La bière - « La preuve que Dieu nous aime... » - Herodote.net

La bière

« La preuve que Dieu nous aime... »

La bière est la boisson alcoolisée la plus consommée dans le monde avec plus d'un milliard 800 millions d'hectolitres par an (contre 300 millions d'hectolitres de vin) ; sans doute aussi la plus ancienne. Signe de sa popularité, son nom dérive du latin bebere (boire, tout simplement).

Les premières traces d'une boisson issue de la fermentation de céréales ont été découvertes sur le site de Jéricho (Palestine) et remontent à 12000 ans av. J.-C.

Sa découverte est vraisemblablement due à un concours de circonstances.

Des hommes auraient retrouvé des céréales mouillées par la pluie, exposées au soleil et contaminées par des levures présentes dans l'air. Ils auraient bu cette bouillie fermentée et apprécié ses vertus euphorisantes. Ainsi serait née la bière ou plutôt son ancêtre.

Diverses sortes de céréales se prêtent à la fabrication de la bière (maïs, riz, sorgho, blés) mais l'orge est la plus utilisée.

Les appellations de la bière

Les Mésopotamiens nous ont laissé les premières références écrites à la bière, qu'ils appelaient « sikaru ».

Les anciens Égyptiens la connaissaient quant à eux sous le nom de « zythum », repris plus tard par les Grecs. Ils attribuaient sa découverte au dieu Osiris lui-même.

En Grèce moderne, c'est toujours sous le nom de « zythos » qu'est désignée cette boisson. Les Chinois fabriquaient également différentes sortes de bières sous le nom de « tsiou ».

Les Romains et les Grecs, amateurs de vin, considéraient la bière comme la boisson des barbares (autrement dit des étrangers). Les Romains la désignaient comme la boisson de Cérès, déesse des moissons et des céréales, d'où le nom de « cervoise » attribué à la boisson favorite des Gaulois (de « ceresis vitis », la vigne de Cérès).

Ingénieux comme l'on sait, les Gaulois avaient inventé le tonneau en bois de chêne pour la fermentation et le transport de leur boisson favorite ainsi que pour le vin.

Le christianisme réinvente la bière

Aux alentours de l'An Mil, les monastères se multiplient dans la chrétienté occidentale, jusque dans les régions nordiques, impropres à la culture de la vigne.

En conformité avec la règle de leur ordre, les moines bénédictins accueillent volontiers les gens de passage et leur servent une bière épaisse.

Cette boisson, qui est bouillie lors de son élaboration, a l'avantage d'être plus saine que l'eau courante, et évidemment plus nourrissante.

Observateurs et méthodiques, les moines ne manquent pas d'améliorer les techniques de fabrication de la bière.

Et c'est à une sainte abbesse, Hildegarde de Bingen (1098-1179), fondatrice de l'abbaye de Rupertsberg, en Rhénanie, que l'on doit la découverte des vertus du houblon : « L'amertume du houblon combat certaines fermentations nuisibles dans les boissons et permet de les conserver plus longtemps », écrit-elle.

Dès lors, le houblon va supplanter les autres plantes amères utilisées pour aromatiser la bière (gentiane, coriandre, sauge, absinthe).

Les moines n'ont pas le monopole de la fabrication de la bière. Des maîtres-brasseurs laïcs, le plus souvent des femmes, apparaissent dès l'An Mil.

Ils (elles) s'organisent en corporation au XIIIe siècle comme l'atteste un texte de Louis IX (Saint Louis) en 1268.

Le brassage contre le choléra

Saint Arnould, évêque de Soissons au XVe siècle, découvre à l'occasion d'une épidémie de choléra que les buveurs de bière sont moins fréquemment atteints que les buveaurs d'eau. Pour encourager ses ouailles à consommer la bière, il trempe sa crosse dans une cuve et brasse lui-même la bière. Cela lui vaut d'être devenu le saint patron des maîtres-brasseurs.

Le mot « brasseur », notons-le, vient du vieux français brace, qui désignait l'épeautre ou l'orge, et par extension la préparation de la bière (notamment le brassage de la cuve).

Vers l'industrialisation

Le duc de Bourgogne Jean sans Peur, grand amateur de bière, fonde l'Ordre du Houblon. Son fils Philippe le Bon édicte une première loi de pureté qui impose l'utilisation du houblon. Dans son édit apparaît pour la première fois en français le mot « bière ».

Comme les Flandres sont les terres de prédilection du houblon, elles vont aussi le devenir pour la bière. Et c'est aux Belges que l'on doit le mythe de Gambrinus, découvreur légendaire de la boisson nationale.

La bière traverse bien sûr l'Atlantique. En Nouvelle-France (Canada), elle est signalée dès 1636 par des Jésuites. Une première brasserie industrielle est construite à Québec en 1668 par l'intendant Jean Talon.

Il faut attendre le XIXe siècle pour que la bière devienne le produit homogène et limpide que nous connaissons. Cela est dû à l'amélioration des techniques de fabrication et à l'apport de Louis Pasteur, qui préconise dans ses Études sur la bière (1876) d'élever la température pour éliminer les germes indésirables.

La bière est aujourd'hui un produit mondialisé fabriqué et commercialisé pour l'essentiel par des multinationales, à des années-lumière d'Hildegarde de Bingen. Elle reste néanmoins fidèle à la formule de Benjamin Franklin : « La bière est la preuve que Dieu nous aime et veut que nous soyons heureux ».


Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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