La première « guerre barbaresque » (Barbary war en anglais) débuta le 14 mai 1801 : elle mit aux prises les Barbaresques de la Régence de Tripoli avec les États-Unis du président Thomas Jefferson, eux-mêmes alliés à la Suède. Elle prit fin le 10 juin 1805 avec un traité entre les représentants du président Thomas Jefferson et le pacha de Tripoli, par lequel ce dernier s'engagea à mettre fin à la piraterie.
Une seconde guerre eut lieu en 1815, peu après la conclusion de la guerre anglo-américaine de 1812. Cette fois, ce furent le Dey d’Alger, Hajji Ali, et son successeur Omar, qui eurent le front de réclamer un tribut plus généreux de la part des États-Unis. La flotte américaine, commandée par le Commodore Stephen Decatur, imposa des traités de paix à la fois à Alger, Tripoli et Tunis...
Jefferson, un président qui ne s'en laisse pas conter
La pratique de la piraterie barbaresque contre les navires marchands, qui se traduisait par la capture des marins et des passagers, était très ancienne. Au cours du XVIIIe siècle, les puissances européennes n'avaient pas hésité à multiplier les traités et les conventions avec les pirates du littoral nord-africain (Salé, Alger, Tunis, Tripoli) afin que leurs navires et leurs sujets soient épargnés par les pirates. En contrepartie de ces engagements, les pirates recevaient une forme de tribut.
Les États trop faibles ou indigents n'avaient pas la capacité de payer tribut et restaient sous la menace barbaresque. Cela valait pour leurs marins, leurs marchands mais aussi les habitants de leurs littoraux qui couraient le risque d'être enlevés.
Il en alla ainsi, également, des navires immatriculés dans les ports nord-américains dès lors qu'avec l'indépendance des Treize Colonies, ils ne furent plus protégés par la Royal Navy. Ils devinrent d’autant plus facilement la proie des pirates que la jeune nation américaine n’avait pas de marine de guerre digne de ce nom (note) et qu’Albion encouragea même les Barbaresques à s’en prendre aux navires battant pavillon Stars and Stripes !
En 1786, Thomas Jefferson, ministre plénipotentiaire à Paris avec John Adams, tenta vainement de remédier à cette situation et de conclure un accord avec Tripoli pour obtenir la libération de captifs américains. Il tenta aussi de mettre sur pied une « confédération anti-pirates » avec Lafayette. Avec le même insuccès.
Le Virginien conserva un profond sentiment d’humiliation de ces échecs et, lorsqu’il devint Secrétaire d’État, il demeura hostile au principe du tribut et continua de prôner la force armée pour lutter contre le fléau de la piraterie.
Mais il ne fut pas suivi par le Congrès et, en 1795, sous la présidence de John Adams, il ne put empêcher que le gouvernement américain conclut des accords sur la base d’un tribut annuel avec Alger, Tunis et Tripoli.
Mater le pacha récalcitrant
Le 14 mai 1801, le pacha de Tripoli, Yusuf Karamanli, remit en cause l'accord de 1795. Il décréta la guerre contre les États-Unis, au motif que le tribut annuel qu’il devait recevoir des Américains en échange du libre passage de leurs navires de commerce, accusait du retard et était insuffisant en comparaison des conditions avantageuses obtenues par Alger et Tunis, les autres États Barbaresques eux aussi vaguement affiliés à l’Empire ottoman.
Entretemps devenu président des États-Unis, Thomas Jefferson se montra déterminé à mettre un terme à cette politique de soumission face aux « États de Barbarie » et à employer la manière forte, une guerre navale lui paraissant plus honorable (et moins onéreuse) pour l’Amérique que le paiement récurrent de rançons : le 1er juin, une petite escadre composée de trois frégates et une goélette, commandée par le commodore Richard Dale, cingla vers la Méditerranée avec pour mission de protéger le commerce américain et de mettre en place un blocus de Tripoli.
Le successeur de Dale, le commodore Edward Preble, porta des coups sévères aux Barbaresques, mais ceux-ci, rejoints par les corsaires marocains, résistèrent plusieurs années aux escadres américaines, pourtant considérablement renforcées.
Les Américains organisèrent un blocus naval de Tripoli avec une dizaine de navires. L'un d'entre eux, l'USS Philadelphia, fut capturé par les Barbaresques et enrôlé dans leur flotte.
Le lieutenant Stephen Decatur (citation) captura alors un navire turc (ketch), le rebaptisa USS Intrepid et avec lui, pénétra nuitamment dans la rade de Tripoli le 16 février 1804. Il neutralisa les soixante hommes de l'USS Philadelphia, mit le feu à celui-ci et se retira sans dommage.
La combinaison du blocus naval et d'une opération terrestre venue d’Égypte contre la ville libyenne de Derna, proche de Benghazi, eut enfin raison de la résistance du Pacha de Tripoli, et un traité de paix favorable aux États-Unis fut signé le 4 juin 1805 et ratifié par le Sénat américain le 10 juin suivant.
Dix ans plus tard, le pacha tenta de prendre sa revanche. Il s'allia avec le dey d'Alger et le bey de Tunis contre les Occidentaux qui voulaient en finir avec la piraterie et l'esclavage. La riposte ne se fit pas attendre : une flotte anglo-hollandaise bombarde Alger cependant que les Américains imposèrent une nouvelle reddition aux Libyens. C'en fut fini de la piraterie en Méditerranée.
Aux États-Unis, aujourd'hui encore, l’hymne du corps des Marines – To the Shores of Tripoli - est un lointain écho de cette première expédition militaire américaine.














Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Pedro69 (27-06-2026 17:27:20)
"Première guerre barbaresque" menée par les Etats Unis, mais pas la première. On ne saurait oublier la désastreuse affaire de Djidjelli en 1664.