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Luther et la Réforme
Luther, par Cranach (détail)
• 11 novembre 1417 : fin du Grand Schisme d'Occident
• 31 octobre 1517 : les 95 thèses de Luther
• 11 décembre 1518 : Zwingli, réformateur suisse
• 25 juin 1530 : Confession d'Augsbourg
• 18 octobre 1534 : affaire des placards
• 21 mai 1536 : Genève passe à la Réforme
• 27 septembre 1540 : naissance de la Compagnie de Jésus
• 13 décembre 1545 : début du concile de Trente
• 25 septembre 1555 : paix religieuse d'Augsbourg
• 27 mai 1564 : mort de Calvin à Genève
• 30 avril 1598 : Édit de Nantes
• 17 février 1600 : fin tragique de Giordano Bruno
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Luther, un moine contre les papes

7 clés pour comprendre


Traduction en Espagnol

Martin Luther en 1528 (par Lucas Cranch l'Ancien, Lutherhaus, Wittenberg)Le 31 octobre 1517, un professeur de théologie de la jeune université de Wittenberg adresse aux autorités ecclésiastiques ses thèses sur les indulgences. Martin Luther (1483-1546) ignore que ce texte va sortir des milieux érudits pour se répandre dans toute l’Allemagne, suscitant la colère de l’archevêque qui alerte le pape Léon X.

Traditionnellement, cet épisode marque le début de la Réforme qui se dessine en réalité de façon beaucoup plus progressive. La rupture avec Rome n’était pas préméditée. Elle est consommée en 1520 quand le moine saxon, désormais convaincu de sa mission, brûle la bulle qui lui demande de revoir ses positions sous peine d’excommunication.

L’homme construit une nouvelle doctrine chrétienne au fil de ses écrits, profitant des progrès de l’imprimerie pour toucher un large public. Il agit sous la protection de Frédéric III le Sage, le puissant électeur de Saxe, qui lui offre un soutien sans faille quand il est mis au ban de l’Empire. À partir de 1525, le luthéranisme gagne d’autres princes germaniques ainsi que des villes libres qui y voient un moyen d’affirmer leur indépendance face à la double tutelle romaine et impériale.

Ce choix rencontre de nombreuses oppositions qui se cristallisent dans des affrontements militaires. En 1555, Charles Quint s’incline. La paix d’Augsbourg reconnaît l’existence officielle du luthéranisme dans l’Empire. D’autres courants du protestantisme sont déjà nés. L’Europe vient de basculer dans la modernité.

Priscille de Lassus
Revue Codex, 2000 ans d'aventure chrétienne, automne 2017, #5.
Luther, un moine contre les papes

Codex, 2000 ans d'aventure chrétienneCet article est tiré du dossier « Luther, l'homme qui a dit non », Codex #05, automne 2017, 15 euros.

Toujours richement illustré, le magazine vous transporte aussi dans les coulisses du département des manuscrits de la BnF et publie une passionnante interview de Michel Zink sur les troubadours : « L'amour devient la grande affaire de la poésie »...

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1 ★ Au cœur du Saint Empire romain germanique ★

Le Saint Empire romain germanique à l’époque de Luther, © Lorraine Garchery.Au début du XVIe siècle, le Saint Empire romain germanique est une mosaïque complexe qui recouvre tout le centre de l’Europe. Il se compose de territoires souverains très différents par leur taille, leur langue, leur économie et leur nature politique : royaumes (Bavière), duchés (Saxe), principautés (Anhalt), villes libres (Hambourg), petites seigneuries (Mansfeld) ou bien même États ecclésiastiques dirigés par un abbé (Fulda) ou un évêque (Salzbourg). 

Soumis à l’empereur par un lien de suzeraineté, chacun de ces États n’en conduit pas moins sa politique intérieure comme il l’entend. 

Seules les questions d’intérêt commun, notamment celles qui concernent la sécurité et l’équilibre de ce vaste ensemble, donnent lieu à des décisions qui s’appliquent à l’Empire tout entier. Ces lois impériales sont élaborées sur la base d'avis exprimés par La Diète qui réunit tous les États sur convocation de l’empereur dans un lieu variable. Elle peut aussi se prononcer sur la levée de l’impôt ou les affaires extérieures.

L'empereur Maximilien Ier, Albrecht Dürer, 1519, Kunsthistorisches Museum, Vienne.L'empereur est choisi par sept princes électeurs : quatre laïcs (les électeurs de Saxe, de Brandebourg, du Palatinat et le roi de Bohême) et trois ecclésiastiques (les archevêques de Trêves, de Cologne et de Mayence). Il est considéré comme le chef temporel de la chrétienté, le successeur des empereurs romains et de Charlemagne, celui qui a prééminence sur tous les autres souverains.

C’est un Habsbourg depuis le début du XVe siècle. Très actif aux côtés de son père dès 1486, Maximilien Ier règne de 1508 à 1519. Il réforme les institutions en créant notamment la chambre impériale de justice pour arbitrer les conflits entre les princes. Son petit-fils Charles Quint prend la suite jusqu’à son abdication en 1556.

2 ★ Une église en quête de renouveau ★

Depuis le XVe siècle, après l’intermède d’Avignon, les papes résident à Rome qui fait l’objet de chantiers gigantesques pour devenir une capitale digne de ce Nom. Ébranlés par le schisme d’Occident (1378-1417) et par la crise conciliaire qui l’a suivi, ils cherchent à affirmer leur autorité afin d’éviter de nouvelles divisions.

Scène de Crucifixion, Horae ad udsum trecensem, livre d’heures, XVe siècle.Les Italiens deviennent majoritaires parmi les cardinaux qui proviennent des riches familles de la péninsule. Le gouvernement pontifical se modernise avec une administration plus nombreuse et compétente.

En Allemagne, le christianisme apparaît bien vivant, mais on critique volontiers le poids de la Curie dans les nominations ecclésiastiques ainsi que les exigences financières de la papauté.

Les membres du Saint Empire supportent mal le pouvoir des Latins. Ils considèrent que leur position éminente au sein de la chrétienté les invite à corriger les erreurs de Rome.

Le clergé paroissial fait également l’objet de critiques sévères : ignorance, concubinage, cumul de bénéfices, absentéisme... À l’époque de Luther, la population se montre encore plus exigeante envers ces abus. Certains chrétiens réclament une reformatio, un mot très répandu à l’époque, pour mieux conformer « la tête et les membres » de l’Église aux préceptes de l’évangile.

En 1512, la réunion du concile de Latran suscite de grands espoirs mais Luther surgit au moment où il s’achève. Ces décrets restent lettres mortes.

Portrait de jeune homme en prière, Hans Memling, 1487,  Uffizi Gallery, Florence.Les pesanteurs ecclésiastiques n’étouffent cependant pas toutes les initiatives de réforme de l’Église. On note des tentatives, plus ou moins réussies, de retour à l’observance chez les réguliers et d’amélioration du clergé séculier.

Des théologiens comme Nicolas de Cues ou Jean de Ségovie insistent sur le contrôle des mœurs. Des humanistes comme Érasme ou Lefebvre d’Étaples invitent à revenir aux sources des Écritures.

Dans les villes, les laïcs sont touchés par un nouveau courant spirituel, la devotio moderna, venue du monde rhénan, qui favorise une piété plus personnelle et intérieure autour de L’Imitation de Jésus-Christ

La lecture et la méditation de la Bible prennent de l’importance. Ce désir de conversion authentique, parfois teinté de mysticisme, offre un terrain favorable à la Réformation.

Fragment de la fresque de la danse macabre où sont représentés le clerc théologien, le laboureur encadré de deux transis et le cistercien (La Chaise-Dieu, Haute-Loire, milieu du XVe siècle), @ Jean-Pol Grandmont.

3 ★ Des fidèles angoissés par le salut ★

La mort apparaît omniprésente dans l’imaginaire du XVe siècle. Loin d’atténuer son caractère tragique, les représentations donnent à voir des transis, c’est-à-dire des cadavres en décomposition, ou des danses macabres qui entraînent des hommes de toutes conditions dans une farandole sinistre. Un avertissement pour les vivants. La littérature propose le fameux Ars moriendi qui connaît une diffusion extraordinaire en expliquant l’art de bien mourir.

L'heure de la mort, Ars moriendi, vers 1460, Gutenberg Museum, Mayence.Soucieux de leur salut, les fidèles méditent sur la Passion en contemplant le Christ nu, sanglant, flagellé, couronné d’épines. On commence à vénérer ses plaies et les instruments de son supplice. La pratique du chemin de croix se répand. Il faut dire que l’Europe sort d’une période de guerres, de famines et d’épidémies. La population s’est effondrée de 30 à 50 % depuis la peste noire de 1348. Vers la fin du XVe siècle, l’Allemagne affiche encore un déficit de 20 %.

La croissance démographique favorise le commerce mais elle crée aussi des tensions dans le monde paysan au moindre dérèglement climatique. Les temps sont propices aux angoisses eschatologiques.

Beaucoup disent que le vieux monde approche de sa fin. Certains prêchent la venue de l’Antéchrist et la chute de la papauté. D’autres disent que le renouveau surgira d’Allemagne. Pour rassurer les fidèles, les messes pour les morts et le système des indulgences permettent de réduire les peines du purgatoire.

Ces pratiques explosent, encouragées par l’Église qui y voit un moyen d’encourager la ferveur. Mais elles conduisent aussi à des scrupules excessifs et à des détournements abusifs. Comme ses contemporains, le moine Luther est hanté par cette question : comment obtenir le salut ?

Cette illustration dépeint le centenaire de la Réforme de l'Église Chrétienne comme un rêve prophétique de Friedrich III, souvent connu sous le nom de Frédéric le Sage, l'Électeur Canny de Saxe. À gauche, Martin Luther écrivant sur une porte d'église avec une grande plume, dont la pointe traverse les oreilles d'un lion, faisant tomber la tiare du pape Léon X. La gravure porte un titre en allemand et en latin, et incorpore beaucoup de texte, dont des citations de la Bible.

4 ★ Les 95 thèses, l’élément déclencheur ★

Le 31 octobre 1517, Martin Luther publie ses 95 thèses sur les indulgences. Le texte est probablement affiché à Wittenberg, où l’homme enseigne, pour susciter un débat entre théologiens. Surtout, il est envoyé à son supérieur, à son évêque et à l’archevêque de Mayence, dont il dépend, Albert de Brandebourg, électeur du Saint Empire et véritable prince de la Renaissance.

La vente des indulgences au début du XVIe siècle, gravure, Hans Holbein le jeune.La date n’a rien d’anodin. Pendant la fête de la Toussaint, les fidèles peuvent bénéficier d’une indulgence plénière en se rendant dans la collégiale de Wittenberg qui abrite l’immense collection de reliques de l’électeur de Saxe. Il s’agit d’un moment d’intense activité pour la ville. 

De plus, l’indulgence de Saint-Pierre, promulguée par le pape en 1506 pour financer la reconstruction de la basilique romaine, fait l’objet d’un prêche sans scrupule dans les régions voisines depuis le début de l’année 1517.

La pratique des indulgences repose sur la doctrine du péché et de la miséricorde divine. La confession permet au pécheur d’être pardonné, échappant ainsi à la peine éternelle de l’enfer, mais il a encore besoin d’un temps de purification, soit sur la terre, soit après la mort.

Le cardinal Albert de Brandebourg, archevêque de Mayence, priant au pied de la Croix, Lucas Cranach l’Ancien, vers 1520, Alte Pinakothek, Munich.L’indulgence permet de remettre cette peine temporelle à certaines conditions. Elle peut être partielle ou plénière, pour soi ou pour les autres, y compris les défunts. Luther aborde ce sujet complexe en professeur de théologie. Il s’adresse aux autorités pour clarifier les points de doctrine qui lui semblent problématiques et faire cesser les abus de son temps.

À sa grande surprise, les 95 thèses se diffusent rapidement dans tout le territoire germanique grâce à leur traduction en allemand et à la technique récente de l’imprimerie. Le 13 décembre 1517, l’archevêque de Mayence lance une procédure d’empêchement et alerte Rome. Encouragé par son succès, Martin Luther se sent désormais investi d’une mission.

5 ★ La rupture progressive avec Rome ★

Entre 1517 et 1520, tout est encore possible avec Rome. La confrontation glisse néanmoins rapidement des indulgences à la question sensible de l’autorité pontificale. Le pape peut-il se tromper ?

Luther et Cajetan, gravure, 1557. Luther (à gauche) devant le Cardinal Cajetan 1518, Ludwig Rabus, Histoires du Dieu élu, Strasbourg 1557.En janvier 1518, le théologien romain Sylvestre Prieras lance une première controverse par écrits interposés. En avril, le chapitre des augustins réuni à Heidelberg n’obtient pas la rétractation de son remuant professeur. Pire, cet événement donne l’occasion d’une dispute universitaire avec les dominicains qui tourne à l’avantage du moine saxon. Pendant ce temps, le procès en hérésie progresse à Rome.

Le légat du pape, Cajetan, rencontre Luther à l’automne en Allemagne. Sans résultat. Le moine est sûr d’avoir raison. Staupitz, son supérieur, délie alors le religieux de ses vœux d’obéissance. Luther commence à mettre en doute l’infaillibilité du pape pour lui préférer celle des Écritures. Il critique de plus en plus l’Église.

Le pape Léon X entourés de ses cousins, les cardinaux Giulio de Medici and Luigi de Rossi, Raphael, vers 1518, Uffizi Gallery, Florence.Finalement, la relation personnelle à Dieu ne compte-t-elle pas plus que la médiation d’une institution ? À l’été 1519, le théologien Jean Eck l’amène à préciser ces positions lors de la dispute de Leipzig. En novembre 1520, la bulle Exsurge Domine de Léon X demande à Luther de se soumettre dans les soixante jours sous peine d’excommunication.

Le 10 décembre, le moine saxon brûle publiquement le texte du pape. La rupture religieuse est consommée. L’affrontement se déplace sur le terrain politique. Au printemps 1521, Luther est convoqué par l’empereur Charles Quint devant la Diète de Worms. Il refuse obstinément de se rétracter ce qui entraîne sa mise au ban de l’Empire.

6 ★ Une réforme soutenue par les princes ★

Dès le début, Luther a bénéficié de la protection de l’électeur de Saxe. C’est lui qui obtient que la confrontation avec le cardinal Cajetan se passe non pas à Rome mais en Allemagne (1518). C’est lui qui donne au moine saxon la possibilité de se justifier devant la Diète de Worms (1521) puis le met à l’abri du château de la Wartburg lorsque celle-ci le bannit de l’Empire.

L’électeur de Saxe Frédéric III est le grand protecteur de Luther, Albrecht Dürer.Frédéric III le Sage pèse lourd dans l’Europe de son temps. Si le procès religieux a tant traîné, c’est que la papauté voulait le ménager au moment de l’élection d’un nouvel empereur.

À partir de 1525, la Réformation gagne d’autres princes, comme le landgrave de Hesse, qui répondent au Manifeste à la noblesse chrétienne de la nation allemande publié par Luther en 1520. Les laïcs doivent contribuer au renouveau du christianisme.

En 1529, cinq princes et quatorze villes se dressent contre la décision de la Diète de Spire en revendiquant leur liberté religieuse. Voilà les premiers « protestants ». L’adhésion aux idées nouvelles, quelles qu’en soient ses motivations, permet de se libérer de la tutelle romaine mais aussi de gagner en autonomie par rapport aux Habsbourg. 

Les États y gagnent des prérogatives considérables : disparition des taxes imposées par la papauté, sécularisation des biens du clergé, création d’une Église territoriale… Ils remodèlent leur administration, affermissant leur pouvoir au détriment des clercs. Incontestablement, le morcellement de l’Empire favorise la structuration du luthéranisme qui s’implante en Allemagne puis en Scandinavie.

Bataille de Mühlberg en 1547 et capture du prince-électeur Jean-Frédéric de Saxe, musée historique allemand (DHM), Berlin. Les troupes de Charles Quint affrontent victorieusement la Ligue de Smalkalde.

7 ★ L’éclatement de la chrétienté occidentale ★

L’adoption de la Réformation par plusieurs États allemands introduit une disparité religieuse au sein de l’Empire. Elle brise définitivement le modèle de la chrétienté médiévale qui se définissait par le gouvernement conjoint du pape et de l’empereur.

Portrait équestre de Chrales Quint, Titien, 1548, musée du Prado, Madrid.Charles Quint, élu en 1519, se pose en défenseur de la vraie foi face au péril turc et aux dangers de l’hérésie incarnée par Luther. Cette conviction explique ses tentatives de conciliation, nombreuses, comme ses campagnes militaires face aux princes dissidents de la Ligue de Smalkalde fondée en 1531. Finalement, le rapport de force le pousse à renoncer.

En 1552, il se résout à autoriser le culte luthérien par le traité de Passau, première reconnaissance qui conduira à la Paix d’Augsbourg en 1555. C’est un tournant. L’empereur abandonne son rêve d’unité de l’Église.

Le droit germanique invente un système juridique qui permet d’organiser la coexistence religieuse. Il admet deux confessions, le catholicisme et le luthéranisme, entre lesquelles chaque État doit choisir. En cas de conflit, la Diète et la Cour de justice assurent un arbitrage.

Pendant ce temps, sous l’influence de Jean Calvin (1509-1564), la doctrine de l’Église réformée inspire les protestantismes français, britanniques et flamands depuis Genève. Les monarchies modernes entrent dans une période de guerre civile, cherchant des solutions pour sortir de la crise. De ce point de vue, le vieil Empire inaugure une forme de modernité en Europe.


Publié ou mis à jour le : 2017-11-03 11:48:36

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