19 septembre 1870 - 28 janvier 1871

Siège de Paris

Deux semaines après la défaite de Sedan, la capture de Napoléon III et la proclamation de la IIIe République, les armées prussiennes atteignent Paris. Le siège de la capitale débute le 19 septembre 1870.

André Larané

La queue devant une boucherie municipale pendant le siège de Paris en 1870 (Clément-Auguste Andrieux, musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis)

Paris meurtri

Près de deux millions d'habitants se voient pris au piège, bien que défendus par 150 000 soldats réguliers sous le commandement du général Louis Trochu et environ deux cents mille gardes nationaux. Ces derniers n'ont, il est vrai, aucune valeur combattive faute d'entraînement. Ils représentent à peu près toute la population masculine en âge de combattre, se voient remettre une modeste solde de 1,50 franc par jour. Elle ne compense pas, pour beaucoup d'artisans et de commerçants la perte de leur revenu du fait de l'interruption de nombre d'activités.

Le 7 octobre, le fougueux Gambetta, ministre de l'Intérieur, quitte Paris à bord d'un ballon. Sitôt à Tours, il organise l'armée de la Loire en vue de secourir la capitale et de mener une « guerre à outrance ». Son initiative recueille quelques éphémères succès mais elle inquiète les populations rurales qui rêvent surtout du retour à la paix. Les troupes hâtivement rassemblées par Gambetta vont être sans trop de difficultés battues par les Prussiens.

Pendant ce temps, à Paris, les combattants ne veulent pas rester inactifs. 300 francs-tireurs occupent sans coup férir le village du Bourget, au nord de la capitale. Mais les Allemands lancent une furieuse riposte le 30 octobre et, faute de renforts, les francs-tireurs doivent capituler.

Reddition des francs-tireurs de l'église Saint-Nicolas, au Bourget, le 30 octobre 1870 (1878, Alphonse de Neuville)

Les Parisiens, déjà éprouvés par un siège impitoyable et un hiver qui s'annonce des plus rigoureux, apprennent la nouvelle en même temps que la reddition honteuse de l'armée de Bazaine, à Metz, le 27 octobre. Ils ressentent avec rage cette trahison et leur impuissance à desserrer l'étau prussien.

Le 31 octobre, des gardes nationaux investissent l'Hôtel de Ville où siègent quelques membres du gouvernement de la Défense nationale aux cris de  « À bas Trochu ! Pas d'armistice ! Guerre à outrance ! » Monté sur une table, le jeune savant et révolutionnaire Gustave Flourens (32 ans) appelle même à la création d'un nouveau gouvernement. Des clubs et des comités révolutionnaires commencent à se former dans la ville et d'aucuns évoquent « La Patrie en danger », manière de rééditer la Grande Révolution 80 ans après...

Le calme revient mais les difficultés n'en finissent pas de croître. Les Parisiens se voient contraints d'envoyer à la boucherie les animaux du Jardin des Plantes ou même de manger des rats, vendus au prix de deux francs-or pièce...

Le dépeceur de rats (image satirique du siège de Paris par Narcisse Chaillou, musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis)Les autorités municipales, incapables de mettre en place un rationnement efficace ou de lutter contre la spéculation, ouvrent des boucheries municipales mais dès novembre, celles-ci n'ont plus de viande à distribuer !

Pour ne rien arranger, les Prussiens bombardent la capitale à partir du 5 janvier 1871, faisant une centaine de morts et quelques centaines de blessés.

Les Parisiens tentent dans un effort désespéré une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871. Elle s'achève par une piteuse retraite. Le gouverneur militaire de Paris, le général Trochu, démissionne deux jours plus tard en préconisant rien moins qu'une humiliante capitulation. Il restera de lui le mot cinglant de Victor Hugo : « Trochu, participe passé du verbe Trop Choir. »

Adolphe Thiers (73 ans), vieux député conservateur doté d'un très grand prestige, entreprend une tournée des capitales européennes en vue d'obtenir une intervention militaire en faveur de la France. Il se heurte partout à un refus poli... au grand soulagement du chancelier Bismarck.

À Saint-Pétersbourg, le tsar Alexandre II accueille avec une secrète jubilation les nouvelles de France, qu'il avait prévues. Il y voit la rançon de son humiliation dans la guerre de Crimée et des leçons prodiguées par les Français à son endroit à propos de la Pologne.

L'armistice est finalement signé par Jules Favre le 28 janvier 1871 pour une durée de quatre semaines. Bismarck veut ainsi donner le temps aux vaincus d'élire une assemblée nationale. Il a besoin en effet que le traité de paix définitif soit entériné par une autorité légitime afin de ne pas être plus tard contesté. C'est pour Paris la fin d'un siège de 138 jours mais la population cultive l'amertume d'avoir souffert pour rien et d'avoir été trahie... 

Dix jours plus tôt, le 18 janvier, les envahisseurs ont proclamé triomphalement l'Empire d'Allemagne dans la Galerie des Glaces de Versailles.

La France aspire à la tranquillité

Le 8 février, les élections générales amènent à la nouvelle Assemblée nationale une majorité favorable à la paix. Les ruraux des provinces, peu au fait du siège de Paris et des événements militaires, manifestent massivement leur volonté d'en finir au plus vite avec la guerre en reportant leurs suffrages sur les notables.

C'est ainsi que se révèle à l'Assemblée une majorité écrasante de monarchistes avec 400 députés royalistes, 200 républicains et 30 bonapartistes !

Pas moins d'un élu sur trois est noble ! Mais les députés royalistes sont divisés entre partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe 1er, du comte de Chambord, petit-fils de Charles X, et de Napoléon III, empereur déchu.

Paris étant entourée de troupes allemandes et trop agitée au goût de l'Assemblée nationale, celle-ci se réunit le 12 février 1871 au Grand Théâtre de Bordeaux.

Le gouvernement de Trochu lui remet sa démission et, le 17 février, l'Assemblée désigne Adolphe Thiers comme « chef du gouvernement exécutif de la République française » en attendant de statuer sur la nature du régime futur : monarchie ou république. C'est le « pacte de Bordeaux ».

Ce dédit par rapport aux proclamations du 4 septembre est une gifle pour les Parisiens qui, sur 43 députés, ont élu trente-six républicains hostiles à la paix, dont Louis Blanc, Victor Hugo, Léon Gambetta, Giuseppe Garibaldi, Henri Rochefort, Félix Pyat...

Publié ou mis à jour le : 2019-09-18 17:35:31

 
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