Propos de tribune

Le bêtisier mahorais de la classe politique

Les propos des personnalités politiques et médiatiques reflètent la complexité du défi mahorais et ses contradictions insolubles.

Emmanuel Macron, président de la République :

À tout seigneur tout honneur, le président de la République s’est plusieurs fois exprimé sur Mayotte en public ou en privé, de façon solennelle ou plus désinvolte.

Fraîchement élu en 2017, le président Macron, en déplacement en Bretagne, a évoqué au détour d’une conversation de rue les traversées entre les îles d’Anjouan et de Mayotte. Il y a vu matière à plaisanterie : « Les kwassa-kwassa pêchent peu, ils ramènent du Comorien. »

À Cayenne (Guyane), le 29 octobre 2017, Emmanuel Macron s’interrogeait à voix haute : « Tout le monde s’est empressé de faire des promesses électorales […]. Et les candidats de droite et de gauche ont promis à Mayotte de devenir un département. Ca a mis du temps, c’est arrivé en 2011. Est-ce que Mayotte est plus heureuse comme département ? Je n’en suis pas sûr »

À la suite de ces propos rapportés par Le Canard Enchaîné le 28 mars 2018, le journal satirique développait : « L’Élysée, sur proposition d’un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, réfléchit à la création d’une ‘communauté de l’archipel des Comores’. L’île resterait française mais abandonnerait son statut de département. »

Cet article allait aussitôt faire bondir les élus de l’île, encore secouée par les violents affrontements entre bandes survenus dans l’enceinte du lycée Kahani de Ouangani le 19 janvier 2018.

Le 19 décembre 2024, cinq jours après le passage du cyclone Chido, le président de la République se rend à Mayotte. À Pamandzi, il est pris à parti par des habitants et leur lance : « Vous êtes contents d’être en France ! Si c’était pas la France, vous seriez dix mille fois plus dans la m… ! »

Le journal allemand Die Tageszeitung y voit un véritable « moment Trump » qui traduit « le ton colonial adopté par la France en général et par Macron en particulier, avec lequel ils se rendent régulièrement insupportables en Afrique ». Car pour ce quotidien de gauche, « s’il était évident que Mayotte ‘est en France’, le président de la République n’aurait pas besoin de le crier sur tous les toits. »

Mhamadi Abou, chef de parti : :

L’auteur Rémi Carayol rappelle que très tôt, la classe politique mahoraise s’est insurgée contre l’immigration. En 2008, le secrétaire général du Mouvement départementaliste mahorais (MDM) déclare : « Si on laisse faire, l’immigration, dans quelques années à Mayotte, il y aura plus d’étrangers que de Français. Et ce seront eux qui décideront de l’avenir statutaire de l’île. Dans un système démocratique, c’est la majorité qui décide. Et les clandestins seront majoritaires si on continue. »

Ben Issa Ousseni, président de Région :

Pour régler le problème de la violence dans le 101e département français, le président de cette région d'Outre-Mer, Ben Issa Ousseni, a une solution toute trouvée. Il suggère d'envoyer les délinquants (des étrangers, bien sûr) vers les îles Éparses, au milieu de l'océan Indien. Un bagne au large de Mayotte pour les jeunes délinquants de l’île, il fallait y penser (Le Canard Enchaîné, 27 février 2024).

Anchya Bamana, maire :

Anchya Bamana, infirmière devenue maire de Sada et cadre de l’ARS de Mayotte, tient des propos pas moins cinglants à l’égard des immigrants venus des Comores comme de l’Afrique continentale. Sur Europe 1, le 5 janvier 2025, elle réclame une extrême fermeté à l’égard des Comores et également « la fermeture de l’usine d’Anjouan qui produit la résine employée pour la fabrication des kwassa-kwassa... » Elle déplore que les bidonvilles aient été déjà reconstruits par les clandestins après le cyclone Chido cependant que les Mahorais n’ont pas encore recouvré leurs habitations en dur !

Estelle Youssouffa, députée :

L’autre députée de Mayotte est Estelle Youssouffa (groupe LIOT, centre). Née à Châtenay-Malabry d’une mère métropolitaine et d’un père mahorais, elle a longtemps vécu en Europe de sorte qu’elle ne parle pas les langues locales, le shimaoré et le kibushi ; elle n’en est pas moins populaire auprès des Mahorais. Sur la chaîne CNews, elle a mis en cause les enseignants venus de métropole qui se piquent de vouloir aider les jeunes sans papiers !

Estelle Youssouffa, députée de la première circonscription de Mayotte depuis 2022.Interpellée par le syndicat enseignant FSU, la députée réplique : « Vous n’ignorez pas la position de certains (nombreux) enseignants à Mayotte qui s’engagent (c’est leur droit le plus strict) pour aider les jeunes sans papiers. Ces enseignants sont de passage sur l’île, avec des rêves d’exotisme confortable (pourquoi garder son poste et ses primes au lieu de partir directement l’humanitaire aux Comores si tel est l’objectif ? Venir à Mayotte pour des motifs financiers n’est pas honteux mais il faut admettre que c’est un élément clef de la prise de décision de venir). Certains de ces enseignants sont donc plein d’idéaux qu’ils transmettent en méconnaissance de la loi à Mayotte (ou en lutte contre elle), et nous laissent derrière eux des jeunes adultes (plein d’illusions) qui se prennent violemment la réalité administrative plus tard. Nos chevaliers blancs sont repartis à la fin de leur(s) mission(s), et Mayotte reste avec leur(s) œuvre(s) : Mayotte qui doit gérer (mal) ces jeunes qui sont en colère et amers, en révolte. Notre enfer mahorais est pavé des bonnes intentions de certains » (source).

Mansour Kamardine, ex-député :

À propos du cyclone Chido, l’ex-député LR de Mayotte Mansour Kamardine, battu par Anchya Bamana en juillet 2024,  déclarait quant à lui au magazine Causeur, le 15 janvier 2025 : « Il semble qu’en métropole, certains aient saisi cette catastrophe comme une occasion de tordre le bras des Mahorais et d’imposer ce que nous ne voulons pas : la ‘comorisation’ de Mayotte à travers l’installation durable des étrangers arrivés clandestinement, via l’école et le logement, ce qui constitue le cœur même du projet de loi d’urgence porté par Manuel Valls. Avec une population composée d’un tiers de Français, un tiers de Comoriens en situation régulière et un tiers de Comoriens en situation irrégulière, il est ni plus ni moins proposé aux Français de Mayotte de devenir une minorité légale chez eux. Cela ne se passera pas bien ! » Notons que l’ex-député est lui-même né de parents anjouanais et grand-comorien.

Daniel Cohn-Bendit, ex-député :

Venant des élus mahorais comme de leurs électeurs, le rejet inconditionnel de l’étranger et la contestation du « droit du sol » pourraient scandaliser les progressistes. Pas du tout. Daniel Cohn-Bendit, grande figure de la gauche morale depuis six décennies, déclarait le 5 janvier 2025 sur LCI : « Je crois que la situation de Mayotte est exceptionnelle et qu’il ne faut pas discuter le problème du droit du sol idéologiquement. » En clair, il y a droit du sol et droit du sol. « C’est pas la France, poursuit-il. Si on discute des problèmes de Mayotte, je suis tout à fait d’accord qu’il faut freiner et rendre impossible cette immigration qui est là, vraiment, un grand bouleversement, un Grand Remplacement de la population : c’est une vérité, c’est une vérité, je ne suis pas aveugle. » Vérité au-delà de Suez, erreur en-deçà…

Hervé Le Bras, ex-démographe :

Également connu pour être favorable à l’immigration (en métropole), le démographe Hervé Le Bras a une solution encore plus radicale face à la submersion migratoire de l’île : « Que Mayotte rejoigne les Comores », a-t-il avancé au micro de France Inter le 31 janvier 2025 en rappelant que « ces Mahorais sont des Comoriens. Ils ont de la famille à Anjouan et à Grande Comore. » D’après lui, les Mahorais qui le souhaitent pourraient malgré tout s’établir en France métropolitaine pour laisser la place aux Comoriens sur l’archipel.

André Larané

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La France d'outre-mer
Publié ou mis à jour le : 2025-02-26 11:45:03

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