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1830 à 1962

La France et ses soldats des colonies


Le recrutement de soldats étrangers ou mercenaires est une pratique universelle, commune à tous les grands États, de Rome et la Chine à la Grande-Bretagne en passant par l'empire ottoman et l'Espagne.

Pendant plus d'un demi-millénaire, la France a ainsi abondamment recouru à des volontaires étrangers : Écossais, Irlandais (les « oies sauvages »), Suisses, Allemands, Polonais... Tous ont servi avec dévouement le souverain ou la République.

La Légion étrangère a prolongé cette pratique jusqu'à nos jours. Elle a été fondée par un décret du roi Louis-Philippe 1er, le 9 mars 1931, pour encadrer les recrues étrangères, à commencer par les mercenaires suisses.

Les colonies en armes

Dès 1830, la France a aussi commencé à recruter des soldats dans ses colonies, en l'occurence des Algériens de la tribu kabyle des Zwava, dont nous avons fait les zouaves. Ces troupes ont participé aux guerres du Second Empire et se sont illustrées à Bazeilles, pendant la guerre franco-prussienne de 1870.

Le recrutement de troupes coloniales s'est étendu plus tard aux Africains du golfe de Guinée, sur une suggestion du général Louis Faidherbe. Ces premiers tirailleurs dits « sénégalais » sont d'anciens piroguiers du Sénégal ou des esclaves affranchis motivés par le désir de prendre leur revanche sur les Bédouins et les Touaregs musulmans du désert qui les ont opprimés pendant plusieurs siècles et réduits en esclavage. Les suivants sont recrutés dans toutes les colonies d'Afrique noire, sur la base du volontariat ou de force (le recrutement de force était pratiqué aussi en Europe, notamment dans les ports de Grande-Bretagne pour le recrutement des marins).

La IIIe République a poursuivi ces recrutements avec la création de bataillons de tirailleurs annamites, tonkinois et malgaches ainsi que de chasseurs algériens, de spahis marocains, de goumiers et de méharistes sahariens.

Tirailleurs tonkinois en Indochine, sous la IIIe République

La Grande Guerre (1914-1918)

Le général Charles Mangin, qui a participé à l'expédition de Fachoda, publie en 1910 La Force noire. Dans ce livre à succès, il présente l'Empire comme une réserve inépuisable de chair à canon susceptible de compenser la faiblesse de la population métropolitaine en cas de conflit avec l'Allemagne.

Sur ses recommandations, les troupes coloniales sont engagées dans la Grande Guerre, mais avec parcimonie car l'état-major n'est pas aussi convaincu que Mangin de leur utilité.

Les troupes coloniales, notamment nord-africaines, sont présentes à Verdun mais c'est surtout en 1917, pendant l'offensive du Chemin des Dames, qu'elles seront engagées en masse. Des bataillons de tirailleurs sénégalais sous les ordres du général Mangin sont lancés à l'assaut d'un plateau escarpé. Les mitrailleuses allemandes font des ravages. C'est un désastre. Près de la moitié des 16 000 hommes engagés sont mis hors de combat.

Popularité

Dans les années 1920, en hommage au sacrifice des troupes coloniales, notamment d'Afrique du Nord, le gouvernement décide d'ériger une grande mosquée au coeur de Paris, dans le Quartier latin. Celle-ci est inaugurée en grande pompe par le maréchal Hubert Lyautey.

D'une manière générale, la population française ne ménage pas sa sympathie pour les troupes coloniales. Celles-ci sont applaudies à plusieurs reprises lors des défilés de la victoire.

Sensible à l'air du temps et désireuse de les honorer à sa manière, une marque de petits-déjeuners chocolatés remplace dès 1915 l'Antillaise représentée sur ses paquets par un jovial tirailleur. C'est le célèbre Y'a bon Banania, une forme d'hommage aux troupes coloniales.

Les décennies passant, le tirailleur aux traits réalistes laissera la place à un stéréotype niais et quelque peu paternaliste.

La Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

Les troupes coloniales tiennent normalement leur place dans les combats de 1940 qui voient l'invasion de la France par les Allemands. Plus nombreuses que lors de la précédente guerre, elles comptent près de 500 000 hommes, Européens compris.

Sur un total de 60 000 militaires français tués pendant l'invasion, un tiers appartiennent à ces troupes coloniales ! Les tirailleurs sénégalais couvrent la retraite. Non seulement ils endurent de lourdes pertes mais ils doivent s'attendre à être fusillés en cas de capture par les Allemands, ces derniers les considérant comme des « sous-hommes ».

Après la Libération, les soldats des colonies sont chaleureusement fêtés, comme les autres, lors des défilés de la Victoire sur les Champs Élysées, le 11 novembre 1944 ou encore les 8 mai et 14 juillet 1945.

Mais leur amertume est grande quand ils découvrent après la démobilisation qu'ils devront se satisfaire de pensions inférieures du tiers ou de moitié à celles de leurs compagnons d'armes européens, malgré les demandes expresses de leurs officiers. (...)

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Publié ou mis à jour le : 2017-06-26 15:31:07

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Voir les 17 commentaires sur cet article

Pascal Lemarchand (21-10-200614:21:42)

Bonjour à tous. Je suis étonné que ce film suscite tant d'adhésion de votre part. Des détails et des choses qui le sont moins, m'ont gêné pendant le film. Commençons par Jamel Debouze, je sais je suis mesquin de remarquer cela, mais imagine-t-on un soldat faire un garde à vous,avec une main dans la poche ? A part Rambo, je croyais que personne ne pouvait dégoupiller une grenade avec les dents ? Jamel Debouze est par ailleurs bon, crédible dans les scènes de dialogue mais un effort sur le sc... Lire la suite

Bonazza Jaki (16-10-200612:32:51)

Bonjour. Lors des premières séquences du film Indigènes, on est dans le bain, explosions rafales d'armes automatiques, la peur. Mais lorsque les premières injustices sont commises, l'écoeurement m'envahit. Que de sacrifices mal récompensés. Une critique sur l'équipement hétéroclite de la troupe - casques français, anglais, américain. Fin 1943, ils étaient tous équipés comme les G.I. Cmeent Jamel Debouz aurait-il pu être incorporé avec son handicap. Il portait un fusil. Comment aurait-il pû s'en ... Lire la suite

Pascal DIENER (05-10-200607:05:32)

Le film de Rachid Bouchareb permet, pour la première fois depuis 60 ans, de corriger l’Histoire officielle, de rappeler que, sans les sacrifices exemplaires de l’Armée d’Afrique, la France aurait été absente du cercle restreint des États qui prendront les grandes décisions à la fin de la guerre de 1939-1945 .

La décision de bloquer le montant des pensions versées aux ancien... Lire la suite

martine (02-10-200614:12:40)

D'accord avec roert letan
L'armée d'Afrique n'était pas composée que d"indigènes"; il est scandaleux qu'un film trés libre par rapport à la vérité historique soit pris au sérieux à ce point (même par un président de la République)! Bravo aux indigènes mais la discrimination est incroyable puisqu'on a complètement oublié tous les Français d'Afrique du Nord, d'origine européenne, qui se sont engagés pour venir au secours des métropolitains. Pour les chiffres, voir le livre de Mr Lefeuvre e... Lire la suite

robert Letan (30-09-200611:29:20)

Rien que le titre de ce film "indigènes" rend méfiant
Voir le reste, c'est pire Une caricature qui fait mal aux rares survivants dont je suis (six ans et demi d'artillerie coloniale, Maroc, Sénégal, Algérie, Provence)
Comment faire pour regouper tous ces anciens non indigènes qui se souviennet. Les réalisteurs n'ont même pas cherché la vérité des costumes et des armements. Ainsi en est-il de ce défilé de Sénégalais avec chéchias. Dés 1943, nous avons tous été équipés des pi... Lire la suite

SUAREZ (26-09-200616:14:04)

Je me joins aux déclarations de FERRANT reprenant:( l'article du Pélerin N° 6460 de LAURANT LARCHER !)Oui cela a été le rôle des communistes après la libération, qui sous la férule de Staline ( dictant ses ordres à De Gaulle ) ont oeuvré pour l'attribution à eux seuls de la libération de la France et à la seule armée Rouge d'avoir vaincu l'Allemagne Nazie !....
Ils n'ont eu en cela, la moindre honte à avoir déserté l'armée française en 1939 et saboté dans les usines l'armement militair... Lire la suite


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