Pierre-Auguste Renoir (1841 - 1919)

Vivre pour peindre

Auguste renoir, Autoportait, 1875, Massachusetts, Clark Art Institute ; agrandissement : photographie d'Auguste Renoir (1875)Peindre encore et toujours. Pierre Auguste Renoir n’a jamais dévié de cette ligne de conduite. Issu d'un milieu ouvrier, modeste et provincial, il s'acquiert le succès au prix d'un labeur acharné.

En témoigne l'autoportrait ci-contre. Il montre l'artiste de 35 ans tendu vers l'effort, en quête d'une reconnaissance qui tarde à venir. Son regard ne s'illumine que dans l'acte de peindre, selon son biographe et ami Georges Rivière.

C'est pourtant cet homme réservé qui va s'affirmer comme le peintre de la femme, de la tendresse et de la modernité heureuse, selon le titre de l'exposition du musée d'Orsay (Paris, 17 mars au 19 juillet 2026).

Au Café (Auguste Renoir, 1877) ; agrandissement : Au Café ou L'Absinthe (Edgar Degas, 1876)De son vivant, sa notoriété ne va cesser de grandir, dépassant les frontières et franchissant même l'Atlantique. Encore aujourd'hui, plus d'un siècle après sa mort, il jouit d'une popularité seulement comparable à celle de son ami Claude Monet, autre peintre du bonheur et de la beauté. 

Rien dans ses toiles ne transparaît de la révolution industrielle naissante et de ses misères. Ses personnages baignent dans la conversation aimable et jamais ne se noient dans la solitude et l'addiction comme la consommatrice d'absinthe peinte par son autre ami Edgar Degas, issu, lui, de la grande bourgeoisie (voir ci-contre) !...

Loin de se complaire dans le style impressionniste qui l’a fait connaître, Renoir va poursuivre inlassablement ses recherches picturales, ouvrant la voie à d’autres génies comme Matisse ou Picasso...

Vanessa Moley

Nature morte, s.d., Pierre-Auguste Renoir, musée d'Orsay, Paris.

La peinture pour seul viatique

À l’instar de bien d’autres artistes, rien ne semble prédisposer Renoir à connaître un destin hors du commun.

Léonard Renoir, 1869, père de l'artiste, Pierre-Auguste Renoir, Saint Louis Art Museum, Missouri, États-Unis.Son père, Léonard Renoir (1799-1874), est tailleur de pierres à Limoges et sa mère, Marguerite Merlet (1807-1896), couturière. Il voit le jour le 25 février 1841, un mois à peine avant la loi qui interdit d’employer des enfants de moins de huit ans dans les manufactures, usines ou ateliers.

Pierre-Auguste est le benjamin d’une fratrie qui compte déjà cinq enfants. À l’âge de 13 ans, il entre en apprentissage chez un peintre sur porcelaine avant d’exercer plusieurs métiers de décoration (peinture d’éventails, de stores…). Le virus de la peinture est déjà là. C’est à cette époque qu’il s’inscrit à l’école municipale gratuite de dessins et profite de son temps libre pour aller copier les maîtres au Louvre…

Renoir a vingt ans en 1861, l’année où une femme va pour la première fois devenir bachelière. Napoléon III et le Second Empire sont alors à leur apogée...

Claude Monet (Le Liseur), 1872, Pierre-Auguste Renoir, National Gallery of Art, Washington. Son attrait pour la peinture s’affirme au point qu’il commence à fréquenter l’atelier du peintre suisse Charles Gleyre (1808-1874). Il va y rencontrer Alfred Sisley (1839-1899), Frédéric Bazille (1841-1870) puis Claude Monet (1840-1926), qui deviendront ses amis.

Une nouvelle étape est franchie l’année suivante puisqu’il entre à l’École impériale et spéciale des beaux-arts où il passe 2 ans. Ses efforts ne seront cependant pas récompensés car il n’obtient pas le prix de Rome. En 1863, il essuie un nouvel échec, au Salon officiel cette fois, qui refuse de l’exposer.

En 1864, l’une de ses toiles, La Esmeralda, figure parmi les œuvres offertes aux yeux du public. Fait plutôt rare, il détruira ce tableau par la suite, ne le jugeant pas assez réussi.

Le pont des Arts, 1867-1868, Pierre-Auguste Renoir, Norton Simon Museum, Pasadena, États-Unis. Agrandissement : Le Pont-Neuf, 1872, Washington, National Gallery of Art

La modernité heureuse

La balançoire, 1876, Pierre-Auguste Renoir, musée d'Orsay, Paris.Quatre ans plus tard, en 1868, Renoir connaît son premier vrai succès au Salon officiel avec Lise. La même année, le marchand d'art Paul Durand-Ruel (1831-1922) lui achète pour la première fois une œuvre, Le Pont des arts

Ce marchand va dès lors s'occuper de la diffusion de ses tableaux et le propulser dans le cercle des artistes les plus en vogue avec les expositions « impressionnistes » organisées dans sa galerie parisienne. Toute sa vie, il restera très lié au peintre. 

L'exposition de 1876, sous les débuts de la IIIe République, présente 15 toiles de Renoir et celle de l’année suivante 21 ! Les critiques et le public accordent une attention particulière à La Balançoire et au Bal du Moulin de la Galette, un établissement à la mode de la butte Montmartre (à droite de la composition, le jeune homme à canotier est le critique Georges Rivière). 

Bal du moulin de la Galette, 1876, Pierre-Auguste Renoir, musée d'Orsay, Paris.

En 1880, année où l’enseignement secondaire public est ouvert aux filles, Renoir découvre l’île de Chatou. Il a 39 ans et séjourne à l’auberge Fournaise. Il puise dans ce lieu l'inspiration pour commencer l’un de ses plus célèbres tableaux, Le Déjeuner des canotiers.

Le déjeuner des canotiers, 1880-1881, Pierre-Auguste Renoir, The Phillips Collection, Washington D.C.

Dans cette oeuvre de composition réalisée à l'automne 1880, on reconnaît parmi les personnages différents amis du peintre, dont Aline Charigot, la jeune fille au chien. Cette jeune couturière née en 1859 à Essoyes, près de Troyes, va jouer un rôle déterminant dans la vie de Renoir. Elle sera d’abord son modèle avant de devenir sa maîtresse, puis son épouse. En 1885, elle va donner naissance à leur premier fils, Pierre, future vedette du cinéma entre les deux guerres mondiales. 

Changement de registre

Pendant de longues années, Pierre-Auguste Renoir a frôlé la misère sans obtenir la reconnaissance espérée. L'artiste renonce par dépit à participer au IVe Salon impressionniste, en 1878, et obtient en 1879 de participer au Salon de Paris.

Il y présente une toile de commande, Madame Charpentier et ses enfants. Elle lui vaut enfin le succès tant attendu. Celui-ci se confirme avec le Déjeuner et les Danses.

Madame Charpentier et ses enfants, 1878, Pierre-Auguste Renoir, Metropolitan Museum of Art, New-York.

Les Parapluies (Auguste Renoir, 1881-1886)C'est alors que s’ouvre paradoxalement pour Renoir une période de crise qui va durer jusqu’à la fin des années 1880. Il fait un voyage en Italie et, à Rome, se prend de passion pour Raphaël. Il pousse jusqu'à Palerme pour faire le portrait de Richard Wagner.

De retour à Paris, après une visite à Cézanne, en Provence, il renie le travail en plein air, se détourne de l'impressionnisme et tente de se renouveler par le dessin (pastel, aquarelle, sanguine, estompe, crayon).

L'artiste délaisse les sujets contemporains pour se concentrer sur des figures et des nus plus intemporels, passant du statut de peintre des idylles modernes à peintre des Baigneuses.

Sa toile Parapluies témoigne de ce revirement. Entamée en 1881 sur un mode impressionniste avec, sur la droite, la femme et ses deux filles, la toile est achevée en 1886 sur un mode plus appuyé avec des contours soulignés...

Essoyes, là où le bonheur est source de création

Jeunes filles jouant au piano (Pierre-Auguste Renoir, 1896)En 1886, Renoir fait la connaissance de Berthe Morisot, elle aussi peintre et belle-soeur d'Édouard Manet, mais surtout organisatrice de dîners, qui lui fera rencontrer Stéphane Mallarmé (1842-1898). Le poète lui apportera un appui décisif quelques années plus tard…

En 1890, Renoir épouse Aline Charigot et découvre à cette occasion son village natal, Essoyes, en Champagne. Comme il a acquis avec la reconnaissance les moyens d’une vie confortable. Il choisit d'y passer tous ses étés et acquiert une maison de deux pièces, sur la route de Loches.

Dans ce havre de paix, il continue de peindre, s’attachant à rendre des scènes de la vie paysanne.

Deux ans plus tard, Stéphane Mallarmé apporte son concours à Renoir et l’État lui achète pour la première fois un tableau. Ce sera les Jeunes filles au piano, la première toile du peintre à intégrer les collections nationales.

Gabrielle et Jean, 1895-1896, Pierre-Auguste Renoir, musée de l'Orangerie, Paris.En 1896, avec le fruit de cette vente, soit 4 000 francs, Renoir achète une maison avec dépendances à Essoyes, sur la grande route qui mène à Bar-sur-Seine (actuellement au 42 de la rue Auguste Renoir).

L’année suivante, il est malheureusement victime d’une chute de vélo, un accident auquel l’entourage du peintre attribuera la polyarthrite rhumatoïde qui diminuera l’artiste le restant de sa vie.

Femme jouant de la guitare, 1897, Pierre-Auguste Renoir, musée des Beaux-Arts de Lyon.Le tournant du siècle voit la renommée de Renoir atteindre un nouveau sommet puisque le musée de Lyon lui achète Femme jouant de la guitare (1896-97).

C’est le premier achat par un musée de province d’une œuvre du peintre.

Très attaché à sa maison d’Essoyes, Renoir lui adjoint en 1907 un atelier et y passe désormais tous ses étés, une pratique qui va se perpétuer durant une trentaine d’années. La même année, sa notoriété franchit l’Atlantique.

Le Metropolitan Museum de New York se porte en effet acquéreur de Madame Charpentier et ses enfants pour la somme record de 84 000 francs.

Toujours en 1907, Renoir achète dans les hauteurs de Cagnes-sur-mer le domaine des Collettes et y fait construire une maison.

Eau ou La Grande laveuse accroupie, 1917, Pierre-Auguste Renoir, Richard Guino ; bronze fondu par Alexis et Eugène Rudier, musée d?Orsay, Paris. À 59 ans, Renoir a droit a une nouvelle consécration : la neuvième Exposition internationale de Venise, tenue en 1910, lui réserve une salle entière. La carrière de Renoir atteint alors son acmé.

Avec le concours du sculpteur Richard Guino, le peintre réalise plusieurs statues en terre cuite ou en bronze, telle Vénus Victrix.

Malgré des rhumatismes inflammatoires très handicapants, il ne va cesser de peindre jusqu'à la fin de sa vie, en fauteuil roulant et le pinceau attaché à ses doigts déformés par la maladie...

Les années suivantes sont marquées par un drame.

En 1915, pendant la Première Guerre mondiale, son épouse décède à Nice alors qu’elle rentre de Gérardmer où elle a rendu visite à son fils Jean, hospitalisé suite à une blessure de guerre à la jambe.

Tombe de Renoir au cimetière d'Essoyes, @ Sylvain Bordier. Madame Renoir repose derrière son mari aux côtés de sa mère, son fils Claude et son petit-fils Claude junior, fils de Pierre.Renoir continue d’inspirer de futurs grands noms de l’art. En 1917, Henri Matisse (1869-1954) lui rend la première d’une série de visites durant lesquelles il vient soumettre ses œuvres au regard du maître. Mais la fin approche.

En 1919, le 3 décembre, Renoir décède à Cagnes des suites d’une congestion pulmonaire. Il est enterré à Nice aux côtés d'Aline le 6 décembre. Trois ans plus tard, leurs enfants les feront inhumer tous deux, selon leur souhait, au cimetière d’Essoyes. Aujourd’hui, toute la famille Renoir repose dans ce village.


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Une oeuvre, une époque
Publié ou mis à jour le : 2026-04-05 14:22:43

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