Aux sources de l'Histoire - La saga Vonschriltz (Danemark, 1699) - Herodote.net

Aux sources de l'Histoire

La saga Vonschriltz (Danemark, 1699)

Établis au Danemark mais d’origine allemande, les Vonschriltz vont s’illustrer en France, puis aux États-Unis, épousant les deux grands mouvements d’émigration de leur époque. Cette première partie évoque le sort peu commun de Jean-Joseph Vonschriltz, venu du Danemark en France pour se convertir au catholicisme...

« En avant, quand même ! » (646)

Jean-Joseph Vonschriltz est né au Danemark vers 1678 dans une famille noble de religion anabaptiste qui se revendique d'origine allemande. La présence d’une telle communauté dans le très luthérien Danemark vient de ce qu'au XVIe siècle, des anabaptistes ont trouvé refuge dans ce pays.

Selon Christian Ditlev Reventlow, spécialiste de la noblesse danoise, deux colonies anabaptistes chassées des Pays-Bas - les mennonites - y étaient relativement tolérées, l’une dans la péninsule d’Ejderstedt (Eiderstedt en allemand), l’autre dans la ville de Frederiksstad (en allemand Friedrichstadt). Il s'agit de deux zones situées dans un rayon de 30 km, aujourd'hui partie intégrante de l’arrondissement de la Frise du Nord, dans le Land de Schleswig-Holstein, en République fédérale d’Allemagne.

À la fin du XVIIe siècle, le Danemark est l’objet de guerres incessantes et en conflit avec la Suède. Bien que celle-ci soit alliée de la France, les élites danoises sont traversées par un fort sentiment francophile et perçoivent la monarchie de Louis XIV comme un modèle.

En 1699, alors que la péninsule d’Ejderstedt est occupée par les Suédois, Jean Joseph Vonschriltz choisit donc de s'établir en France. Il fait deux fois le voyage entre la France et le Danemark avant de se convertir au catholicisme. Il est baptisé à l’église Saint-Nicolas de Cambrai le 5 septembre 1699, avec la bénédiction des jésuites locaux.

Acte de baptême, Archives départementales du Nord.

À la suite de sa conversion, il est déshérité par sa famille, comme le montre le dossier de demande de pension constitué par les enfants qui naîtront de son union avec une Française, Antoinette Jumelet :
Rapportent en outre plusieurs copies de certificats, l’un de l’abjuration de feu leur père, faite à Cambrai au mois d’août 1699 entre les mains du recteur de la compagnie de Jésus, et de son extrait baptistaire du curé de la paroisse St-Nicolas de ladite Ville, et l’autre du sieur Libeauchamp prêtre de la mission à Versailles du 4 janvier 1704 qui contient que le sieur Jean Joseph Vonschriltz, gentilhomme danois, avait fait deux fois le voyage de Danemark en France pour être baptisé et que depuis 1699 qu’il avait fait abjuration de l’hérésie des Anabaptistes où il avait été élevé. Il était très persuadé de sa sincère conversion, se portant avec ferveur aux exercices de piété et devoirs d’un bon catholique, qu’il était digne d’être secouru ayant été déshérité de sa mère et de ses parents en haine de sa conversion.

Un autre rapport mentionne :
Né et élevé jusqu’à l’âge de 20 ans dans la foi anabaptiste qu’il a abjuré malgré les menaces de ses parents par le sacrement de baptême et qu’ils l’ont effectivement déshérité de tous ses biens, ayant su l’abjuration qu’il avait fait de leur religion.

Une « conversion sincère »

Copie du certificat du père Libeauchamp :
J’ai soussigné prêtre de la congrégation de la Mission de Versailles certifie que le sieur Jean Joseph Vonchriltz, gentilhomme danois a fait deux fois le voyage de Danemark en France pour avoir le saint baptême, ayant été élevé dans l’hérésie des Anabaptistes et que depuis le mois de juin de l’année 1699 qu’il demeura deux ou trois mois sur cette paroisse jusqu’en l’année présente, il a toujours fait profession de la foi catholique apostolique et romaine et qu’il s’est toujours comporté d’une telle manière que j’ai toujours été et suis encore à présent fort persuadé de sa conversion sincère, fréquentant souvent les sacrements et s’acquittant de tous les devoirs d’un bon catholique, et il est digne d’être secouru ayant été déshérité par sa mère en haine de sa conversion.
Fait à Versailles le 4 de l’an 1704. Signé Libeauchamp.

Un ingénieur du Génie plein de bravoure et de zèle

Faisant donc valoir à la fois sa qualité, sa détresse et le mérite de sa conversion, le jeune homme est accueilli dans les armées du Roi. En 1702, Jean-Joseph est nommé lieutenant au régiment d’Alsace, un régiment d’infanterie réservé aux Allemands.

Il est attaché comme ingénieur au Génie, se charge des fortifications, fait preuve d’esprit d’initiative et de bravoure comme en témoigne son supérieur, Christian II de Birkenfeld-Bischweiler :
Nous Christian Prince palatin de Birkenfelt, lieutenant général des armée du Roi, colonel du régiment d’Alsace.
Certifions que le sieur Schriltz a servi pendant sept ans en qualité de lieutenant dans ledit régiment et qu’il s’est distingué dans toutes les occasions tant par la bravoure que par son zèle et affection pour le service du Roi. Comme il s’est particulièrement attaché au Génie et aux fortifications et que son dessein est d’employer le talent qu’il a acquis dans cet art pour le service de Sa Majesté. Nous avons bien voulu lui rendre le témoignage de sa bonne conduite et de sa capacité. En foi de quoi nous avons signé le présent certificat et fait cacheter du cachet de nos Armes.
Fait à Paris le 26 mai 1709. Le Prince de Birkenfeldt.

(Service historique de la Défense, Vincennes, GR 1YE 25610)

Lettre du Prince de Birkenfeldt, 1709.

Inventeur d’une machine pour « jeter des grenades »

En 1709, Vonschriltz conçoit un projet pour améliorer la technique du lancer de grenades et limite la dangerosité de l’opération (la grenade à main en fonte était utilisée en Europe depuis le milieu du XVe siècle.).
Le 2 avril, il présente son invention au roi  : « une machine pour jeter des grenades sans poudre et sans perdre de ceux qui les jetaient, dont l’épreuve en fut faite à Versailles devant Sa Majesté Louis XIV de glorieuse mémoire le 2 avril 1709 et approuvé par Monseigneur le duc Dumaine et M. le Marquis de la Frézelierre. »

Copie de la lettre de Monseigneur le Duc Dumaine à M. de Chamillart au sujet de M. de Vonschriltz à Versailles le 2 juin 1709.
Il vous doit être remis, Monsieur, un Mémoire d’une nouvelle manière de jeter des grenades. Je l’ai fait éprouver par le sieur Marquis de la Frezelière, lequel m’a marqué que l’épreuve avait réussi et que l’inventeur de cette machine ayant d’autres connaissances et du génie pour l’artillerie serait très propre pour la défense d’une place. C’est de quoi j’ai voulu vous rendre compte, Monsieur, tant pour lui faire plaisir que parce que l’affaire à rapport à vous. Signé L.-A. de Bourbon.

Malplaquet, le dernier combat

Vonschriltz a de bons rapports hiérarchiques avec Jean François Frézeau, marquis de la Frézelière, lieutenant général des armées du Roi. Il s’agit du fils et continuateur du grand réformateur de l’artillerie sous le ministère de Louvois. Le duc du Maine était pour sa part « grand maître de l’artillerie ».

Deux lettres de juin et août 1709 témoignent des relations entre Frézelière et Vonschriltz, ce dernier étant chargé de construire un ouvrage près de Tournai. Nous sommes alors à l’approche de la bataille décisive qui opposa Français et Bavarois aux Autrichiens, aux Néerlandais et aux Anglais dans la Guerre de succession d’Espagne.

La bataille de Malplaquet, le 11 septembre 1709, réunit ainsi Vonschriltz, Frézelière (648), Du Maine. L’élite de l’artillerie royale en quelque sorte. Cette bataille majeure réunit une coalition de près de 100 000 hommes placés sous le commandement du duc de Marlborough face aux 75 000 hommes de la coalition franco-bavaroise commandés par le maréchal de Villars. Les pertes furent considérables et cette bataille s’inscrivit dans les mémoires.

Vonschriltz y fut tué, à l’âge de 34 ans. Il laisse une veuve et deux fils. De cette branche se développeront des rameaux de Parisiens maîtres dans l’art de l’orfèvrerie. En attendant, le roi accorda à la famille une pension de 300 livres de rente pour un nouveau commencement en France.

Philippe Chapelin, généalogiste
Le bon filon

Les dossiers d’officiers sont classés nominativement aux Archives du service historique de la Défense à Vincennes. Hélas il n’en est pas de même pour les hommes de troupe sous l’Ancien régime, dont il faut connaître à l’avance le régiment pour espérer trouver quelques traces.


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• France, 1730
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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