10 janvier 1642

Charles Ier est chassé de Londres

Le roi Charles Ier est chassé de Londres le 10 janvier 1642. C'est le début d'une guerre civile qui mènera à la décapitation du roi et à la dictature de Cromwell avant de se conclure par l'avènement d'une solide monarchie parlementaire avec Guillaume III, la première du genre.

Après le règne prestigieux de la reine Elizabeth Ière, le roi Jacques Ier Stuart avait atteint des sommets d'impopularité du fait de son intolérance à l'égard des minorités religieuses.

Alban Dignat

D'échec en échec

Portrait de Charles 1er, par Antoon Van DickÀ son avènement, le 27 mars 1625, à l'âge de 25 ans, son fils Charles Ier est apprécié pour sa réserve et ses bonnes manières.

Son mariage avec Marie-Henriette de France (15 ans), soeur de Louis XIII et plus jeune fille d'Henri IV, le 1er mai 1625, laisse augurer un règne heureux, malgré les préventions que peuvent nourrir les protestants anglais à l'égard d'une princesse qui a le double tort d'être catholique et française. Le ménage vivra d'ailleurs le parfait amour et donnera le jour à sept enfants. 

Mais le goût du roi pour le pouvoir personnel ne tarde pas à le rendre à son tour impopulaire auprès de la majorité protestante et de la bourgeoisie.

Désireux de reprendre la guerre de ses prédécesseurs contre l'Espagne et en manque d'argent, il convoque le Parlement le 18 juin 1625 mais celui-ci ne lui renouvelle le traditionnel impôt de Tunnage and Poundage que pour une année au lieu de la durée du règne comme pour ses prédécesseurs. Cela s'avère insuffisant.

Après que sa flotte a essuyé un humiliant revers devant Cadix, il convoque une nouvelle fois le Parlement le 6 février 1626 mais se heurte à son refus. Pour le contourner, il lève un « emprunt obligatoire ».

Là-dessus, le roi tente d'aider les protestants de La Rochelle assiégés par Richelieu. Cette expédition qui s'achève sur l'île de Ré est un nouvel échec dont la responsabilité est attribuée à juste titre au favori du roi, le beau Georges Villiers, Ier duc de Buckingham.

Le duc de Buckingham (National Portrait Gallery, Londres)John Eliot, l'un des parlementaires les plus écoutés, déclare, s'adressant aux Communes : « Je dirai que si Sa Majesté avait consenti ou avait commandé, ce que je ne puis croire, cette attaque, cela n'exonérerait en aucune manière le duc et ne constituerait même pas une atténuation de son crime, car c'était son devoir de s'y opposer par ses prières et d'intercéder auprès de Sa Majesté pour lui faire connaître le danger et les conséquences fâcheuses d'un tel projet ».

Étranglé par les besoins financiers, le roi sollicite une nouvelle fois les Communes. Mais les parlementaires, généralement issus de la haute bourgeoisie, en profitent pour tenter de limiter les prérogatives royales.

Ils imposent à Charles Ier une Pétition des droits qui subordonne à leur consentement toute nouvelle levée d'impôt. Le roi l'accepte du bout des lèvres le 7 juin 1628, après s'être assuré qu'elle lui laissait malgré tout une marge de manoeuvre et, le 26 juin 1628, il dissout une nouvelle fois le Parlement.

Là-dessus, le 23 août 1628, l'intrigant Buckingham est poignardé à Portsmouth par un officier protestant, John Fulton, alors qu'il préparait une nouvelle expédition pour secourir les protestants de La Rochelle. Jour de joie dans le pays. 

Du coup, certains membres de la haute aristocratie peuvent se rapprocher à nouveau du roi. Mais les enjeux financiers vont se doubler de querelles religieuses au sein même de l'Église anglicane.

Tandis que la bourgeoisie, la petite noblesse campagnarde et les parlementaires penchent pour une pratique puritaine qui se veut proche de l'Évangile, la noblesse de cour et le roi lui-même privilégient l'approche ritualiste ou orthodoxe, qui délègue à l'assemblée des évêques la direction de l'Église. Les premiers croient qui plus est à la doctrine de la prédestination inspirée du calvinisme, les seconds au libre arbitre théorisé par l'évêque hollandais Arminius et proche de la doctrine catholique.

De la rébellion parlementaire...

Charles Ier se sent assez fort pour réunir le 20 janvier 1629 un quatrième Parlement. Mais celui-ci, d'emblée, proteste contre des taxes arbitraires et, par un coup d'éclat, vote le 2 mars 1629 trois résolutions par lesquelles tout promoteur du papisme ou de l'arminianisme serait considéré comme un ennemi public, de même que quiconque conseillerait ou accepterait de payer (!) un impôt non agréé par le Parlement 

Le roi renvoie le Parlement une nouvelle fois et fait même incarcérer huit parlementaires parmi lesquels le populaire John Eliot.

Dans les onze années qui suivent (la « Tyrannie de onze ans »), Charles Ier va gouverner sans convoquer de Parlement, ce qui est exceptionnel, et en s'appuyant sur ses nouveaux et conseillers Thomas Wentworth, 1er comte de Strafford, et l'archevêque de Cantorbéry William Laud. N'ayant pas le droit de lever de nouveaux impôts sans l'accord des Communes, il utilise tous les stratagèmes possibles pour couvrir tant bien que mal les dépenses du royaume, par exemple en relevant de vieilles taxes tombées en désuétude.

Malgré cela, l'argent manque, y compris même pour défendre les côtes britanniques. C'est au point que des pirates barbaresques peuvent impunément enlever des esclaves sur les côtes irlandaises.

Par ailleurs, William Laud ne manque pas de réprimer les pratiques puritaines, par exemple l'obligation du repos dominical ! Beaucoup, contrariés dans leur foi, choisissent l'exil et s'établissent en Nouvelle-Angleterre, tels les Pilgrim Fathers du Mayflower. La situation se dégrade brutalement lorsque l'archevêque, par souci d'unification, tente d'imposer une Église d'inspiration anglicane ainsi que le Livre de Prières d'Édouard VI aux Écossais. Ceux-ci, pour la plupart de confession presbytérienne, se soulèvent !

... à la rébellion écossaise

Pour les remettre à la raison, le roi, qui ne dispose pas d'une armée permanente, cherche en toute hâte des subsides. Il se voit alors contraint de convoquer un Parlement. Les représentants des Communes en profitent pour contester l'autorité royale.

Charles Ier réplique en dissolvant le Parlement dix-huit jours à peine après son entrée en fonction. La dissolution de ce « Court Parlement » ne résout pas les problèmes financiers et, devant l'offensive des Écossais, le roi est bien obligé de convoquer un nouveau Parlement. Celui-là restera en fonction - par intermittences - jusqu'en 1660, ce qui lui vaudra l'appellation de « Long Parlement ».

L'opposition parlementaire s'en prend au principal conseiller du roi, le loyal Strafford. Il est exécuté le 12 mai 1641 au terme d'un procès inique, sans que son maître ait pu le sauver. William Laud aura plus de chance ; il ne sera décapité à la Tour de Londres que le 10 janvier 1645. 

En attendant, Charles Ier se résigne à faire bonne figure et renonce à son droit de dissolution. Mais à la fin, il a la maladresse de vouloir en finir avec ses ennemis. Le 4 janvier 1642, il se présente lui-même aux Communes et s'installe à la place du Speaker avec l'intention d'exiger l'arrestation des cinq chefs de l'opposition parlementaire, dont le populaire Pym. Ceux-ci prennent les devants et se réfugient à la Cité de Londres, sous la protection de la milice bourgeoise.

Défait, le roi se retire du Parlement sous les huées. Il juge plus sage de quitter la capitale.

Vers la guerre civile

Oliver Cromwell (1599-1658), par Robert WalkerLe conflit qui s'ouvre va opposer les Cavaliers (royalistes aux cheveux longs) aux Têtes rondes (puritains au crâne rasé) jusqu'à la victoire finale des seconds, composés de nobles, de parlementaires, de bourgeois et de petits propriétaires.

Les puritains vont l'emporter grâce au talent militaire et à l'énergie de leur chef, Oliver Cromwell. Né en 1599 dans une famille de gentilshommes campagnards, celui-ci s'est illustré en organisant un régiment de cavalerie remarquable par son fanatisme autant que par sa combativité, les Ironsides (Côtes de fer). Grâce à ce régiment, les Têtes rondes l'emportent sur les Cavaliers royalistes à Marston Moor le 2 juillet 1644.

Chargé par le Parlement de diriger l'armée, Cromwell remporte une nouvelle victoire à Naseby le 14 juin 1645.

Le roi Charles Ier s'étant réfugié chez les Écossais, ces derniers le livrent à Cromwell en mai 1647 contre une rançon de 800.000 livres !

De retour à Londres avec son royal prisonnier, Cromwell fait épurer les Communes de ses éléments récalcitrants : une troupe de mousquetaires, sous les ordres du colonel Pride, bloque l'entrée de la Chambre à 153 parlementaires.

Réduit à moins d'une centaine de parlementaires, le « Parlement croupion » (Rump Parliament) vote la condamnation à mort du souverain sur l'injonction de Cromwell, désormais maître du pays.

Publié ou mis à jour le : 2020-01-06 18:43:25

 
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