1917

« Mission Impossible » dans les tranchées

1917, film de Sam Mendes, 202018 janvier 2020 : les films récents révèlent deux façons d’aborder l’Histoire au cinéma. Soit on s’en imprègne et on la raconte en montrant à travers elle la complexité des enjeux et des rapports humains ; c’est ainsi qu’ont procédé Roman Polanski (J’Accuse, 2019), Joe Wright (Les Heures sombres, 2017) ou encore Steven Spielberg (Lincoln, 2013). Soit on en retient seulement le décor pour un jeu vidéo « en immersion » dépourvu de toute réflexion.

Steven Spielberg - encore lui - a inauguré avec brio cette formule (Il faut sauver le soldat Ryan, 1998) avant qu’elle soit reprise par Christopher Nolan (Dunkerque, 2017) et aujourd’hui le Britannique Sam Mendes (1917), que le film American Beauty (1999) a fait connaître...

Non, je n’évoquerai pas le fameux plan-séquence dont se gargarisent les cinéphiles et les critiques quand ils évoquent 1917 et soulignent la performance du réalisateur, qui a voulu faire un film sans coupes ni montage, avec une caméra qui suit le(s) héros pendant près de deux heures presque sans interruption.

Deux heures de course à perdre haleine

J’ai seulement été attentif à l’histoire (avec un petit h). Celle-ci tient en quelques mots : sur le front britannique, pendant la Première Guerre mondiale, un général convoque deux soldats. Il dit en substance à l’un d’eux : « Vous avez un frère qui sert dans un bataillon à quinze kilomètres d’ici. Son colonel s’apprête à lancer une attaque demain à l’aube en profitant d’un repli des Allemands. Or, nous venons de découvrir grâce à des photos aériennes que ce repli est un piège. Si l’attaque a lieu, les 1600 hommes du bataillon, dont votre frère, seront massacrés. Si vous voulez sauver votre frère, il vous appartient donc d’apporter au colonel l’ordre que voici, qui est d’annuler l’attaque... »

Nous voilà dans un nouvel épisode de la série Mission Impossible. Je vous laisse l’imaginer : course éperdue des deux hommes dans le paysage désolé du front ; pièges et chausse-trappes en veux-tu en voilà ; soldats ennemis en embuscade dans la nuit et dans les ruines…

Le réalisateur montre sur le parcours de nos héros des dizaines voire des centaines de cadavres en décomposition. Sans doute veut-il signifier que la Grande Guerre fut particulièrement meurtrière. Son procédé rappelle celui des chroniqueurs du Moyen Âge qui n’évoquaient pas une prise de ville sans préciser que le sang coulait à flot dans les rues, jusqu’à hauteur de genoux !

1917, film de Sam Mendes, 2020

Au milieu du film, je me faisais la réflexion qu’on n’avait pas encore vu une femme, ce qui pouvait être mal perçu par certain.e.s contemporain.e.s. Et comme l’un des soldats défonçait une porte de cave pour échapper à ses poursuivants, je me suis dit que le réalisateur allait saisir cette occasion pour en montrer une, enfin. Bingo !

L’action est supposée se dérouler au nord de la France, entre Arras et Bapaume, autour des villages d’Écoust-Saint-Main et de Croisilles, dans une plaine humide et plutôt marécageuse. Sur l’écran, point de marécages. Par contre, l’on suit pendant plusieurs minutes une rivière d’une impétuosité à couper le souffle et dont je doute qu’il s’en trouve de semblables dans le « plat pays ». Apprécions aussi le caractère paisible de la campagne, avec ses vertes prairies et ses cerisiers en fleurs qu'ont épargnés par on ne sait quel miracle les « orages d'acier » tombés du ciel.

Le réalisateur Sam Mendes a le bon goût de préciser la date à laquelle est censé débuter le film : 6 avril 1917. C’est le jour où les États-Unis entrent en guerre aux côtés des Alliés. Le même jour, une conférence franco-britannique à Compiègne met au point la calamiteuse offensive du Chemin des Dames, en Picardie. Un mois plus tôt, le tsar, allié des Français et des Anglais, a été renversé… De tout cela, le film ne dit rien et, à vrai dire, les deux héros marathoniens s’en fichent.

Tranchée allemande dans le secteur de Croisilles et Écoust (Pas-de-Calais) en 1917

Mais ne chipotons pas sur ces deux heures pleines de vide dès lors qu’elles nous distraient à peu de frais. Et songeons au bel avenir de la formule : un jour prochain, un autre réalisateur de talent reprendra le même scénario en l’appliquant à un nouveau théâtre de guerre (le mot « théâtre » prend ici tout son sens, la guerre étant réduite à un décor). Suggérons le sauvetage d’une compagnie de marines américains en Irak en 2003 ou en Somalie en 1992... Pardon, pour la Somalie, cela a déjà été fait par Ridley Scott (La Chute du faucon noir, 2001).

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-04-10 04:38:57

 
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