1238), Ayutthaya (1351) ou encore Lan Na (1292 ou 1296 selon les sources) surent profiter.

Paul Moyon-Paganelli
Vincent Boqueho raconte l'Asie du Sud-Est au Moyen Âge en cartes animées

Un pays de cocagne

La capitale, Ayutthaya, est une ville située à environ 80 km au nord de l’actuelle Bangkok. Elle se trouve à la croisée de trois cours d’eau : le fleuve Chao Phraya, et ses deux affluents, le Lopburi et le Pa Sak. La ville est donc entourée de terres fertiles, principalement utilisée pour la riziculture, qui dominait l'économie locale. Le riz était aussi bien cultivé pour l'autoconsommation que pour l'exportation, notamment vers les ports chinois et indiens.

Cette agriculture florissante a su soutenir l’expansion du royaume pendant plusieurs siècles et lui a permis de maintenir un territoire d’une superficie tout à fait respectable. En effet, à son apogée au XVIIe siècle, le royaume comprenait plus ou moins la Thaïlande actuelle (à l’exception des régions montagneuses du grand nord), le Laos, le Cambodge, ainsi que le sud de la Birmanie, soit une superficie d’environ 600 000 à 700 000 km2. A titre de comparaison, la France actuelle a une superficie de 551 695 km2.

Johannes Vingboons, aperçu de la ville d?Ayutthaya au début du règne du roi Narai. (Prise du livre « The Dutch Encounter with Asia, 1600-1950 », L. Blusse et K. Zandvliet). Agrandissement : Johannes Vingboons, Ayutthaya vers 1665, La Hague, Archives nationales des Pays-Bas.

Un territoire plutôt étendu donc, dont les frontières fluctuaient souvent, notamment en raison des allégeances, parfois versatiles, prêtées par les différents vassaux. Concernant la population du royaume, les chiffres ne sont pas vraiment précis.

Simon de La Loubère, poète et diplomate français envoyé à la cour du roi Narai par Louis XIV en 1687 écrivait dans son œuvre intitulée Description du royaume de Siam (1691) : « Les Siamois tiennent donc un conte exact des hommes, des femmes & des enfans : & dans cette grande étenduë de Païs ils n'avoient, de leur propre confession, conter la derniere fois que dix-neuf cent mille Ames. » Autrement dit, une population plutôt bien recensée, d’environ 1,9 millions d’habitants. Il va rapidement relativiser ses propos en indiquant des failles dans les processus de recensement...

David K. Wyatt, historien et auteur américain du XXe, revoit le chiffre à la baisse et parle plutôt d’une population comprise entre 1 millions et 1,5 millions d’habitants. Le peuple thaï constitue plus de la moitié de cette population, composée également d’ethnies laotienne, khmer, chinoise ou encore malaise.

Wihan secondaire et statue de Bouddha au fond du sanctuaire et, en arrière-plan, prang secondaire, Wat Mahathat, Ayutthaya. Agrandissement : Tête d'une statue de Bouddha envahie par un figuier étrangleur au temple Wat Mahatat, dans le parc historique d'Ayutthaya.

Fondation et expansion du royaume d’Ayutthaya

Le royaume d’Ayutthaya, ainsi appelé d’après le nom de sa capitale, s’imposa comme pilier majeur de la région par le biais d’alliances et de conquêtes. En quelques décennies, il devint un acteur clé du commerce régional et international, tissant des liens avec la Chine, l’Inde et même l’Europe. Son essor rapide en fit un modèle politique et culturel influent, dont l’héritage se retrouve encore aujourd’hui en Thaïlande.

Ramathibodi Ier, fondateur du royaume d'Ayutthaya. Agrandissement : Wat Phra Ram, temple emblématique d'Ayutthaya construit en 1369 sous le règne du roi Ramesuan. Fondé en 1351 par le roi U-thong, connu plus tard sous le nom de Ramathibodi Ier, le royaume d’Ayutthaya se constitua grâce à la fusion de cités-États thaïes et môn auparavant sous la domination du royaume de Sukhothai (1238-1438), alors en déclin relatif.

Le nouveau royaume eut l’avantage de bénéficier d’une situation géographique stratégique, au carrefour des routes commerciales régionales, mais son existence était fragilisée par l'absence de légitimité face aux autres puissances régionales, qui le virent rapidement comme une menace.

Souverain ambitieux et pragmatique, Ramathibodi Ier va établir son pouvoir et sa légitimité en stabilisant les frontières du royaume, régulièrement menacées par le royaume de Sukhothai et l’Empire Khmer.

Pour atteindre son objectif, il engage des campagnes militaires et des manœuvres diplomatiques. Il affirme également son autorité, à mi-chemin entre le modèle « mandala » et le modèle du « devaraja » :

La statue de Harihara, dieu fusion de Shiva et de Vishnu, est la représentation mortuaire déifiée du roi Kertarajasa de Majapahit. Vénérer le roi comme un dieu incarné sur terre est le concept de devaraja. Le tableau se trouve aujourd'hui dans la salle Warophat Phiman du palais royal de Bang Pa-In. - Le « mandala » est un système politique dans lequel le pouvoir royal est décentralisé et structuré en cercles concentriques d’influence, autour d’un centre qui prend souvent la forme d’une ville capitale.

- Le « devaraja » un modèle de pouvoir absolu hérité de l’hindouisme. Un système religieux et très centralisé dans lequel le roi est considéré comme l’incarnation divine sur terre.

Ainsi, le souverain se place au-dessus des chefs locaux en s’appuyant sur une légitimation religieuse de son pouvoir. Mais il conserve également certaines caractéristiques héritées du modèle du « mandala » en laissant une autonomie relative aux cités-États ainsi qu’aux territoires vassaux.

Cette approche hybride a permis à Ayutthaya de s’imposer comme une puissance régionale durable et de s’étendre rapidement.

Expansion territoriale et affirmation régionale

À la mort de Ramathibodi Ier, en 1369, lui succède son beau-frère Borommaracha Ier. La dynastie étant assurée et l’influence régionale affirmée, ce dernier va entreprendre le début de l’expansion territoriale du royaume.

Le roi Borommaracha Ier. Agrandissement : Intharacha, neveu de  Borommaracha Ier et ancien seigneur de Suphanburi qui avait pris le trône d'Ayutthaya pour la dynastie Suphannaphum, régna en tant que roi d'Ayutthaya (1408-1424).En 1376, Borommaracha Ier contracte une alliance matrimoniale avec le royaume de Sukhothai. Un mariage est prononcé entre les membres des deux familles royales respectives (les sources sont floues quant à l’identité des mariés). Ce mariage va conduire Borommaracha Ier à vassaliser le royaume de Sukhothai.

En 1438, le souverain Mahathammaracha IV étant mort sans héritier direct, la monarchie de Sukhothai est abolie et son territoire annexé au royaume d’Ayutthaya.

Ainsi renforcé, Ayutthaya va tourner ses ambitions vers ses autres voisins, les royaumes birmans, l’empire khmer ainsi que le royaume de Lan Na.

Viennent d’abord des conquêtes militaires stratégiques et rapides. L’exemple le plus parlant est la prise d’Angkor en 1431, capitale d’un empire Khmer très affaibli par les querelles de succession.

Puis, sous le règne de Ramathibodi Ier, Ayutthaya parvient à négocier des pactes de non-agression avec le royaume d’Hanthawaddy (1287-1539), dirigé par Binnya U. Ainsi, le royaume d’Ayutthaya parvient-il à s’imposer en tant que puissance régionale majeure.

Le combat à mort entre deux fils du roi Intharacha, à dos d'éléphant, au pont de Pa Than. Tableau réalisé en 1887 à la demande du roi Chulalongkorn (Rama V, 1868-1910) aujourd'hui dans la salle Warophat Phiman du palais royal de Bang Pa-In (au sud d'Ayutthaya).

Une puissance militaire majeure

Ces conquêtes étaient rendues possible par une armée stratégiquement structurée et efficace. Elle reposait sur une combinaison de forces régulières et, en temps de guerre, de paysans recrutés par conscription.

Naresuan le Grand, roi d'Ayutthaya, entre dans la ville en ruines de Hanthawaddy en 2142 à l'ère bouddhiste (entre 1599 et 1600).Les soldats réguliers étaient des troupes professionnelles au côté desquelles combattaient également des mercenaires. 

L'armée était divisée en unités spécialisées, comprenant des infanteries lourdes, des archers, mais aussi des éléphants de guerre, symboles du prestige du royaume. Ils étaient d’ailleurs particulièrement prisés pour leur capacité à semer la panique parmi les troupes ennemies et à briser les formations adverses. .

Concernant les effectifs, il est difficile d’estimer le nombre réel de soldats. On sait cependant que l’armée d’Ayutthaya était une puissance régionale majeure, notamment en raison de sa capacité de levée de troupe et de son organisation.

Bataille entre la reine Suriyothai et le vice-roi de Prome (auj. Piray, Birmanie) lors de la guerre birmano-siamoise de 1548-1549, prince Narisara Nuwattiwong, fils de Pannarai et du roi Rama IV, polimathe, 1887.  Agrandissement : Relief du monument du roi Ramkhamhaeng, dit Rama le Fort ou Rama le Hardi (XIIIe siècle), cité de Sukhothai.

Le royaume à son apogée (XVe - XVIIe siècle)

L’âge d’or du royaume d’Ayutthaya se traduit par son influence sur le Sud-Est asiatique et des relations commerciales qui s’étendent bien au-delà.

Le temple Wat Ratchaburana fut fondé en 1424 par le roi Borommarachathirat II du royaume d'Ayutthaya et construit sur le site de crémation de ses deux frères aînés.Construite sur une île fluviale formée par la convergence de trois rivières (Chao Phraya, Lopburi et Pa Sak), la capitale du royaume, Ayutthaya, bénéficie d’une appréciable défense naturelle. Elle domine également d’un espace important de terres fertiles qui assure son approvisionnement alimentaire.

De plus, c’est une position commerciale stratégique propice aux échanges avec l’Inde, la Chine et l’archipel malais. Ainsi, Ayutthaya exporte principalement du riz, du bois de teck, des peaux et de la porcelaine locale vers les pays voisins. En retour, le royaume importe des soieries, des céramiques, ainsi que des épices et des métaux précieux.

Ces échanges lui permettent d’accroître rapidement sa richesse et même d’attirer des marchands étrangers, notamment des Perses, des Japonais et, à partir du XVIe siècle des Portugais et des Néerlandais. Il devient ainsi un centre commercial régional aux influences internationales, attirant des puissances marchandes européennes en pleine expansion.

Ces relations dans un premier temps commerciales vont rapidement devenir diplomatiques et affirmer d’autant plus l’influence du royaume dans la région. En effet, Ayutthaya accueille régulièrement des ambassades européennes à partir du XVIe siècle.

Alexandre, chevalier de Chaumont, accompagné de François-Timoléon de Choisy (juste derrière lui) et de Louis Laneau, en mission accréditée par le roi Louis XIV, sont reçus par le roi Narai du royaume d'Ayutthaya, 18 octobre 1685 ; dessin de Jean-Baptiste Nolin, Paris, BnF, Gallica. Agrandissement : Kosa Pan reçu au château de Versailles en 1686, Jacques Vigouroux Duplessis, vers 1715, abbaye royale de Chaalis, Ermenonville.Après la prise de Malacca par les Portugais en 1511, une délégation officielle est envoyée à Ayutthaya pour établir des relations commerciales. Premiers européens à établir un contact avec le royaume, les Portugais obtiennent des comptoirs et le droit de s’installer sur le territoire. 

Près d'un siècle plus tard, en 1608, les Hollandais à leur tour bâtissent des relations commerciales avec Ayutthaya. Ils fondent un comptoir commercial durable dans la capitale et favorisent un apaisement des tensions religieuses nées de la volonté des Portugais d’évangéliser le royaume.

Entre 1685 et 1687, Louis XIV envoie à son tour deux délégations officielles afin d’affirmer et de renforcer les liens commerciaux avec la France mais aussi de relancer la campagne de conversion au catholicisme.

L'abbé de Choisy présente la splendeur et la richesse de la cour siamoise dans son Journal du voyage de Siam fait en 1685 & 1686 : « La cour de ce palais est grande, & fort gaye. À droite est un grand lieu à colonnes, qui est magnifique & galant : le haut est peint d'un jaune, qui paroît or ; les murailles sont blanches, toutes pleines de niches où il y a des porcelaines ; ce jaune, ce blanc, & ce bleu se marient fort bien ensemble.  »

Ainsi, l'influence commerciale du royaume d’Ayutthaya va participer au rayonnement culturel et religieux du royaume dont l’héritage est encore largement présent aujourd’hui.

Wat Phra Si Sanphet, temple royal d?Ayutthaya construit en 1448.  Les trois stupas (ou chedi) abritent les cendres de trois rois importants d'Ayutthaya : Ramathibodi Ier ( 1314-1369), Ramesuen Ier (1339-1395) et Borommatrailokkanat (1400-1488).

Le bouddhisme au cœur de la culture d’Ayuttahya

Le bouddhisme theravada (ou « Voie des Anciens ») va très vite marquer la culture du royaume d’Ayutthaya. Avant son adoption, les Thaïs étaient principalement animistes et polythéistes. De plus, la région de l'Asie du Sud-Est, était marquée par une forte influence hindoue, en particulier à travers l'Empire Khmer.

Moine bouddhiste à Ayuttahya. Agrandissement : Wat Louang, temple historique d'Ayutthaya.Les élites d’Ayutthaya étaient d’ailleurs imprégnées de culture hindoue, notamment à travers l’application du pouvoir tel que le devaraja, mentionné plus haut. Cette influence hindoue s’est progressivement atténuée à mesure que le bouddhisme theravada s'impose comme religion dominante au sein du royaume.

C’est à partir du XIIIe siècle que le bouddhisme theravada est pratiqué notamment au sein du royaume de Sukhothai. Cette forme ancienne du bouddhisme (dico), qui trouve son origine en Inde, se développe particulièrement dans la région du Sri Lanka actuel. Centrée sur l’éveil individuel à travers la méditation, l’éthique et les enseignements du Bouddha, elle est toujours pratiquée par 95% de la population thaïlandaise.

Dans le contexte d’Ayuhttaya, le bouddhisme theravada structure la société, renforce l’autorité royale et favorise les échanges culturels, notamment avec les autres royaumes bouddhistes d’Asie du Sud-Est. En effet, l’administration même du royaume est renforcée par le bouddhisme theravada qui confère une importance particulière aux moines (ou sangha). Ces derniers assurent alors autant des fonctions de conseillers royaux que de médiateurs spirituels. Étant très respectés, ils jouissent d’une légitimité qui leur permet d’être efficaces.

Bouddha Gautama mourant, sur le point d'entrer en parinirvana, argile rouge dans un vieux temple de Bagan (Birmanie), partiellement recouvert de feuilles d'or appliquées par les fidèles. Figure éminente du bouddhisme Theravada. Agrandissement : Temple Wat Yai Chai Mongkhon à Ayutthaya.

De plus, le royaume se couvre de nombreux temples (ou wat) et monastères. En plus de remplir leur fonction spirituelle, ils deviennent également des centres communautaires vitaux et participent à l’éducation des jeunes garçons.

Statue du roi Narai le Grand du Siam. Agrandissement : Vestiges du palais royal de Lopburi (Phra Narai Ratchaniwet).Les souverains sont perçus comme des protecteurs garants de l’ordre moral et spirituel (Dharmaraja) ce qui participe à l’affirmation de leur autorité. Ayutthaya devient alors un centre de rayonnement bouddhique, accueillant des religieux venant du Sri Lanka, de Birmanie et du Cambodge.

Le royaume connaît un essor architectural, notamment sous le règne de Narai (1656-1688) qui s’emploie à embellir le déjà majestueux Wat Phra Si Sanphet, temple royal toujours visible aujourd’hui ! De nombreux temples sont construits ou restaurés en s’inspirant des arts birmans, khmers et même européens, créant ainsi une certaine singularité.

Citons également le palais royal de Lopburi (Phra Narai Ratchaniwet), qui témoigne d’un croisement d’influences thaïes, perses et européennes, mettant en avant la richesse des échanges culturels et l’ouverture à l’Occident. D’ailleurs, Narai aimait intégrer des conseillers étrangers à sa cour, ce qui n’était pas toujours bien vu par ses pairs…

Déclin et chute du royaume d’Ayuttahya

Ayuttahya, à l’instar des autres royaumes du Sud-Est asiatique, n’était pas exempt de conflits internes, souvent liés à la succession. En effet, n’étant pas une monarchie héréditaire, le souverain pouvait choisir son successeur. Ce choix était bien souvent entouré d’intrigues de cour, de complots qui finirent par dangereusement fragiliser le royaume. Deux exemples ont particulièrement marqué les esprits.

Constantin Phaulkon, gravure de Pierre-Joseph d'Orléans, XVIIe siècle.Le roi Narai désirait s’ouvrir au monde occidental. Cette diplomatie, audacieuse pour l’époque, s’accompagne de la présence de conseillers occidentaux influents à la cour. Le plus connu d’entre eux est sûrement Constantin Phaulkon, d’origine grecque, qui œuvre activement à la politique d’ouverture du royaume.

En 1688, le roi Narai tombe gravement malade, ce qui permet à Phetracha, un haut dignitaire militaire, d’exécuter un coup d’État. Le roi est alors écarté du pouvoir tandis que Constantin Phaulkon et ses partisans sont arrêtés, torturés puis exécutés. 

Cet épisode marque une rupture brutale avec la politique d’ouverture menée jusque-là et le royaume se replie sur lui-même. Une période de grande instabilité s’ensuit, caractérisée par des luttes internes violentes.

Représentation birmane d'un roi d'Ayutthaya, analysée comme le roi Ekkathat, le roi Uthumphon ou le roi Suriyat dans les Chroniques birmanes en écriture thaïlandaise, le Royal Document, XVIIe-XVIIIe siècle, Londres, British Library. Agrandissement : Statue du roi Ekthat, Wat Lamut, district de Nakhon Luang, province d'Ayutthaya.Quelques décennies plus tard, en 1758, la mort du roi Borommakot occasionne un violent conflit de succession. N’ayant pas désigné d’héritier, ses deux fils s’affrontent pour le pouvoir. Après des manœuvres politiques et des pressions exercées sur l’un puis sur l’autre, c’est finalement Ekkathat, le frère aîné qui monte sur le trône.

Son règne, marqué par son indécision et son incapacité à gouverner, accentue les divisions internes. Les rivalités entre factions nobles déstabilisent grandement le royaume, affaiblissent le pouvoir central et désorganisent l’armée, si bien que lorsque surviennent des invasions birmanes, le roi Ekkathat ne parvient pas à mobiliser une force suffisante pour se défendre.

Destruction d'Ayutthaya, Mémorial national de Thaïlande, Pathum Thani (au nord de Bangkok).

Les invasions birmanes

Le royaume subit des pressions de l’extérieur, notamment de la part dynasties birmanes Taungû puis Konbaung. Les frictions étaient fréquentes mais c’est au XVIIIe siècle que l’invasion la plus marquante a lieu. En 1767, la ville d’Ayuhtthaya, capitale rayonnante du royaume, est assiégée par les troupes birmanes du roi Hsinbyushin. Ce dernier encercle la ville et coupe ses lignes de ravitaillement.

Après plusieurs mois de siège, les troupes ennemies réussissent à percer les défenses désorganisées et saccagent complètement la capitale. Cette volonté de destruction résulte de siècles de rivalités territoriales et commerciales. La ville est incendiée, les temples et palais détruits tandis la population est massacrée ou déportée en Birmanie. 

Statue du roi Taksin de Thonburi, palais Hat-Sung (Wat Kungtapao), province d'Uttaradit (nord de la Thaïlande). Agrandissement : Statue de Chao Phraya Chakri, ou Rama Ier, successeur de Taksin.Si l’attaque birmane de 1767 est souvent perçue comme la cause directe de la chute d’Ayutthaya, elle n’a en réalité que hâter le trépas d’un royaume déjà fragilisé par des décennies de querelles internes. Si le royaume ne se relèvera jamais de cette défaite militaire, qui marque sa chute officielle, la civilisation thaïe lui survivra.

Malgré le chaos politique laissé par cet épisode, un général thaï du nom de Taksin parvient à regrouper des forces et à reprendre la ville de Bangkok, située à 80 km au sud d’Ayutthaya. Il fonde alors un nouveau royaume avec pour capitale Thonburi à partir de 1768.

Il est renversé en 1782 par Rama Ier qui fonde à son tour un nouveau royaume sous le nom de Rattanakosin. Il fait de Bangkok sa capitale et inaugure la dynastie Chakri, encore au pouvoir actuellement !

Fresque de l'épopée de Ramakien, écrite par le roi Rama Ier, (version thaïlandaise du Ramayana), sur les murs du temple du Bouddha d'émeraude, Grand Palais, Wat Phra Kaeo, Bangkok. Agrandissement : Vue actuelle du temple du Bouddha d'émeraude.

Si la monarchie absolue a perduré jusqu’à la révolution siamoise de 1932, l’influence d’Ayutthaya demeure perceptible dans les institutions et traditions thaïlandaises contemporaines. En effet, l’équilibre entre ouverture au monde et affirmation de la souveraineté nationale, déjà pratiqué à l’époque, continue d’inspirer la diplomatie thaïlandaise.

La ville d’Ayutthaya n’a jamais retrouvé sa splendeur passée, ayant été en grande partie détruite et pillée. Elle est cependant classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, et ses ruines donnent encore aujourd’hui un aperçu de ce qu’a pu être l’ancienne capitale de l’un des royaumes fondateurs de la Thaïlande.


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Histoire du Viêt-nam
Publié ou mis à jour le : 2025-07-03 16:34:45
Yves, Montenay (19-03-2025 15:23:31)

Je suis allé à Yahia, il y a bien longtemps et sur le chemin, j’ai vu la tombe de deux soldats francais équipés comme à la Renaissance, ce qui illustre les contacts internationaux du Siam

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