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À quand remontent les... poubelles ?

Réponse
5 août 1392
Charles VI le Bien Aimé devient le Fou

Le 5 août 1392, Charles VI (24 ans) traverse la forêt du Mans à la tête de ses troupes. Le roi, que ses sujets surnomment le Bien Aimé pour les avoir délivrés des exactions de ses puissants oncles, entreprend une expédition contre le duc de Bretagne Jean IV, allié aux Anglais.

Soudain, un illuminé surgit devant le roi, saisit la bride de son cheval et lui crie : «Arrête, noble roi, tu es trahi ! » Peu après, la lance d'un soldat heurte un bouclier.

Au bruit, le roi qui s'était assoupi sous l'effet de la chaleur, tire son épée et frappe ses compagnons. Six chevaliers sont tués avant qu'on ait pu le maîtriser !

André Larané.

Une folie congénitale

Un vieux médecin de grande réputation est requis par le conseiller Enguerrand de Coucy pour le soigner. Il s'agit de Guillaume de Harcigny, né à Laon neuf décennies plus tôt.

Il voit immédiatement dans la folie du roi une maladie congénitale héritée de sa mère Jeanne de Bourbon : «cette maladie est venue au roi de coulpe ; il tient trop de la moiteur de sa mère», dit-il. Nommé premier médecin du roi, il obtient une rémission de la maladie en six semaines mais, lui-même trop usé, il abandonne sa charge et meurt peu après.

Désormais les crises de folie ne vont plus quitter le jeune souverain mais seul son entourage immédiat est dans la confidence et ses retours intermittents à la raison empêchent la constitution d'une régence en bonne et due forme.

Lucide entre ses «absences», le malheureux roi confie la régence à son frère Louis d'Orléans et la tutelle de son fils aîné, le Dauphin, à la reine Isabeau de Bavière et à ses trois oncles.

Ces derniers, les ducs de Bourgogne, de Berry, d'Anjou et de Bourbon, en profitent pour revenir en force au pouvoir avec la complicité de la reine.

Le bal des Sauvages

La folie du roi s'aggrave au début de l'année suivante, le 28 janvier 1393, au cours d'un bal donné à l'hôtel Saint-Pol (ou Saint-Paul), résidence habituelle du souverain. À l'occasion de cette fête, dite bal des Sauvages ou bal des Ardents, quatre princes et le roi lui-même se sont déguisés en satyres avec un masque et un costume de toile cirée recouvert d'une épaisse couche de poix sur laquelle est collée de l'étoupe de lin.

Le jeune duc Louis d'Orléans, frère cadet du roi, n'a pas été averti. Il entre dans la salle tandis que la fête bat son plein et s'irrite de cette mascarade qui peut aggraver l'état du souverain. Il cherche le duc de Bourgogne pour lui demander de l'interrompre.

Comme Louis tente de reconnaître un Sauvage, un valet s'approche avec une torche. Celle-ci met le feu à l'étoupe et à la poix. Plusieurs jeunes gens sont brûlés dans d'atroces douleurs et mettront trois jours à mourir. Le roi lui-même, qui se tenait à l'écart, échappe à la mort grâce à une dame qui l'a protégé de son manteau. Mais il a tout vu et en reste commotionné.

Les Parisiens, plus ou moins informés du drame, manifestent autour de l'hôtel. Autant ils aiment le roi, autant ils détestent ses oncles et appréhendent leur retour au pouvoir. Le roi tente de les rassurer en se montrant à la cathédrale Notre-Dame pour une messe d'actions de grâces. Mais sa folie est désormais de notoriété publique de même que la mainmise des grands seigneurs sur le pouvoir.

Les crises de démence du souverain sont toutefois passagères et entrecoupées de plusieurs semaines ou plusieurs mois durant lesquels le roi recouvre tout son discernement et gouverne avec sagesse. Personne ne songe donc à placer le roi sous tutelle.

Cette situation malsaine va perdurer jusqu'à la mort du souverain, en 1422, après un règne exceptionnellement long de 42 ans et particulièrement dramatique.

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