26 avril 1915

Traité secret de Londres entre l'Italie et les Alliés

Le 26 avril 1915, l'Italie signe un traité secret avec l'Angleterre et la France. Contre la promesse de gains territoriaux, elle leur propose d'entrer en guerre à leurs côtés contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

André Larané

Neutre et fière de l'être

Le jeune royaume d'Italie s'était lié en 1892 à l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie par un accord appelé Triple-Alliance ou Triplice, par lequel les trois signataires s'engageaient à se porter assistance en cas d'attaque par un tiers.

Ambitionnant de prendre place parmi les grandes puissances européens, l'Italie s'engage en 1911 dans la difficile conquête de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque (Libye), deux provinces ottomanes déshéritées. Cette agression réveille les appétits des petits États balkaniques avec les conséquences que l'on sait...  

Giovanni Giolitti (27 octobre 1842 – 17 juillet 1928)Le président du Conseil Giovanni Giolitti, principal homme d'État italien de ce début du siècle, est à l'initiative de la guerre de Libye. À cette occasion, il mesure l'impréparation de son armée et choisit dès lors de calmer le jeu. Contraint à la démission le 29 mars 1914, il  se fait remplacer à la présidence du Conseil par Antonio Salandra.

Lorsque la Grande Guerre éclate, en 1914, Salandra choisit la neutralité, approuvé en cela par Giolitti comme par la grande majorité des Italiens. Il essaie seulement de négocier sa neutralité en secret avec l'Autriche-Hongrie en échange de quelques concessions territoriales du côté de l'Adriatique et des Alpes.  

Son choix ne surprend guère les diplomates. En novembre 1912, l'ambassadeur russe à Paris, Alexandre Izvolski, écrivait à son ministre de tutelle Sergueï Sazonov :  « Personne ne croit que la Triple-Entente ou la Triplice puisse compter sur la loyauté de l'Italie qui (...) en cas de conflit se bornera à une position d'observateur, avant de voler au secours de la victoire ».

Dans une note du 20 décembre 1912, le chef d'état-major allemand Alfred von Schlieffen ne se fait pas d'illusions non plus sur les qualités de l'alliance italienne « Tout l'avantage que nous pourrons vraisemblablement retirer de l'alliance avec l'Italie en cas de guerre, c'est d'obliger la France à maintenir deux corps d'armée et leurs réserves respectives à la frontière alpine ».

En Italie même, il n'y a que le chef d'état-major Alberto Pollio qui témoigne d'ardeur belliciste jusqu'à proposer à ses homologues allemands une guerre préventive : « N'est-il pas plus logique pour la Triplice de se débarrasser de sentiments humanitaires fallacieux et d'entreprendre sans délai une guerre qui nous sera de toute façon imposée ? » Mais le boutefeu meurt inopinément le 1er juillet 1914, trois jours après l'attentat de Sarajevo. Il est remplacé par le général Luigi Cadorna, lequel passe sans sourciller du soutien à la Triplice à la neutralité puis à la Triple Entente.

Effervescence belliciste

En attendant, tandis que le conflit s'éternise dans le reste de l'Europe, l'effervescence monte dans la bourgeoisie italienne et notamment chez les intellectuels. Le rejet par l'Autriche-Hongrie de toute concession territoriale en échange de la neutralité suscite l'ire des nationalistes.

Un certain Benito Mussolini, chef des socialistes révolutionnaires et rédacteur en chef du journal Avanti !, se convertit à l'interventionnisme, ce qui lui vaut d'être expulsé de son parti. Il fonde Il Popolo d'Italia où il fait campagne en faveur d'une entrée en guerre aux côtés des Alliés.

Comme le poète nationaliste Gabriele d'Annunzio, il exalte les antiques vertus guerrières des Italiens et plaide pour la conquête des terres « irredente », peuplées par des Italiens mais sous souveraineté austro-hongroise. Il voit aussi dans la guerre un moyen pour le peuple d'oublier son mal-être quotidien.

Comme la plupart des Italiens, Giovanni Giolitti (63 ans) préfèrerait que le pays se contente de marchander sa neutralité au nom de l'« égoïsme sacré ». C'est ce que tente encore le président du Conseil Salandra en ouvrant à Londres des discussions secrètes avec les Alliés après les avoir closes avec la Triplice.

Du marchandage à la guerre

Mais les Alliés (France, Grande-Bretagne et Russie) ne se satisfont pas d'une simple neutralité de l'Italie de sorte que le marchandage débouche sur la promesse en bonne et due forme d'une entrée en guerre de l'Italie à leurs côtés en échange de l'obtention après la guerre d'une bonne partie de la côte adriatique ainsi que de territoires turcs et de colonies.

En entérinant le droit de conquête, ce traité secret enfreint l'esprit démocratique au nom duquel se battent les Français et les Anglais. Révélé par les bocheviques russes après la Révolution d'Octobre, il va soulever l'indignation de l'opinion publique américaine.

En attendant, à Rome, le 3 mai 1915, Antonio Salandra, rallié au principe de l'intervention, dénonce la Triplice en vue de préparer l'entrée en guerre de l'Italie. Le Parlement, qui n'a pas été consulté, s'insurge et menace de renverser le gouvernement. Les interventionnistes, Mussolini et d'Annunzio en tête, manifestent dans tout le pays. Le roi Victor-Emmanuel III, qui est lui-même favorable à l'intervention, confime Salandra à la tête du gouvernement. Celui-ci déclare officiellement la guerre à l'Autriche-Hongrie le 23 mai 1915 (et à l'Allemagne le... 28 août 1916 seulement).

Gabriele d'Annunzio (52 ans) s'engage aussitôt comme capitaine et s'illustre par quelques coups d'éclat. Benito Mussolini (32 ans) s'engage comme bersagliere et ne se montre pas moins courageux. Nommé caporal, il est gravement blessé en février 1917 et, réformé, reprend la direction de son journal.

Aléas de la guerre

Luigi Cadorna (4 septembre 1850, Verbania - 21 décembre 1928, Bordighera)L'entrée en guerre de l'Italie soulage les Russes, qui peinaient en Pologne face aux Autrichiens et aux Allemands. Mais, pas davantage que les autres combattants, les Italiens n'arrivent à emporter la décision.

Le chef d'état-major Luigi Cadorna subit de graves revers au printemps 1917 sur l'Isonzo et le Carso, des cours d'eau alpins, et en octobre 1917, il est mis en échec par les Austro-Hongrois qui, avec le concours des Allemands, percent le front à Caporetto, obligeant les Italiens à reculer sur la Piave et à céder la plus grande partie de la Vénétie. Cette défaite vaut à Cadorna d'être limogé (il sera plus tard réhabilité par Mussolini et le Duce lui confèrera le titre de maréchal).

Son successeur, Armando Diaz, redresse la situation et les 24-28 octobre 1918, remporte la victoire de Vittorio Veneto sur une armée austro-hongroise en pleine décomposition. Le 3 novembre, une semaine avant l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie demande l'armistice.

Après la guerre, insatisfaite par les traités de paix, qui ne lui accordent qu'une modeste partie des territoires qu'elle revendiquait, l'Italie négocie avec la Yougoslavie, à Rapallo, une rectification des nouvelles frontières... Il y en aura beaucoup d'autres.

Publié ou mis à jour le : 2019-06-25 22:18:00

 
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