Le 30 avril 1975, le gouvernement du Viêt-nam du Sud capitule suite à l'entrée des troupes du Nord-Vietnam et du Viêt-công dans Saigon.
Une semaine plus tôt, l'aéronavale des États-Unis avait entamé l'évacuation en catastrophe des derniers Américains du pays ainsi que 70 000 Vietnamiens, mettant fin à plus de dix ans d'assistance militaire au gouvernement du Sud.
Cette opération d'évacuation donna lieu à des scènes de panique et les téléspectateurs du monde entier purent voir des fugitifs désespérés s'accrocher aux hélicoptères sur le toit de l'ambassade américaine. Pour les Américains et leurs alliés, la guerre du Vietnam, entamée une douzaine d'années plus tôt, se terminait de la façon la plus humiliante qui soit.
Dans les mois qui suivent la chute de Saigon, aucun conflit armé ne va plus agiter la planète et celle-ci va, pour la première fois depuis de nombreuses décennies, savourer une paix générale. Cette accalmie traduit un tournant dans l'histoire du siècle. Mais elle ne dure pas. Aux précédents conflits, nourris par l'opposition idéologique entre l'Est et l'Ouest, succèdent bientôt des conflits plus traditionnels d'où sont exclus les Occidentaux : guerres de conquête, guerres religieuses ou guerres ethniques.
Dès la fin 1975, musulmans et chrétiens se déchirent au Liban cependant qu'en Angola, les factions se disputent le pouvoir. Un peu plus tard, le Viêt-nam va établir son protectorat sur le Cambodge et le Laos, l'Érythrée rejeter la domination éthiopienne, l'URSS envahir l'Afghanistan, l'Irak se jeter sur l'Iran, etc.
Lourdes séquelles
Avec des pertes humaines et des destructions matérielles autrement plus importantes, le Viêt-nam réunifié et le petit pays voisin du Laos eurent encore plus de mal à se relever de trente années de guerres. La capitale du Sud-Vietnam devint Hô Chi Minh-Ville, du nom de l'ancien leader communiste vietnamien.
La victoire du gouvernement communiste de Hanoï mit fin à la guerre entre les deux Viêt-nam (on écrit aussi Vietnam). Elle enterra les séquelles de la colonisation.
Le pays, qui avait été divisé au cours de la première guerre d'Indochine contre les Français, fut définitivement réunifié sous l'autorité du gouvernement communiste. Quant au Cambodge, le troisième État de l'ancienne Indochine française, il dut encore endurer le règne sanglant des Khmers rouges avant de trouver un semblant de paix.
Contrairement aux craintes des stratèges étasuniens, le communisme n'étendit pas au-delà son emprise. À cela une explication anthropologique fournie par l'historien Emmanuel Todd : « Le Vietnam, pays de famille communautaire, avait une prédisposition au communisme, qui y a donc triomphé malgré l’intervention américaine. Le Cambodge, où un système familial nucléaire archaïque dominait, mais pays si proche du Vietnam qu’il devint une zone de guerre, implosa dans le génocide khmer rouge. Reste que le communisme, réel ou devenu fou, n’est pas allé plus loin, ni en Malaisie, ni en Thaïlande, pays de famille nucléaire (La Défaite de l'Occident », Gallimard, 2024).
Les remugles de la victoire
Au sud du Vietnam, siôt après la réunification, les conditions de vie difficiles et l'esprit de revanche des vainqueurs provoquèrent un exode massif des opposants, des catholiques vietnamiens, des métis et des ressortissants d'origine chinoise.
On estime à un million de personnes les fugitifs qui se lancent au large dans des esquifs de pêche, emportant tous leurs biens. Lorsqu'ils réussissent à échapper aux pirates et aux naufrages, ces « boat-people » aboutissent dans des camps tout autour de la mer de Chine. Les plus chanceux sont ceux qui croisèrent la route d'un navire occidental et obtinrent l'asile politique, en Europe ou aux États-Unis.
En 1978, les communistes vietnamiens se lancèrent dans une intervention militaire au Cambodge, où sévissait un régime communiste très dur, inféodé à Pékin. Le prétexte en fut offert par les violences dont sont victimes les minorités vietnamiennes établies à l'est du pays. Cette intervention contribua le 7 janvier 1979 à la chute des Khmers rouges. Dans le courant de l'année, la Chine elle-même tenta de mettre à la raison son entreprenant voisin. La frontière sino-vietnamienne fut l'objet d'attaques massives mais celles-ci furent repoussées. Le Vietminh gagna définitivement la partie en dépit de Pékin et Washington...
Un avenir plus souriant ?
Dans les années 1980, le régime communiste procéda à une ouverture connue sous le nom de « Doi Moi ». Elle se traduisit par une libéralisation progressive de l'économie et l'apparition d'un néocapitalisme de plus en plus audacieux. Les relations diplomatiques furent rétablies en 1995 avec les États-Unis et le président Bill Clinton choisit même comme premier ambassadeur un ancien prisonnier du « Hanoi Hilton », la prison infâme où l'on retenait les aviateurs américains abattus : le commandant Anderson.
Sans offrir aucune ouverture démocratique, le régime engagea le pays dans une croissance économique débridée, à l'image du grand voisin chinois. C'est à se demander à quoi servirent les trente années de guerre féroce contre les « capitalistes » français puis américains.













Vos réactions à cet article
Voir les 6 commentaires sur cet article
jounieaux (07-05-2025 15:57:53)
je suis allé au Viet nam en 2016 et j'ai adoré ce pays et ce peuple. Toutefois, j'ai beaucoup parlé avec des jeunes (qui connaissaient bien le Français et l'anglais). Conversations confidentielles... Lire la suite
Michel (30-04-2025 11:24:05)
Entièrement d’accord avec la réaction de Dimitri. Pour moi les témoignages sur la région et les événements tragiques qu’elle a connus sont ceux, entre autres, de Jean Lacouture et de Pierre... Lire la suite
Romain (30-04-2019 22:13:35)
Bien beau ce que vous ecrivez car je reviens du Viet-Nam ou j'ai ete plus de 3 fois et recement des nouveaus bouquins ont etes reimprimes avec des commentaires de Nguyen Giap qui est decede en avril 2... Lire la suite