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Histoire sociale

La grève, une spécialité française

En octobre 2010, les grèves ont une nouvelle fois fait la Une de l'actualité en France et beaucoup de commentateurs ont rappelé qu'elles étaient une « passion française ».

Les grandes grèves, si bien décrites dans Germinal, celles du Front Populaire, de Mai 68 ou de l'hiver 1995 scandent notre histoire. Leurs mutations reflètent les grandes évolutions sociales et politiques.

Les conflits ouvriers sous l'Ancien Régime

Au Moyen Âge et jusqu'à la Révolution française, les artisans et leurs employés dans les villes sont une catégorie dont les pouvoirs se méfient. S'ils s'unissent pour revendiquer une augmentation des tarifs, dans le cadre des corporations, ils risquent de remettre en cause le pouvoir. Les différends entre patrons et ouvriers se traitent en général « d'homme à homme ». On n'en observe pas moins quelques grèves collectives, par exemple chez les bonnetiers parisiens en 1724 ou encore les peintres de Versailles en 1748.

François Ier interdit en 1539 les assemblées de maîtres, compagnons et serviteurs, suite à une grève des typographes lyonnais. Ce principe est ensuite toujours repris sous la monarchie, puis sous la Révolution avec le décret d'Allarde puis la loi Le Chapelier de 1791.

Les ouvriers ne doivent pas, par leur association, créer un corps intermédiaire entre le peuple et la République et les salaires seront dorénavant négociés directement entre le patron et l'ouvrier, non plus fixés par une corporation. Le même principe s'applique ensuite aux ouvriers agricoles.

Dans cette perspective, la grève, comme action collective et corporatiste, est donc condamnée dans son principe, elle ne peut être une forme d'action politique acceptable.

Les mouvements sociaux reprennent sous la Monarchie de Juillet, dans le contexte de la révolution industrielle. Ils prennent alors soit des formes violentes (révolte des canuts en 1831 et en 1834), soit, dans la majorité des cas, lorsqu'ils se déroulent dans le cadre restreint de l'atelier, de démission des employés. Il est vrai qu'en cette période, beaucoup de salariés sont aussi paysans ou anciens paysans, si bien que la « culture ouvrière » demeure limitée à un groupe étroit.

Sous la plage, la grève

La place de l'Hôtel de Ville, à Paris, s'appelait autrefois place de grève en référence à sa grève ou plage en pente douce qui menait à la Seine.

Elle était non seulement le lieu tristement célèbre des exécutions publiques, jusqu'en 1832, mais aussi le cœur de Paris grâce précisément à sa grève : c'est là qu'étaient chargées et déchargées les marchandises sur les multiples embarcations.

Là aussi que les journaliers venaient chercher du travail, « faire grève ». Comme il leur arrivait par la même occasion de manifester leur mécontentement à propos des salaires et des conditions de travail, cette expression a progressivement pris son sens actuel. Mais la transformations fut longue : les premières attestations remontent aux années 1780 et il fallut plus d'un demi-siècle pour que cet emploi se généralise.

Le tournant du Second Empire

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les grandes usines et les mines se multiplient. Ainsi, au Creusot, de 1812 à 1870, les effectifs de l'entreprise Schneider montent de 320 à 12 500 salariés. En 1874, on enregistre au total dans le pays 670 000 ouvriers...


L'auteur : Yves Chenal

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé et docteur en histoire médiévale, Yves Chenal a enseigné pendant plusieurs années dans des lycées parisiens avant de passer le concours de l'ENA. Il est aujourd'hui en activité dans une préfecture.

Publié ou mis à jour le : 2019-02-27 16:21:51

 
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