1914-1918 - Afrique : la « petite » guerre en marge de la Grande - Herodote.net

1914-1918

Afrique : la « petite » guerre en marge de la Grande

Durant la Première Guerre mondiale, les combats sur le sol européen ont fait passer au second plan la guerre qui se déroulait au même moment en Afrique. Alors contrôlé dans sa quasi-totalité par les belligérants, le continent africain fut pourtant un enjeu non négligeable du conflit.

Loin des tranchées et de la boucherie européenne, les guerres du front africain, en raison du nombre réduit de combattants et des faibles moyens matériels, apparaissent comme un conflit d’une autre époque, marqué par un profond respect entre des adversaires contraints de faire face à un milieu hostile. L’épopée du général allemand von Lettow en Afrique orientale en constitue sans nul doute l’une des plus belles pages.

Corps méhariste ottoman Beersheba 1915, bibliothèque du Congrès, Washington.

L’Afrique du Nord aux mains des Alliés

Dès le mois d’août 1914, l’Algérie est la cible d’un bombardement naval effectué par deux croiseurs allemands. Elle restera ensuite totalement épargnée par le conflit de même que le Maroic.

En Afrique du Nord, la colonie la plus stratégique pour les belligérants est l’Égypte. Protectorat britannique depuis 1882, cette dernière reste officiellement sous suzeraineté ottomane et les nationalistes égyptiens se rangent majoritairement dans le camp des Turcs et des Puissances centrales. Les Britanniques en prennent prétexte pour mettre un terme à la suzeraineté nominale que le sultan ottoman exerce sur l’Égypte. 

L’objectif principal des Turcs et de leurs alliés allemands est le contrôle du canal de Suez mais ils y échouent à deux fois en 1915 et 1916.

Après l’entrée en guerre de l’Italie en août 1915 aux côtés de l'Entente, Rome va rapidement perdre le contrôle de la Libye. Les Italiens ne parviendront qu’à se maintenir à Tripoli et Homs, laissant les Senoussis maîtres de la Cyrénaïque et du Fezzan...

Du Togo au Cameroun

Le Togo est la moins protégée et défendue des colonies allemandes. Curieusement, c’est dans cet étroit couloir bordant le lac Volta que le Reich a installé, près de la ville d'Atakpamé, la station radio de Kamina, une station de TSF ultramoderne, indispensable pour la coordination des navires de guerre. Le 7 août 1914, Français et Britanniques envahissent le Togo. La progression rapide des Alliés contraint les Allemands à détruire la station radio de Kamina. Le lendemain, leurs troupes capitulent.

Un canon français de 80 mm en position vers Doumé dans l'est du Cameroun en juillet 1915, © Ministère de la Culture, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine - diffusion RMN, DR. Pour les Français, la conquête du Cameroun est une priorité, la colonie allemande séparant en deux l’Afrique-Équatoriale française. En plus de leur supériorité numérique, les Alliés disposent dans le secteur des infrastructures du Congo belge (chemins de fer, lignes télégraphiques…) que Bruxelles a aussitôt mis à leur disposition.

Les Français lancent les hostilités dès le 6 août 1914. Quelques semaines plus tard, un corps expéditionnaire franco-britannique s'empare de Douala, la capitale de la colonie. 

En mars 1915, la grande offensive alliée est déclenchée. Plutôt que de s’arc-bouter autour de Yaoundé menacée d’encerclement, le commandant militaire du Cameroun, Emil Zimmermann, abandonne la colonie avec ses hommes et réussit à rembarquer jusqu'à Cadix, en Espagne.

Dilemmes afrikaners face au Sud-Ouest africain allemand

Sitôt la guerre déclarée, l'Union sud-africaine, en tant que dominion britannique, se trouve engagée dans le camp anglais et est chargée par Londres de conquérir le Sud-Ouest africain allemand.

Général Louis Botha, chef des boers, avec signature personnelle, carte postale vers 1900.Encore profondément marquée par la guerre des Boers, la population blanche sud-africaine est divisée. Si les anglophones acceptent la mobilisation comme un seul homme, les Afrikaners sont partagés entre la loyauté à la couronne britannique, à l’instar du Premier ministre Louis Botha, et la stricte neutralité, comme le prône le général James Hertzog, fondateur du Parti national.

En septembre 1914, le parlement sud-africain accepte de lever une armée pour envahir le Sud-Ouest africain allemand. Alors qu’il commande un régiment stationné à proximité de la frontière avec la colonie allemande, le colonel Manie Maritz refuse d’obéir aux ordres de Pretoria et entre en rébellion.

Dans l’optique d’une revanche de la guerre des Boers, Maritz entend obtenir par la force l’indépendance des républiques afrikaners d'Orange et du Transvaal et se rapproche des Allemands. Suivi par 12 000 hommes, il marche sur la capitale !

Pour les Anglais, la perspective de devoir affronter Allemands et Boers coalisés est si préoccupante que Londres envisage de dérouter les 30 000 hommes du contingent australo-néozélandais en route pour les Dardanelles et de les faire débarquer en Afrique du Sud. 

Le 12 octobre 1914, Louis Botha proclame la loi martiale. Les rebelles afrikaners sont finalement vaincus tandis que Maritz se réfugie en territoire allemand.

L’Afrique du Sud peut désormais entamer la campagne du Sud-Ouest africain allemand. En avril 1916, trois colonnes sud-africaines, fortes de 42 000 hommes au total, pénètrent dans la colonie du Reich.

Entre la modeste armée allemande et les puissantes troupes sud-africaines, le rapport de force est complètement disproportionné, à tel point que le général Botha dédaigne l’aide des populations indigènes, hostiles aux colons allemands, arguant qu’il s’agit d’une guerre entre Blancs.

Le 12 mai, les Sud-Africains occupent le poste de Windhoek abandonné par les Allemands qui se replient à Tsumeb, à l’est du pays. En quelques semaines, les villes de la colonie sont prises les unes après les autres.

Bataille de Tanga , 3 novembre 1914, Martin Frost (peintre de guerre allemand).

L’Afrique Orientale allemande résiste aux Alliés 

En Afrique Orientale allemande vont se dérouler les combats plus épiques. Les troupes du Reich sont commandées par le colonel Paul Emil von Lettow-Vorbeck (44 ans). Dix ans plus tôt, dans le Sud-Ouest africain allemand, durant la campagne contre les Hereros, il s’est familiarisé avec les guerres coloniales, basées sur la rapidité et l’esprit d’initiative. 

Von Lettow comprend que le blocus maritime britannique l’accule à la défaite. En conséquence, il opte pour une tactique de « retraite offensive ». Jouant à fond la carte de la mobilité, il allège ses colonnes en supprimant l’intendance et en écartant les non-combattants afin de conserver uniquement les hommes valides. Ses troupes progressent rapidement à travers la brousse et sont capables d’opérer d’imprévisibles changement de direction afin de surprendre leurs adversaires.

En octobre 1917, alors que sur le continent européen, les Allemands s’apprêtent à jeter toutes leurs forces dans l’ultime combat, von Lettow repousse les Britanniques à Mahiwa, près de la frontière mozambicaine. Cette vitoire face à un ennemi supérieur en nombre vaut à von Lettow d’être promu général.

Là-dessus, von Lettow porte la guerre en territoire portugais après avoir réduit son armée à 320 Européens et 2000 askaris. Il va aller de succès en succès pour ne finalement déposer les armes que le 25 novembre 1918 (deux semaines après l'Armistice !), à Abercorn, en Rhodésie du Nord, avec 150 Allemands et un millier d’askaris.

Heia Safari !

Heia Safari !L'historien africaniste Bernard Lugan s'est pris de passion pour l'épopée militaire du général Von Lettow-Vorbeck.

Il lui a consacré une monographie exceptionnellement documentée et illustrée (disponible en ligne sur le site internet de l'auteur, 30€).

Ce livre demeure, au moins en français, la principale source d'information sur les opérations militaires en Afrique subsaharienne en 1914-1918.


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Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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