Mousseline la Sérieuse

Ainsi l’appelait Marie-Antoinette

Avec Mousseline la Sérieuse (Héloïse d'Ormesson, 336 pages, 18€, 2016), Sylvie Yvert nous propose un premier roman historique consacré à la fille de Louis XVI et Marie-Antoinette, « Madame Royale ». Selon un procédé mis à l'honneur par Françoise Chandernagor (L'Allée du Roi, 1981), elle lui donne la forme de mémoires apocryphes...

Mousseline la SérieuseMarie-Thérèse-Charlotte de France, plus connue sous le nom de « Madame Royale », est une survivante. La Révolution française a guillotiné ses parents, Louis XVI et Marie-Antoinette, et infligé à son frère de tels traitements qu'il en mourra.

Du fond de son exil en Italie, au crépuscule de sa vie, celle que sa mère a affectueusement surnommée « Mousseline la Sérieuse », entreprend d'égrener le chapelet de cette existence hors normes.

Sylvie Yvert nous fait revivre cette vie si particulière à travers des mémoires qui, tout en étant apocryphes (imaginaires), respectent la réalité historique et offrent un point de vue unique sur les événements de cette période. Le lecteur va accompagner cette femme au fil des terribles épreuves qui ont marqué sa vie, partager ses espoirs, ses désirs et ses souvenirs, marqués dès l'enfance par le sceau du malheur.

La lente agonie de la royauté

« Mousseline la Sérieuse » va vivre les dernières heures de la royauté. En octobre 1789, encadrée par une populace ivre vociférant des insultes, la famille royale est obligée de fuir Versailles pour se réfugier aux Tuileries, palais ouvert aux quatre vents qui fera dire au petit Charles, futur Louis XVII : «  Tout est bien laid, ici. »

Deux ans plus tard, par une nuit sans lune du mois de juin, Mousseline, alors âgée de treize ans, grimpe dans une grosse berline en compagnie de ses parents déguisés, l'un en cocher, l'autre en gouvernante. Démasqués à Varennes, ils seront ensuite ramenés aux Tuileries où ils devront affronter les hurlements et les invectives du peuple : « À bas le gros cochon ! »

La famille royale, accompagnée par la sœur de Louis XVI, Madame Élisabeth, se retrouve ensuite prisonnière au Temple. Mousseline se remémorera souvent les adieux déchirants de ses parents la veille du 21 janvier 1793 où son père tomba sous le « rasoir national ». De ce jour, la santé de la reine déclina, ne devenant plus que l'ombre d'elle-même, cheveux prématurément blanchis, visage fermé.

De fervents royalistes tentèrent à plusieurs reprises de faire évader les prisonnières. Aucune ne parvint à réussir même avec la complicité de Toulan, gardien attendri par la situation tragique des détenues. Pour plus de sûreté encore, le Comité de Salut Public sépara le petit Charles de sa mère, et lui octroya le savetier Simon comme geôlier. Tous les jours, Mousseline, Élisabeth et Marie-Antoinette montaient sur la plate-forme de la Tour du Temple pour essayer d'apercevoir l'enfant.

Début août 1793. Nouveau drame pour Mousseline. À deux heures du matin, sa mère est transférée à la Conciergerie. Quelques mois plus tard, s'ouvrait le procès de Marie-Antoinette, procès truqué, perdu d'avance.

Pendant plus d'un an, la jeune fille ignorera la fin tragique de la reine. En mai 1794, sa tante Elisabeth monte à son tour dans la charrette des condamnés. Mousseline et le petit Charles sont maintenus en prison dans la solitude et l'indifférence, chacun à son étage. Louis XVII y exhalera son dernier soupir.

Une vie en exil

Marie-Thérèse Charlotte de France (19 décembre 1778, Versailles ; 19 octobre 1851, Frohsdorf, Autriche), portrait par Antoine-Jean Gros, Bowes Museum (Royaume-Uni) En 1795, Marie-Thérèse-Charlotte de France est si mal-en-point que son sort provoque la compassion. Une députation réclame même sa libération à la Convention. Après bien des palabres, l'empereur François II d'Autriche accepte d'accueillir sa nièce. La période du Directoire une fois achevée, elle retrouve Paris au début de la Restauration.

Puis, contrainte de se réfugier en Angleterre durant les Cents Jours, elle revient en France sous le règne de son oncle Louis XVIII. Son successeur, Charles X, commet l’erreur de vouloir restaurer la monarchie d’Ancien Régime. Contraint à l’abdication, il doit laisser le trône à Louis-Philippe qui devient le roi des Français.

Un nouvel exil commence alors pour Mousseline, d’abord en Écosse, dans le château de Holyrood, une lugubre bâtisse noyée dans le brouillard. Elle reprend ensuite la route de l'Autriche où elle continue à mener une vie morose avec son époux le duc d'Angoulême, Louis-Antoine d’Artois, épousé alors qu'elle avait vingt ans.

En 1836, l’empereur François meurt et Mousseline part s'installer à Goritz, petite ville au nord de la mer Adriatique. C'est là que disparaît son époux, au printemps 1844, des suites d'une tumeur maligne. Sept ans plus tard, Marie-Thérèse-Charlotte de France, fidèle au régime monarchique jusqu’à la fin de sa vie, rend son dernier soupir à Frohsdorf, en Autriche.

D'une plume touchante et délicate, l'auteur, au plus près de la réalité historique, met ses pas dans ceux de son héroïne, et dresse, avec une grande justesse, le portrait d'une femme souvent méconnue, ballottée de pays en pays, vivant dans l’exil une existence qui ne fut, selon les mots d’un auteur de l’époque, « qu’un holocauste perpétuel ».

Pour rédiger ces mémoires, Sylvie Yvert s'est largement inspirée de la correspondance de la duchesse d'Angoulême ainsi que des feuillets relatant la captivité de la famille royale au Temple écrits alors que Mousseline y était incarcérée.

Cet ouvrage est aussi le fruit d’une volonté affirmée. Son auteur, Sylvie Yvert, a dû imposer son récit à la première personne car la plupart des éditeurs se cantonnent le plus souvent à une seule alternative : soit un roman historique émaillé d’épisodes croustillants, soit une biographie classique.

Ghislaine Riccio
L’auteur : Sylvie Yvert

Chargée de mission au Quai d'Orsay puis au Ministère de l'Intérieur, Sylvie Yvert a aussi publié en 2008 un recueil de critiques littéraires, Ceci n'est pas de la littérature, aux éditions du Rocher, et se consacre depuis à la photographie.

Publié ou mis à jour le : 2025-03-11 14:50:47
Michel THIERS (29-11-2017 14:16:29)

Existe-t-il une traduction française ou, à la rigueur anglaise du livre de Monsieur CIZEK. Si cela vous est possible veuillez transmettre ce message ainsi que mon adresse email à Monsieur CIZEK.... Lire la suite

Andrzej Marceli Cisek (16-11-2017 14:53:27)

Dans cet article, il y a un morceau de vérité inconnu des Français. Dans mon livre "Le mensonge de Bastille" ("Kłamstwo Bastylii" en polonais) - j'ai montré que la Grande Révolution Françai... Lire la suite

Reine Claude (12-11-2017 01:38:42)

12/11/2017 à 01 H 20 J'ai acheté cet intéressant ouvrage lors de sa sortie. Il est très sympathique bien que s'agissant d'un roman. Quelques coquilles concernant deux dates qui seront sans doute ... Lire la suite

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