Les tourments de la Révolution

« La petite Vendée » du Pas-de-Calais

Qui le sait ? En 1794, le Nord-Pas-de-Calais refuse de se plier aux injonctions de la Convention nationale. Cette rébellion lui vaudra de vivre de sombres moments durant la Grande Terreur et de se voir affubler du surnom de « petite Vendée ».

Françoise Dag’Naud

Le récit de ce soulèvement méconnu a inspiré à Françoise Dag'Naud un roman historique : 30, rue de Saintonge (Larousse, 2021). Il met en scène les paysans de Pernes-en-Artois et le conventionnel Lebon (le mal-nommé).

La citadelle d'Arras. En agrandissement, le plan de la citadelle  plan de la citadelle d'Arras, capitale du comté d'Artois, XVIIIe siècle, Paris, BnF, Gallica.

Un village se rebelle

Le dimanche 25 août 1793, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest d’Arras, préfecture du Pas-de-Calais, le village de Pernes-en-Artois entre en rébellion. Les habitants du village s’insurgent contre une nouvelle réquisition militaire décrétée deux jours plus tôt par la Convention nationale.

Vue de Pernes-en-Artois au début du XVIIe siècle, J.– M. Duvosquel (dir.), Albums de Croÿ, t. XVII, pl. 122, Bruxelles, 1985.Cette réquisition vient après la levée en masse de 300 000 hommes qui avait entraîné le soulèvement des paysans vendéens, le 10 mars de la même année.

Elle oblige les hommes à quitter leurs champs ou leurs commerces pour aller combattre les Autrichiens, les Prussiens et les Anglais qui attaquent la France aux frontières du Nord. Elle les contraint aussi à livrer leurs chariots, leurs chevaux et une partie de leurs récoltes.

Les Pernois n’admettent pas non plus que les prêtres réfractaires soient soumis au serment de fidélité à la Constitution civile du clergé sous peine d’être persécutés. Ils se sentent également frustrés par la vente des biens nationaux qui avantage la petite bourgeoisie régionale. Ils se rassemblent sur la grand place du village, piétinent la cocarde tricolore, arborent le ruban blanc des royalistes et crient « Vive le Roi ».

Au-delà de Pernes, c’est toute la région qui se mobilise. Les paysans abattent les arbres de la liberté, s’arment de fusils, de sabres et de fourches. Des hommes se réfugient dans les bois alentours pour organiser la résistance.

Joseph Lebon, délégué de la Convention nationale à Arras, craint la contagion sur l’ensemble du Nord et du Pas-de-Calais. Disposant des pleins pouvoirs qui lui sont accordés par la Convention, il profite de la situation pour remplacer les autorités en place jugées trop modérées.

Il installe ses amis aux postes clefs ; ce sont des proches de Robespierre comme le conventionnel Philippe Le Bas. Pour réprimer la révolte, Lebon envoie sur place des artilleurs et quatre cents gardes nationaux. Au nom du peuple qu’il est censé représenter, il applique une répression sanglante et instaure la dictature.

La maison de Robespierre, XIXe s., J.J. Champin, J.A. Régnier, Paris, musée Carnavalet. En agrandissement, vue actuelle de la maison, photo : F. Dag'naud.

Dix-neuf condamnations à mort

Le 27 août 1793, alors que la situation des armées dans le Nord est compromise, le Tribunal Révolutionnaire, juridiction criminelle d’exception installée au palais de l’ancien Conseil d’Artois d’Arras, se déplace jusqu’à Saint-Pol, chef-lieu de district et s’installe dans l’église paroissiale.

Le lendemain Augustin Grimbert, tonnelier, Jacques Bins, laboureur et Nicolas Ricart, garçon blanchisseur comparaissent pour avoir pris part à une « contre-révolution ». Pour eux, c’est la mort ! À la nuit tombée, le bourreau, Pierre-Joseph Outredebanque, fait son office.

Ceux qui ont participé aux émeutes, qui se sont mis « hors la loi » ou qui ont « manifesté toute forme de connivence avec la monarchie » sont poursuivis. On compte à Pernes et alentours dix-neuf condamnations à mort pour insoumission, quatre à la déportation à vie en Guyane. La plupart sont des petites gens, paysans, curés, hommes et femmes du peuple.

Portraits Joseph Le Bon, Paris, musée Carnavalet.Pour Joseph Lebon et les autorités jacobines, cette rébellion doit être réprimée à la hauteur du péril, car il s’agirait d’une « Vendée » aussi dangereuse que la première dans l’Ouest de la France. Dans une lettre à sa femme, Joseph Lebon écrit : « La guillotine est plantée sur la place de Pernes, demain elle sera à Béthune… La Vendée est condamnée ».

De novembre 1793 à août 1794, les règles de la Terreur s’étendent dans tout le département : les dénonciations se multiplient, les édifices religieux sont saccagés, les biens des « suspects » brûlés ou vendus, plusieurs centaines d’Artésiens sont condamnés à la déportation ou à la peine de mort. La guillotine fonctionne à plein. La répression du village de Pernes marque le début d’un itinéraire sanglant dans le Nord Pas-de-Calais devenu la « petite Vendée ».


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• 17 octobre 1793 : défaite des Vendéens à Cholet
Publié ou mis à jour le : 2021-04-03 12:25:13

 
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