7-8 août 1786

Première ascension du Mont Blanc

Le 7 août 1786,  Jacques Balmat (24 ans) et le médecin Michel Paccard (29 ans) entreprennent la première ascension du Mont Blanc. Les deux hommes mettront deux jours à réaliser l'ascension, inventant sans le savoir une discipline promise à un prodigieux succès : l'alpinisme.

Point culminant des Alpes - 4810 mètres à l'époque ; 4807 aujourd'hui, d'après les derniers relevés -, le Mont Blanc  (orthographe) appartient à ce moment-là au royaume de Piémont-Sardaigne comme l'ensemble de la Savoie.

Le village de Chamouny vers 1780 (aujourd'hui Chamonix) vue depuis le Brévent, avec à gauche la Mer de Glace et à l'arrière-plan le mont Blanc (lithographie d'A. Bachmann, d'après une gravure de Louis Bleuler)

Le mont Blanc, de maudit à convoité

Nul n'a encore songé à escalader ce massif impressionnant, qualifié de montagne maudite par les Savoyards. De son sommet toujours couvert de neige et souvent noyé dans les nuages, descendent de redoutables glaciers, le glacier des Bossons et la Mer de Glace. Peu de gens, d'ailleurs, le connaissent, en-dehors des villageois du cru, car le massif alpin est encore largement dépourvu de voies carrossables. Au pied du massif du Mont-Blanc, le modeste village de Chamouny ou Chamonix (on prononce Chamoni) n'est lui-même accessible que par des sentiers muletiers.

Horace Benedict de Saussure (17 février 1740, Conches, près de Genève ; 22 janvier 1799, Genève), par Jens Juel (bibliothèque de Genève)Toutefois, un jeune physicien et naturaliste genevois, Horace Bénédict de Saussure (20 ans), découvre en 1760 ce village. Envoûté par la montagne, il promet une prime consistante à qui atteindra le premier le sommet du Mont Blanc.

Lui-même en tente l'ascension à plusieurs reprises avec un guide local mais échoue régulièrement, tout comme les autres amateurs, attirés par la perspective de la prime. Il faut dire que les uns et les autres n'imaginent pas de faire étape une nuit complète sur le flanc de la montagne, par crainte de démons ou d'on ne sait trop quoi.

En 1786, un jeune cristallier du lieu, chasseur de chamois occasionnel, Jacques Balmat, décide de suivre une équipe qui va encore une fois tenter l'exploit. Mais il est distancé par ses compagnons. Perdu et terrorisé, le voilà obligé de se réfugier dans une grotte pour y passer la nuit. Le lendemain, se voyant encore vivant, il repère un passage vers le sommet. Convaincu de pouvoir enfin y accéder, il redescend à Chamonix en quête d'un compagnon d'escalade. Ce sera le médecin du village, Michel Paccard. Les deux hommes reprennent l'ascension et passent la nuit dans la même grotte avant de se porter enfin au sommet le 8 août à 18h22 !

Jacques Balmat se rend à Genève pour informer de Saussure de son succès et recevoir la prime. Accompagnés de dix-sept guides et chargés d'instruments scientifiques, mais seulement équipés de grands bâtons, les deux hommes partiront eux-mêmes à l'ascension de la montagne dont ils atteindront le sommet le 3 août suivant.

Voyage de Mr de Saussure à la cime du mont Blanc au mois d'août MDCCLXXXVI (dessin de Marquard Wocher, gravé par Chretien de Mechel, 1790)

L'ascension du Mont Blanc devient très vite un défi que se lancent les jeunes villageois. Le 14 juillet 1808, Jacques Balmat arrive au sommet avec quelques compagnons d'aventure et, pour la première fois, une femme, Marie Paradis (31 ans). Mais l'exploit de la modeste villageoise sera altéré par la suspicion qu'elle ait été portée par ses compagnons sur une partie du parcours.

Fresque murale à Chamonix évoquant la Compagnie des guides fondée en 1821La deuxième femme à atteindre le sommet et dont la réussite est incontestée est une riche passionnée d'alpinisme, Henriette d'Angeville (44 ans), le 3 septembre 1838. Cela vaudra à cette célibataire sportive le surnom de « fiancée du mont Blanc ».

Rapidement, l'alpinisme attire les riches oisifs de toute l'Europe. Les humbles villageois de Chamonix découvrent de nouvelles sources de revenus dans l'accompagnement de ces originaux.

Mais l'amateurisme a ses dangers. En 1820, trois guides tombent dans un précipice et perdent la vie.

L'année suivante, en 1821, les guides se professionnalisent en fondant la Compagnie des guides de Chamonix. Elle compte 34 membres dont bien entendu le vétéran Jacques Balmat (il mourra en 1834, à 72 ans, en tombant dans une crevasse).

Sur la grand-place de Chamonix, Jacques Balmat montre le mont Blanc à Horace de Saussure. Agrandissement : sur une place voisine, le docteur Paccard rumine sa solitude face au mont Blanc (photos : André Larané)

Aujourd'hui, sur la principale place de Chamonix, devenu une cité de villégiature prospère et cossue de 9000 habitants, une statue de bronze représente Jacques Balmat désignant du doigt à son mécène Horace Bénédict de Saussure le sommet tant convoité. 

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2021-08-10 13:16:46

 
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