Étienne Marcel est un riche bourgeois (dico) né sans doute à Paris au début du XIVe siècle. Aux alentours de la cinquantaine, en 1355, il est élu prévôt des marchands de l’Eau et devient le chef des bourgeois qui gèrent l’approvisionnement de Paris par les voies fluviales.
Prévôt des marchands de Paris, autrement dit maire de la capitale, Étienne Marcel est à l’origine de la première révolution française (1356-1358) qui mit aux prises la bourgeoisie parisienne, la noblesse, l’héritier de la Couronne et également les paysans. Son échec signa aussi sa mort le 31 juillet 1358.
« Champion de la liberté, Étienne Marcel trouve place, entre Vercingétorix et Jeanne d’Arc, dans la galerie des héros malheureux chers aux Français, » a dit de lui la médiéviste Françoise Autrand (Charles V, Fayard, 1994, p. 221).
Retenons aussi son épitaphe par Jules Michelet : « La carrière de cet homme fut courte et terrible. En 1356, il sauve Paris, il le met en défense. De concert avec Robert Le Coq, il dicte au dauphin la fameuse ordonnance de 1357… Marcel est poussé de proche en proche à une foule d’actes irréguliers et funestes. Il tire de prison Charles le Mauvais pour l’opposer au dauphin, mais il se trouve avoir donné un chef aux bandits. Il met la main sur le dauphin, il lui tue ses conseillers, les ennemis du roi de Navarre... Il s’allia aux Jacques, et, les Jacques échouant, au roi de Navarre. Celui à qui il s’était donné, il essaya de lui donner le royaume ; il y périt… Il dut périr, comme ami du Navarrais, dont le succès eut démembré la France ; mais dans l’ordonnance de 1357, il vit et vivra, » (Jules Michelet, Histoire de France, tome IV, 1869).
Une révolution « bourgeoise » ?
Certains historiens ont vu en Étienne Marcel un précurseur des révolutionnaires de 1789. C’est beaucoup dire. La révolution parisienne « bourgeoise » de 1358 et dans laquelle il a joué le premier rôle, a été conduite par les drapiers et changeurs parisiens — les plus riches et les plus influents commerçants de la ville la plus grande d’Occident, autrement dit des individus aux intérêts profondément conservateurs.
Nombre de ces commerçants ont amassé des fortunes considérables qui leur ont permis de devenir les banquiers de la Couronne.
Leur opulence nourrit la haine des nobles à leur égard d’autant qu’au XIVe siècle, la société féodale tripartite (clergé, noblesse, travailleurs) n’est plus d’actualité depuis longtemps. Il y a ainsi des bourgeois non-nobles qui portent des armes, sont formés au maniement des armes, montent des destriers dressés pour combattre et participent même à des joutes et des tournois spectaculaires.
« Familiarité avec les souverains, fortunes, domaines ruraux, art de la chevalerie, il ne manque rien à la bourgeoisie parisienne pour se sentir l’égale des nobles d’origine, » écrit Raymond Cazelles (Étienne Marcel, Tallandier, 2006). Mais gare aux conclusions trop rapides. Ces bourgeois-là, tout chevaliers qu’ils prétendent être, n’ont pas l’habitude de la guerre.
Un homme d’action
Sitôt élu, le nouveau prévôt se montre disposé à financer le roi de France Jean II le Bon. Après tout, c’est dans l’intérêt de la bourgeoisie d’avoir un gouvernement stable, la paix et de bonnes conditions de commerce.
Lors des états généraux de décembre 1355, il promet au roi 5 millions de livres parisis mais en contreparties d’une surveillance étroite des comptes par les représentants des états !
En avril 1356, Étienne Marcel se rend lui-même à Amiens à cheval et armé à la tête d’une « bataille » de 500 chevaliers bourgeois, pour soutenir le roi dans sa guerre contre les Anglais… et en même temps protéger les abords de Paris, ses commerces et ses richesses.
Peu après, en tant que prévôt des marchands, il ordonne de grands aménagements aux remparts et fossés de Paris pour mieux mettre en défense la capitale. Ces travaux continuent en 1357 et 1358. En même temps, le prévôt veille de près à la surintendance des corvées défensives essentielles pour la capitale.
Mais le roi ne tient pas ses promesses cependant que les officiers prévaricateurs qui l’entourent détournent à leur profit les fonds publics. Le pire est à venir quand le 19 septembre 1356, l’ost royale subit une défaite honteuse près de Poitiers. Le roi lui-même est capturé. Et voilà ses sujets astreints à payer sa rançon et celles de tous les barons captifs en sus de tout le reste.
L’interlocuteur du prévôt des marchands devient dès lors le fils aîné du roi, le dauphin Charles, à peine âgé de 18 ans.
Étienne Marcel juge le moment propice. Il obtient une nouvelle convocation des états en octobre 1356.
Ceux-ci prennent des mesures proprement révolutionnaires, de nature à transformer le régime en une république bourgeoise : le dauphin est sommé de renvoyer et faire juger ses « mauvais conseillers » : le chancelier, le premier président du parlement, le grand chambellan et quatre autres grands officiers royaux, des trésoriers accusés d'avoir falsifié les monnaies.
Désormais, les membres de son Conseil seraient nommés par les états et le dauphin n’aurait d’autre pouvoir que d’approuver leurs décisions !
Charles tente de temporiser mais Étienne Marcel riposte en décrétant une grève de tous les marchands et artisans de la capitale.
Le dauphin s’incline et, le 5 février 1357, signe la Grande Ordonnance de 1357. C’est la Révolution avant l’heure. Mais une révolution menée par les bourgeois de la capitale, lesquels ne bénéficient d’aucun soutien dans le pays.
Dans l’année qui suit, l’atmosphère devient explosive cependant qu’Anglais et mercenaires saccagent les alentours de Paris.
Le 22 février 1358, lassé des tergiversations du dauphin, le prévôt investit son palais de la Cité. Il pénètre dans sa chambre et ses hommes massacrent deux compagnons de Charles. Celui-ci n’en mène pas large et se soumet. Il coiffe le chaperon rouge et bleu des partisans du prévôt.
Quelques jours plus tard, toutefois, le dauphin trouve moyen de s’enfuir nuitamment. Il gagne la Seine, sort de Paris et retrouve ses fidèles. Il entre dans une lutte à mort avec les marchands de Paris.
Dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1358, Étienne Marcel se rend à la porte Saint-Antoine, sans doute pour faire entrer des troupes alliées. Mais il est tué par des opposants.
Deux jours plus tard, Charles, désormais régent du royaume, fait une entrée triomphale dans sa capitale. La monarchie de droit divin retrouve ses marques et retrouvera son éclat sous le règne de l'ex-dauphin Charles V le Sage.




Étienne Marcel, prévôt des marchands (1302-1358)









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