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Histoire sociale

La grève, une spécialité française

En décembre 2019 comme en octobre 2010, les grèves ont une nouvelle fois fait la Une de l'actualité en France et beaucoup de commentateurs ont rappelé qu'elles étaient une « passion française ».

Les grandes grèves, si bien décrites dans Germinal, celles du Front Populaire, de Mai 68 ou de l'hiver 1995 scandent notre histoire....

Les conflits ouvriers de l'Ancien Régime à la Belle Époque

Au Moyen Âge et jusqu'à la Révolution, les artisans et leurs employés dans les villes sont une catégorie dont les pouvoirs se méfient.

François Ier interdit en 1539 les assemblées de maîtres, compagnons et serviteurs, suite à une grève des typographes lyonnais. Ce principe est ensuite toujours repris sous la monarchie, puis sous la Révolution avec le décret d'Allarde puis la loi Le Chapelier de 1791.

Mais les mouvements sociaux reprennent sous la Monarchie de Juillet, dans le contexte de la révolution industrielle.

Les ouvriers qui, au début, gardaient souvent une activité agricole, l'abandonnent progressivement : dès lors, l'usine devient le lieu d'élaboration d'une culture ouvrière spécifique.

Sous le Second Empire, malgré les interdictions, les grèves se multiplient. Par la loi du 25 mai 1864, dont le républicain Émile Ollivier est le rapporteur, l'empereur Napoléon III supprime le délit de coalition tout en maintenant la grève dans d'étroites limites.

De la grève violente à la grève festive

La République poursuit l'évolution législative entamée par Napoléon III, en autorisant la création de syndicats en 1884, avec la loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884.

La situation sociale à la fin du XIXe siècle se tend en raison d'une crise économique qui n'en finit pas, d'autre part en raison de conditions de travail effroyables dans les ateliers et les mines. Les patrons n'ont pas de réticence à faire intervenir la troupe.

Après la Première Guerre mondiale, les mouvements revendicatifs reprennent de plus belle.

Le début des années 1930 voit une décrue des grèves, en raison de la crise économique, jusqu'au Front Populaire, qui déclenche une incroyable série de grèves avec occupations d'usines, que les syndicats ne maîtrisent absolument pas, dans une atmosphère pacifique. Ces « grèves de la joie » touchent même des professions jusque-là non-grévistes. Aux revendications concrètes s'ajoute la volonté d'affirmer la dignité des ouvriers.

Embarrassés, les dirigeants de la gauche invitent le patronat à accorder des augmentations de salaire et les ouvriers à reprendre le travail. Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste français, explique qu'« il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue ».

Depuis 1945, la transformation de la grève

Après la Seconde Guerre mondiale, la grève connaît de nombreuses transformations.

Tandis qu'avant la guerre, les ouvriers grévistes s'opposaient aux cadres, ces derniers se joignent désormais de plus en plus aux mouvements revendicatifs. C'est la conséquence de l'importance plus grande du secteur tertiaire et de l'encadrement au sein du monde salarié. Avec la diminution relative du nombre d'ouvriers, on assiste d'autre part à une forte augmentation de la part des fonctionnaires parmi les grévistes, surtout à partir des années 1990.

Les revendications portent de plus en plus sur les conditions de travail et les aspects sociaux (progression salariale, retraite, congés payés...).

Ces dernières années, on note aussi une multiplication des actions lycéennes (en général peu avant les vacances) et étudiantes, qui semblent être un moyen pour les jeunes de prouver l'intérêt qu'ils prennent à la chose publique. Non moins rituellement, les dirigeants politiques accusent alors les jeunes d'être manipulés, ce qui a pour conséquence immédiate (et sans doute voulue) de les aiguillonner. La grève est aussi un jeu de rôles...


Publié ou mis à jour le : 2019-12-07 12:35:09

 
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