Le Saint-Siège face à l'Allemagne nazie - Une passion ambivalente (1933-1938) - Herodote.net

Le Saint-Siège face à l'Allemagne nazie

Une passion ambivalente (1933-1938)

La politique étrangère du Saint-Siège face à l'Allemagne nationale-socialiste : rapport d'une passion ambivalente (1933-1938). Thèse en histoire (2008) sous la direction de M. Renéo Lukic, Université Laval de Québec.

En s’appuyant sur la méthode historico-critique et la psychanalyse, Jean-Thomas Nicole a analysé  l'attitude de l'Église catholique face à l'avènement du régime national-socialiste. Entre le réalisme diplomatique et l’idéalisme religieux, le Vatican reste dans l’ambivalence…

Le catholicisme et le nazisme étaient deux idéologies a priori très différentes, qu'est-ce qui pouvait les rapprocher?

Dès 1933, le cardinal allemand Faulhaber rédige un rapport dans lequel il reconnaît que ces deux idéologies sont concurrentes. Le national-socialisme prétend proposer une nouvelle vision du monde, presqu’une nouvelle religion et non pas, seulement, une nouvelle politique.

Mais dans ce rapport, il montre aussi ce qui est digne de louange chez le Führer : sa reconnaissance de Dieu, sa volonté d’anéantir le marxisme et le capitalisme. Ces objectifs font écho à l’encyclique Quadragesimo anno prononcée par Pie XI en 1931 : il y rejetait en bloc le libéralisme et le socialisme au profit de la réforme chrétienne de la moralité, mâtinée de corporatisme socio-économique.

Il reproche néanmoins à Hitler sa « haine sauvage et [s]es méthodes de violence», son culte de la race ainsi que son rejet du christianisme considéré comme un produit d’importation juive.

Les nazis souhaitaient également retirer l’enseignement de l’histoire et de la morale bibliques au profit de sa version nazie, et créer «une église allemande nationale, libérée de Rome».

Comment expliquer que l'Eglise soit restée aussi ambivalente pendant toute la période nazie?

Dès l’origine, la question des rapports entre nazisme et catholicisme fut marquée par l’ambivalence et l’ambiguïté. L’ambivalence du Saint-Siège dans ses rapports avec le Troisième Reich peut se définir comme une détérioration fondamentale de sa volonté diplomatique. Cela inclut deux attitudes contraires : l’acceptation collaboratrice et la résistance active.

Cette ambivalence peut s’expliquer par la fonction du Vatican qui est une institution religieuse idéaliste aux pratiques politiques réalistes. Pour le Cardinal Secrétaire d’État et futur Pie XII, le traité concordataire avec l’Allemagne nationale-socialiste, malgré ses nombreuses violations prévisibles, constituait le fondement légal inébranlable autour duquel devait se fonder la défense des intérêts des catholiques allemands. Il mettait ainsi en avant le sens des réalités politiques et le pragmatisme de la diplomatie vaticane au détriment de son idéalisme évangélique et de son jugement moral.

Au lieu de trancher le nœud gordien de la responsabilité politique en assumant jusqu’au bout les difficiles choix auxquels l’engageaient ses principes moraux élevés, l’Église catholique des années 30, sous le couvert du réalisme, préféra finalement cultiver la contradiction et l’ambivalence plutôt que la résolution du caractère et le courage du martyr. Fit-elle ce choix en toute connaissance de cause ? Nous en doutons sincèrement. Néanmoins, elle commit alors, à notre sens, une faute de jugement lourde de conséquences humaines et historiques.

Pourtant, de 1933 à 1938, de nombreuses positions intermédiaires entre collaboration et résistance étaient donc possibles, selon les circonstances, les personnes et les fonctions occupées.

Quels effets a eu ce concordat pour les catholiques d’Allemagne?

Pour acquérir une légitimité internationale et éliminer toute résistance des forces cléricales allemandes, Hitler, contrairement aux précédents gouvernements de la République de Weimar, propose un concordat entre le Reich et le Vatican. Le vice-chancelier catholique Von Papen est envoyé à Rome dès avril 1933. Espérant obtenir un statut garanti légalement, les évêques allemands soutiennent l’initiative.

Poussé par le cardinal Secrétaire d’État Pacelli (équivalent du Premier Ministre et du Ministre des Affaires Étrangères, responsable de l’orientation politique du Vatican), les autorités vaticanes signent le concordat en juillet 1933.

Plusieurs problèmes ne sont pas résolus par cet accord, notamment concernant les  statuts des organisations catholiques et des activités de la jeunesse. D’autres problèmes apparaissent avec la mise en application du traité : par exemple, la frange la plus radicale du parti nazi a cherché à l’utiliser pour restreindre la liberté d’expression, supposément garantie.

Les remontrances contre les violations du concordat envoyées par Rome étaient en ce sens ignorées ou mises de côté. Le Vatican croyait en effet à la transformation du régime nazi en une force nationaliste et conservatrice plus traditionnelle mais, au milieu des années 1930, les éléments anticléricaux et antichrétiens dominaient au sein du parti d’Hitler.

En somme, alors que la majorité des fidèles allemands approuvait déjà les buts racistes et impérialistes d’Hitler, le concordat a limité la mobilisation de la résistance catholique encore davantage.

Propos recueillis par Soline Schweisguth

La thèse de Jean-Thomas Nicole a été publié en 2012 aux éditions Mélibée.

Publié ou mis à jour le : 2019-08-14 18:26:01

 
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