Fantastique - Quand le monde de l’ombre joue avec nos nerfs - Herodote.net

Fantastique

Quand le monde de l’ombre joue avec nos nerfs

Comme les journées raccourcissent et les ombres s’allongent, allons à la rencontre d’un monde fantastique qui fascine les petits, amateurs de déguisements et de bonbons, et les grands, amateurs de frissons…

Francisco de Goya, Le Sabbat des sorcières, 1797, Museo Lázaro Galdiano, Madrid

La peur, compagne de toujours…

Qui ne s’est jamais penché sous son lit pour chasser les fantômes ? Croque-mitaines, père Fouettard et autres sorcières ont depuis toujours poussé les enfants à plonger sous les draps.

Arnold Böcklin, Autoportrait à la Mort jouant au violon, 1872, Staatliche Museen, BerlinSi, aujourd’hui, le risque de croiser un loup au coin du bois est limité, ces messages d’avertissement continuent à être diffusés par la société.

Malgré notre maîtrise de la nature, nous gardons en effet en héritage ces angoisses qui ont permis à notre espèce de survivre : il faut se méfier des animaux, craindre de rester seul dans le noir, ne pas s’approcher du vide…

Mais aujourd’hui, quel intérêt y a-t-il de se mettre à hurler à la vue d’une abominable créature des marais… en plastique ? Le charme de la surprise, la montée de l’adrénaline, la satisfaction de surmonter son malaise ? Ou le plaisir de sentir ses cheveux se hérisser, comme lorsque nous guettions, enfants, le bruit des chaînes du fantôme ?

Qui a peur du grand méchant loup ?

Il n’y a pas que le Petit Chaperon rouge qui se méfie du loup. L’animal est redouté depuis la nuit des temps, au point d’avoir donné naissance à un monstre hybride, le loup-garou.

Gravure extraite du Traité de physiognomonie de Charles Lebrun et Morel d'Arleux, 1806À partir du moment où Lycaon, roi d’Arcadie, fut changé en loup pour avoir reçu Zeus sans la politesse souhaitée, les lycanthropes ont peuplé les forêts, ou du moins les esprits. Ces assoiffés de sang sont-ils victimes du Diable ou plus simplement d’une maladie qui les recouvre de poils ?

Dans le doute, méfiez-vous des nuits de pleine lune ! Ce n’est pas Pétrone qui dira le contraire : « Quand je me retourne vers mon compagnon, je le vois qui se déshabille et pose tous ses vêtements sur le bord de la route. J'en reste plus mort que vif, immobile comme un cadavre. Mais lui tourne autour de ses habits en pissant et aussitôt le voilà changé en loup. […] Devenu loup, il se mit à hurler et s'enfuit dans les bois. D'abord je ne savais même plus où j'étais. Ensuite je voulus aller prendre ses habits : ils étaient changés en pierre. Qui était mort de peur ? C'était moi » Pétrone, Satyricon, LXII (Ier siècle après JC).

Au pays des « choses vaines »

La racine grecque du mot « fantastique » nous éclaire sur sa définition : elle renvoie en effet à tout ce qui est créé par l’imagination (phantasia), tout ce qui est irréel et illusions. Nos ancêtres n’ont cessé de lutter à leur manière contre ces chimères omniprésentes : pratiques magiques, art divinatoire, superstitions cherchent à rassurer face à l’inexplicable. Égyptiens ou Romains ont ainsi multiplié les pratiques astucieuses permettant de chasser les mauvais songes et les présages inquiétants.

Nous leur devons une grande partie de nos superstitions et les remèdes qui vont avec : par exemple, briser un miroir était déjà néfaste chez les Grecs anciens, qui s’en servaient pour faire des divinations. Plus de miroir, plus d’avenir !

Le Moyen Âge observe à son tour avec inquiétude son environnement qu’il peuple de fées, de lutins ou de vouivres (serpent ailé). Chats noirs, corbeaux et sorcières sont les objets des pires persécutions, jusqu’à une époque avancée. Personne ne remet alors en cause l’existence d’un être étrange dans le Loch Ness, de Dames blanches évanescentes au bord des routes ou d’un Golem dans une synagogue de Prague. Monstres et revenants font alors pleinement partie du quotidien !

Signe distinctif : vêtu d’un drap blanc, s’amuse à faire peur

Eugène Thiébault, Henri Robin et un spectre, 1863, Collection de Gérard Lévy, Paris« Dis-moi pourquoi tes os sanctifiés, ensevelis dans la mort, ont déchiré leur suaire ? Pourquoi le sépulcre où nous t'avons vu inhumé en paix a ouvert ses lourdes mâchoires de marbre pour te rejeter dans ce monde ? » C’est ainsi qu’Hamlet s’adresse à l’esprit errant de son père, revenu donner le nom de son assassin. Shakespeare, tout comme Molière dans Don Juan, n’a pas hésité à faire intervenir cette figure dans son théâtre, preuve de la grande popularité de ces spectres.

Héritiers des lémures romains, ces âmes en peine qui reviennent nous visiter traduisent la peur ancestrale de l’inhumation précipitée, qui enferme des vivants dans des cercueils. « Sujet de délire du XIXe siècle » pour le Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert, momies, vaisseaux fantômes et autres ectoplasmes plus ou moins frappeurs et farceurs ont fait le bonheur des amateurs de fantastique. Quoi de plus terrifiant en effet que l’absence de frontière entre morts et vivants ? Ce ne sont pas les zombies vaudous qui vous diront le contraire !

Quand un diable amoureux triomphe de la Raison

Le XVIIIe siècle est resté dans les livres d’histoire comme l’époque du triomphe de la Raison contre toutes les superstitions.

Francisco de Goya, Le Sommeil de la raison engendre des monstres (dessin préparatoire), 1797, musée du Prado, Madrid Au cri de : « Écraser l'infâme ! », formule qui précédait la signature de Voltaire, les Lumières s’attaquent à ces croyances qui mènent au fanatisme. Pourtant ce siècle est aussi celui qui a vu naître le fantastique et ses cohortes de créatures.

En réaction au règne de la logique que veulent imposer nos philosophes, et s’appuyant sur un affaiblissement de la religion, l’attrait pour les mystères de l’autre monde regagne alors du terrain. On tente de nouveau de communiquer avec l’au-delà, on applaudit aux expériences mystérieuses de Franz Mesmer, le père du magnétisme, on est convaincu de l’immortalité du comte de Saint-Germain, on adhère à l’illuminisme qui croit aux passerelles entre notre monde et l’au-delà.

Et surtout, en 1772, on lit et relit un roman bien étrange, Le Diable amoureux de Jacques Cazotte, où l’on voit Belzébuth multiplier les apparences pour séduire un jeune homme. Le diable et ses amis ne repartiront plus…

Le Vieux Cornu entre en scène

Le diable, d'après le Codex Gigas, manuscrit du XIIIe siècle, Bibliothèque nationale de Suède« Que veux-tu ? » Ce sont les premières paroles du diable de Cazotte. Qu’on lui donne les traits de Méphisto, Satan, Lucifer ou Belzébuth, le Diable est en effet avant tout l’image de la tentation. Ange déchu, il prend dans L’Apocalypse de saint Jean la forme d’un « grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes ».

Il est placé sur le devant de la scène à partir du XIe siècle, alors que la terreur de la fin du monde commence à envahir les esprits. Le Maître de l’Enfer devient un être inhumain, insaisissable, capable de prendre possession des corps et des esprits.

À la fin du Moyen Âge, on part à la chasse aux sorcières, ses servantes, tandis qu’avec l’arrivée de l’imprimerie se multiplient les traités de démonologie. Il faut mettre fin à ces sabbats où sexe et mort se mêlent ! En déclin à l’époque classique, le Seigneur des Ténèbres refait une apparition remarquée sous la plume de Goethe (1808), en proposant au docteur Faust un pacte infernal. Aujourd’hui on continue à le combattre sous la forme d’exorcismes, et à le croiser dans villes et villages : levez les yeux et observez les gargouilles qui vous contemplent.

Le déferlement du gothique

Traversons la Manche pour nous promener au cœur des ruines anglaises, tellement propices à l’apparition d’êtres indéterminés. Un auteur, Horace Walpole, y trouve l’inspiration en 1764. Son Château d’Otrante pose les bases du roman « gothique » ou « noir » dans lesquels de jeunes filles terrorisées vont croiser des moines mystérieux ou des comtes cruels au fond de souterrains sans fin ou de forêts sombres (...).


Publié ou mis à jour le : 2019-04-30 00:29:00

 
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