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La Commune de Paris
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La Commune de Paris

Les enseignements du drame


L'insurrection de la Commune de Paris a duré 72 jours, du 18 mars 1871 au 28 mai 1871, avant que le gouvernement légitime ne reprenne la capitale au terme d'une Semaine Sanglante.

On évalue à 20 000 le nombre de victimes de cette tragédie, sans compter 38 000 arrestations, quelques milliers de proscrits et de déportés. Sans compter aussi les destructions matérielles et les incendies de nombreux monuments dont le palais des Tuileries, jamais reconstruit, et l'Hôtel de Ville, chef-d'oeuvre de la Renaissance.

Par son coût humain, ce drame est sans commune mesure avec la répression sous le Second Empire (Napoléon III) ou la monarchie de Juillet (Louis-Philippe). Il surpasse le drame de juin 1848 (Seconde République) et peut à peine se comparer à la Terreur sous la Première République.

À cela s'ajoutent les sanctions judiciaires. Les tribunaux militaires prononceront jusqu'en 1877 un total d'environ 50 000 jugements. Il y aura quelques condamnations à mort et près de 10 000 déportations vers les bagnes de Nouvelle-Calédonie.

Les lois d'amnistie (pardon et oubli) ne viendront que dix ans plus tard, une fois la République bien installée, avec une amnistie partielle le 3 mars 1879 et complète le 11 juillet 1880. Elles conduiront à la libération des prisonniers et au retour des déportés (Louise Michel...) et des exilés (Édouard Vaillant...).

André Larané
Mémoires de la Commune

Le départ des Communards en déportation (anonyme, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis)

La peinture ci-dessus montre le départ des condamnés pour la Nouvelle-Calédonie. L'homme que l'on voit au centre, de profil et en tenue kabyle, nous rappelle qu'au même moment, la République réprimait en Algérie la grande révolte du bachagha El Mokrani.

Cette oeuvre est visible au musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis, le plus riche qui soit en évocations de la Commune (au nord de Paris, métro Saint-Denis-Basilique). 

Ce drame de 72 jours était-il évitable ?

Le premier responsable en est la bourgeoisie conservatrice qui, sous l'impulsion d'Adolphe Thiers, a choisi de fuir Paris avec les corps constitués plutôt que de réprimer un commencement d'émeute.

Mais le chef du gouvernement provisoire pouvait-il envisager une reprise en main immédiate de la capitale, à moindre coût ? Paris était en 1870 une grande capitale de deux millions d'habitants, avec un urbanisme moderne et de larges avenues qui ceinturaient la ville et se prêtaient aux manoeuvres de l'armée. Face à elle, les agitateurs potentiels étaient tout au plus 60 000, sans chef, sans organisation, sans programme et sans armes...

Gravure de propagande dans la presse gouvernementaleDe fait, en abandonnant la capitale aux meneurs ouvriers et socialistes presque sans combattre, Thiers exécuta un plan qu'il avait déjà testé à Lyon lors de la seconde révolte des canuts (1834), proposé en vain à Louis-Philippe en février 1848 et failli mettre en oeuvre à Paris en juin 1848, lorsque des émeutes ouvrières mirent à mal la IIe République.

Le 18 mars, non seulement il se garda de réprimer l'émeute mais il se refusa à demander à l'Assemblée nationale réunie à Versailles le geste qui aurait ramené spontanément les émeutiers dans leurs foyers, à savoir de proclamer comme définitive l'instauration de la République !

Il s'y refusa parce que les élections législatives du 26 février 1871 avaient amené à la Chambre une écrasante majorité monarchiste, composée de notables ruraux, et parce que lui-même restait attaché à un régime monarchique de type constitutionnel;

Son intention affichée était de liquider une fois pour toutes le mouvement ouvrier et il n'y a que trop bien réussi puisque, jusqu'en 1936, la IIIe République ignorera à peu près complètement les questions sociales. Le mépris réciproque que se vouaient à cette époque les ouvriers parisiens et les « cul-terreux » de province l'a aussi servi car, pendant sa brève existence, la Commune n'a bénéficié d'aucun secours à l'extérieur.

Mort d'Eugène Varlin, fusillé le 28 mai 1871 (Maximilien Luce, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis)

Des hommes dépassés par les événements

De l'autre côté, les dirigeants révolutionnaires et ouvriers qui ont pris la tête de la Commune se pour la plupart sont révélés d'une médiocrité insondable. Il est vrai qu'ils n'étaient pas préparés au pouvoir et ne s'attendaient pas à ce que le gouvernement leur livre la capitale. 

Gustave Flourens (4 août 1838, Paris ; Rueil-Malmaison, 3 avril 1871)Sur les 79 membres de la Commune, quarante-huit ont pu s'enfuir et échapper à un procès. Huit - parmi les meilleurs - sont morts au combat ou bien ont été fusillés pendant la Semaine Sanglante. Vingt-deux ont été jugés et le dernier, Charles Beslay, a bénéficié d'un sauf-conduit pour la Suisse pour avoir protégé... la Banque de France ! Un seul, finalement, sera fusillé et vingt condamnés à la déportation ou aux travaux forcés.

« Force est tout de même de constater, sinon le manque de courage moral, du moins l'extraordinaire manque d'envergure ou l'incompétence de beaucoup de ces hommes qui se crurent capables de s'ériger en gouvernement révolutionnaire. Ces médiocres savaient-ils seulement ce qu'ils voulaient ? on en douterait à les entendre. » écrit l'historien Jacques Rougerie, après avoir décrypté les minutes des procès qui ont suivi la répression (*).

Notons toutefois quelques belles et honorables figures qui échappent à la médiocrité : le savant et « général » Gustave Flourens (32 ans), abattu à Rueil-Malmaison par des gendarmes versaillais, l'avocat Charles Delescluze (61 ans), qui se fera tuer sur une barricade pour ne pas survivre à la défaite, l'intellectuel blanquiste Édouard Vaillant (31 ans), délégué à l'éducation, qui réussira à s'enfuir à Londres et poursuivra une belle carrière comme socialiste aux côtés de Jean Jaurès...

L'ouvrier relieur Eugène Varlin (31 ans), après avoir tenté d'empêcher le massacre de la rue Haxo, erre, hagard, dans la ville. Il est reconnu et arrêté place Cadet. Passé à tabac puis traîné rue des Rosiers (aujourd'hui rue du chevalier de la Barre), il est fusillé à l'emplacement où furent tués les généraux Lecomte et Clément-Thomas.

Louis Rossel (9 septembre 1844, Saint-Brieuc ; 28 novembre 1871, Satory, Versailles)Disons un mot du colonel Louis Rossel (27 ans), seul officier supérieur à avoir rejoint la Commune pour défendre la patrie jusqu'au bout. Accusé de trahison pour n'avoir pas défendu le fort d'Issy, il assurera néanmoins son engagement aux côtés des Communards et sera fusillé dans la plaine de Satory, à Versailles.

Citons Eugène Pottier (55 ans), dessinateur sur étoffes et auteur de chansons légères ; il compose en juin 1871 L'Internationale avant de s'enfuir à Londres. Et n'oublions pas bien sûr l'institutrice Louise Michel, figure charismatique qui avait réussi à séduire même le rude Georges Clemenceau.

Le mythe de la Commune de Paris survivra dans les mémoires (et les chansons), plus grand que l'événement lui-même. Karl Marx et ses disciples vont tenter de le récupérer en y voyant après coup la première manifestation révolutionnaire de la classe ouvrière (Marx ne s'en était pas moins félicité de la victoire de la Prusse sur la France). Au-delà de la France, il va aussi nourrir les réflexions de Lénine, lequel se risquera à quelques pas de danse quand « sa » révolution survivra à son 72e jour (mais notons qu'elle s'effondrera dans sa 72e année).

Le Gaulois : La Commune jugée par Karl Marx (22 août 1871)

Dans son édition du 22 août 1871, Le Gaulois, journal monarchiste et antirépublicain, rapporte un entretien entre Karl Marx et le correspondant du New-York Herald.

Le philosophe et chef de l'Internationale socialiste prend ici ses distances avec la Commune tout en montrant un intérêt aigu pour ses différents acteurs. Il porte sur chacun d'eux un jugement abrupt...

Journal à la Une (source : Bibliothèque nationale de France

Bibliographie

La Commune a nourri une abondante littérature.

La Commune et les Communards (Jacques Rougerie, Folio Histoire)Nous avons beaucoup apprécié pour notre part La Commune et les Communards (2018, Folio Histoire, 428 pages). Dans la première partie de cet essai vivant et synthétique, l'historien Jacques Rougerie rappelle les 72 jours du drame.

Dans une deuxième partie, il épluche les milliers de dossiers inédits de la justice militaire et donne à voir le vrai visage des Communards, dans toute leur humanité.

Les témoignages ne manquent pas de sel. Ainsi, le peintre Gustave Courbet rédige un plaidoyer naïf et truffé de fautes d'orthographe que l'on croirait sorti d'une copie du bac de 2017 ! Tel autre inculpé, moins connu et plus courageux, revendique avec fierté son engagement. Il sera fusillé...


Publié ou mis à jour le : 2018-05-28 15:33:49

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Jean LOIGNON (22-03-201821:02:30)

Parmi les figures de militants de la Commune, j'aimerais évoquer celle de Zéphyrin Camélinat, dont la vie longue (1840-1932) résume une bonne part de l'histoire du mouvement ouvrier français. Ce paysan bourguignon de l'Yonne "monta " à Paris sous le Second Empire, attiré par les grands chantiers hausmannien. Il devint ciseleur bronzier et son habileté le fit envoyer à Londres lors de l'Exposition universelle de 1862. Il en profita pour nouer des liens avec les fondateurs de l'AIT, la "première I... Lire la suite

Boutté (21-03-201807:18:06)

Excellent résumé rendant clair ce drame de courte durée mais de nombreuses victimes. Deux remarques cependant: vous accusez le manque d'armes d'être cause de l'échec des Communards qu'au début du texte vous estimiez surarmés. La sémantique indique qu'un boulevard est une voie qui alimente les fortifications,donc circulaire, alors qu'une avenue est une voie pénétrant vers le centre, comme son nom l'indique. Le plan de Paris le démontre bien mais la faute est vénielle.

Mireille (20-03-201809:10:32)

Je m'étonne de ne pas voir citer dans cet article le journal "Le Cri du Peuple" de Jules Vallès -journal quotidien de la Commune- édite en fac simile en 1968 par les Editions Les Yeux Ouverts. Sa lecture est très intéressante car elle nous permet, encore aujourd'hui 147 ans plus tard, de suivre la Commune au jour le jour, de nous plonger dans les détails du vécu des Communards sans omettre la réflexion et la critique politiques.


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