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Combien de souverains français ont été capturés sur un champ de bataille ?

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24 juillet 1923

Le traité de Lausanne fonde la Turquie


Le 24 juillet 1923, à Lausanne, sur les bords du lac Léman, la Turquie et les vainqueurs de la Grande Guerre signent un traité qui annule et remplace le précédent traité de paix, signé à Sèvres, près de Paris, le 10 août 1920, par les représentants du sultan.

Les Turcs et leur chef, Moustafa Kémal, prennent ainsi une spectaculaire revanche sur le destin.

Alban Dignat

Le sursaut de la dernière chance

Sans attendre l'humiliant traité de Sèvres, qui dépèce la Turquie ottomane au profit de ses voisins et des minorités, les Grecs ont envahi l'Anatolie avec l'approbation tacite des Alliés ! Mais en janvier puis en mars 1921, ils sont battus à Inönü par le lieutenant de Moustafa Kemal, Ismet Pacha. Malgré cela, ils arrivent à repousser les forces nationales turques au-delà de la Sakarya, un fleuve qui se jette dans la mer de Marmara.

Dans un sursaut d'énergie, et avec l'aide de la Russie communiste, les forces nationales turques écrasent dans un premier temps les Arméniens, ne laissant à ces derniers que le petit territoire de l'Arménie actuelle, au coeur du Caucase. Vient ensuite le tour des Grecs, forts de cent mille hommes. Avec le titre de généralissime et des pouvoirs dictatoriaux, Moustafa Kémal les arrête sur la Sakarya en août 1921 après une longue bataille de trois semaines. Il complète son succès par une victoire à Doumloupinar le 30 août 1922.

Les troupes grecques refluent vers la mer Égée. Le 11 septembre 1922, elles quittent Smyrne en désordre, entraînant avec elles les populations civiles. L'illustre métropole de la Grèce d'Asie est incendiée à cette occasion.

Le vainqueur signe avec l'ennemi héréditaire un armistice (*) à Moudanya un mois plus tard, le 11 octobre 1922. Ce triomphe inespéré lui vaut de recevoir de l'Assemblée nationale le titre de «Ghazi» (le Victorieux).

La revanche

Fort de sa victoire sur les Grecs, Moustafa Kémal contraint les Alliés à conclure un nouveau traité avec la Turquie, en remplacement de l'infâmant traité de Sèvres.

Par le traité de Lausanne :

- les Turcs récupèrent une pleine souveraineté sur les Détroits, Istamboul et son arrière-pays européen, ainsi que sur l'Arménie occidentale, le Kurdistan occidental et la côte orientale de la mer Égée (Smyrne, Éphèse...).

- la frontière avec l'Irak est dessinée en pointillé. Elle est confirmée trois ans plus tard par la Société des Nations, qui octroie à titre définitif la région de Mossoul à l'Irak. Moustafa Kémal s'incline avec réticence...

- les Capitulations, établies en... 1536 entre le sultan Soliman le Magnifique et le roi de France François 1er et plus tard élargies à d'autres pays européens, sont abolies ; ces conventions octroyaient aux Occidentaux des droits particuliers en Turquie ainsi qu'un droit de regard sur le sort fait aux chrétiens de ce pays.

- les troupes françaises qui s'étaient installées en Cilicie, au sud, ne conservent plus qu'une enclave, le sandjak d'Alexandrette, qu'elles évacueront en 1939.

- une annexe au traité prévoit - fait inédit - des échanges de populations entre la Grèce et la Turquie.

La Turquie moderne émerge des négociations de Lausanne sous la forme d'un quadrilatère massif dont seulement le coin nord-ouest, avec Istamboul et son arrière-pays, appartient au continent européen (3% de la superficie du pays).

Fort de son triomphe, Moustafa Kémal va pouvoir proclamer la République turque sur les ruines du vieil empire multiculturel ottoman.

Premier «nettoyage ethnique» de l'Histoire

Chassés par l'offensive turque de 1922, 1,3 million de Grecs orthodoxes établis en Anatolie depuis la haute Antiquité traversent précipitamment la mer Égée et sont recueillis par la Grèce. Celle-ci, en retour, expulse 300.000 Turcs ou Grecs islamisés. La république laïque de Moustafa Kémal ne compte plus qu'une poignée de chrétiens tandis que ceux-ci représentaient encore un cinquième à un dixième de la population turque une décennie plus tôt.

En inaugurant la pratique des «nettoyages ethniques», la Turquie kémaliste ouvre la voie aux nationalismes totalitaires. Un État, une terre, une religion, une langue, une race. Ces nettoyages ethniques sont légitimés par le traité de Lausanne du 24 juillet 1923. C'est une première dans l'histoire de la diplomatie.

Mais force est de reconnaître que l'échange de populations entre la Grèce et la Turquie, en 1922-1923, a évité des conflits incessants entre les deux pays et en leur sein...

Publié ou mis à jour le : 2013-07-25 22:31:11