Émile Coué (1857 - 1926) - L'imagination, c'est la santé - Herodote.net

Émile Coué (1857 - 1926)

L'imagination, c'est la santé

Monsieur Coué & moi (Caroline Charron, 2017, Complicités, 17 euros)Charlatan, gentil illuminé, précurseur, faiseur de miracles…

Que n’a-t-on dit sur Émile Coué et sa fameuse méthode dont tout le monde connaît le nom sans pour autant savoir de quoi il s’agit ?

Qui sait en effet que Coué recevait le monde entier chez lui, à Nancy, et qu’il a sillonné les États-Unis, mais aussi l’Europe pour expliquer sa méthode au début du XXème siècle ?

90 ans après sa mort, il est temps de réhabiliter cet homme encore largement ignoré en France.

Émile Coué aux États-Unis en 1923

Élève studieux, pharmacien brillant

Émile Coué naît à Troyes au foyer d'un modeste technicien des chemins de fer. Appliqué, il se laisse convaincre par son père d'entamer un stage dans une pharmacie de Troyes. C'est ainsi qu'il intègre l’École supérieure de pharmacie de Paris et passe brillamment le concours de l’Internat en 1881. Moins d’un an plus tard, il obtient son diplôme avec les félicitations du jury puisqu’il arrive deuxième de sa promotion.

Le pharmacien Delaunay, qui apprécie son humeur égale, lui propose de devenir son associé ! Cette proposition inespérée le propulse à 26 ans à la tête de la pharmacie. Le jeune homme ne se contente pas de préparer et vendre pilules, pommades ou sirops. Il prend le temps d’écouter chaque client avant de lui proposer LE remède idéal accompagné de mots d’encouragements Sa réputation s’étend rapidement grâce au bouche-à-oreille alors qu’il prend conscience de l’importance des paroles dans la guérison des malades.

Son mariage avec Lucie, la fille d’un célèbre horticulteur nancéen, lui ouvre les portes de la bourgeoisie cultivée de Nancy. Lors d’un dîner, Coué raconte une anecdote dont il se servira souvent par la suite pour expliquer sa méthode : « Une femme vient me voir, l’air désespéré. Très malade, elle souffre énormément et me demande de lui préparer un remède précis qui, dit-elle, la soulagera. Or il m’est interdit de préparer cette potion. J’en informe ma cliente qui repart très déçue. Elle revient le lendemain en me suppliant de lui faire sa potion. Sa souffrance est telle que je vais dans mon laboratoire et verse un peu d’eau distillée dans un flacon que je lui donne en la mettant en garde de bien respecter la dose car cette potion est très efficace mais, trop dosée, elle peut être dangereuse. Huit jours plus tard, cette dame revient pleine de gratitude : elle est guérie ! »

Grâce à ce placebo, Coué met en évidence le pouvoir de la pensée et de la suggestion dans le processus de guérison. Il entre en relations avec le modeste docteur Liébault, fils de paysan, qui traite ses patients grâce à l’hypnose, et, de retour à Troyes, commence lui-même à hypnotiser certains clients pour renforcer l’effet de leur traitement. Le succès est immédiat et les séances deviennent collectives pour encore plus d’impact. Mais Coué finira par abandonner l'hypnose, considérant qu'elle n'ajoute rien au processus de guérison par auto-suggestion.

La maison d’Émile Coué existe toujours, rue Jeanne d’Arc, à Nancy (DR)

L’installation à Nancy

Émile Coué profite de sa notoriété à Troyes pour présenter le résultat de ses recherches. Il tient sa première conférence à la salle des fêtes de la ville en septembre 1903. Il y aborde les notions de suggestion et surtout d’autosuggestion « c’est-à-dire l’implantation d’une idée en soi-même par soi-même » explique-t-il. Après ce premier succès, d’autres « causeries », comme il les appelle, suivront et lui permettront d’affiner sa thèse.

Ainsi, en 1907, il expose ce qui constitue les fondements de sa méthode :
- quand l’imagination et la volonté sont en lutte, c’est toujours l’imagination qui l’emporte.
-quand l’imagination et la volonté s’accordent, l’une ne s’ajoute pas à l’autre mais se multiplie.
-l’imagination peut être dirigée.

En 1910, il vend sa pharmacie et se réinstalle à Nancy, dans une grande maison, pour se consacrer entièrement à sa méthode. Il a alors 53 ans. Désormais, il passe tout son temps à l’élaboration et la diffusion de sa méthode. 

Devant une salle comble, il professe : « … vous devez lui dire qu’il porte en lui-même l’instrument de sa guérison, que vous n’êtes pour ainsi dire qu’un professeur qui lui apprend à se servir de cet instrument et qu’il faut qu’il vous aide dans votre tâche. Donc le matin, avant son lever, le soir, aussitôt qu’il se mettra au lit, il devra fermer les yeux et répéter vingt fois de suite cette phrase : tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. »

Émile Coué dans les années 1920

La gloire internationale

Sa thèse obtient un large écho et, dès la fin de la guerre, le pharmacien sillonne la France, l’Europe (Angleterre, Italie, Suisse, Belgique, Allemagne, Suède, Russie etc.) pour expliquer sa méthode et en montrer les effets grâce à des séances de guérison à guichet fermé.

Sans distinction, Coué tente de guérir le futur roi George VI de son bégaiement, vient à bout des rhumatismes persistants du roi Albert 1er de Belgique ou libère une ouvrière de son asthme. Dans ses séances collectives, les plus humbles côtoient les plus fortunées ; tous reçoivent la même attention du brave homme.

En 1923, à 66 ans, Coué débarque pour la première fois aux États-Unis. Son arrivée, annoncée en Une du New-York Times, déchaîne les passions. Il enchaîne pendant un mois les conférences et les séances de guérison dans une vingtaine de villes. À chaque fois, il fait salle comble et l’on frôle parfois l’hystérie au point de parler de « Couémania ».

Lui affirme qu’il « ne fait rien ». Il dit même « je n’impose rien à personne, j’aide simplement les gens à faire ce qu’ils désireraient faire, mais qu’ils se croient incapables de faire. »

Grâce au prix d’entrée modique à ses conférences mais aussi à la vente de son livre « La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente », sorti en 1921, maintes fois réédité et traduit dans toutes les langues, Coué finance des Instituts à Paris, New-York, mais aussi dans plusieurs villes d’Europe où les malades sont reçus gratuitement. Lorsqu’il reçoit un don, il le reverse à une œuvre caritative. Ainsi, il contribue largement à la reconstruction de la cathédrale de Reims endommagée pendant la guerre...

Welcome M. Coue (New-York, 1923)

Le déclin

Après une telle gloire, comment se fait-il que la méthode Coué soit à ce point tombée dans l’oubli, au point de n’être plus connue en France que par une expression péjorative ?

Coué n’était pas médecin mais pharmacien et, à ce titre, il fut souvent discrédité par des praticiens qui voyaient en sa méthode une menace. Ils eurent tôt fait de ridiculiser Coué qui prétendait apprendre à leurs patients à se soigner eux-mêmes avec une formule simpliste et qui plus est sans effort ! À l’inverse de Freud, son contemporain, qui fait remonter le négatif de l’inconscient, Coué le nourrit de paroles positives.

Il n’a laissé au demeurant que très peu d’écrits. De son vivant et encore plus après sa mort, Coué avait certes d’enthousiastes partisans mais aussi de nombreux détracteurs qui finirent par l’emporter.

Certains notent toutefois que la méthode Coué et l’école de Nancy ont posé les bases de la psychologie moderne et que la méthode Coué elle-même a largement été utilisée par la suite – le plus souvent sans la mentionner – dans nombre de méthodes de thérapies comportementales ou de développement personnel telles que la PNL ou la sophrologie par exemple.

On comprend mieux aujourd’hui l’interaction entre le corps et l’esprit et comment l’imagination transforme le cerveau ; on demande au malade de prendre activement part à sa guérison et on sait que si son esprit est concentré sur une chose, il peut oublier sa douleur… Autant d’éléments contenus dans la méthode Coué et que quelques praticiens, tant en France qu’à l’étranger, utilisent à nouveau et souhaitent réhabiliter.


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L'auteur : Caroline Charron

CarolineCaroline Charron, journaliste et romancière, s'est prise de passion pour le bon Émile Coué.

À travers son roman, Monsieur Coué & moi (2017, Complicités), elle fait revivre la « Couémania » qui accompagna le pharmacien nancéen, dans les années 1920, de la capitale lorraine aux États-Unis.

Caroline Charron est aussi l'auteur d'un roman sur Fabergé, de la cour du tsar à l'exil.

Publié ou mis à jour le : 2018-10-04 17:27:19

 
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