Grandes Découvertes

Vincent raconte les grandes explorations du Moyen Âge

Les grandes explorations du Moyen Âge

Je vais repartir de l’apogée des connaissances antiques au IIe siècle. L’ancien monde est alors interconnecté grâce au dynamisme de ses 2 extrémités, l’empire romain et l’empire chinois. Les Parthes et les Kouchans servent d’intermédiaires par la voie terrestre ; les Sabéens et les Indiens jouent le même rôle par la voie maritime. On voit que les marchands romains et chinois ne se rencontrent pas.

Certains n’hésitent pas à court-circuiter tous ces intermédiaires : des navigateurs austronésiens gagnent directement l’Afrique à cette époque et s’installent à Madagascar où ils imposent leur langue. Ca fait plus de 12000 km de voyage à la voile, ce qui est une performance assez remarquable.

Au IIIe siècle, l’empire chinois s’effondre tandis que l’empire romain s’affaiblit. L’empire perse prend le relais des Parthes en tant qu’intermédiaire commercial tandis que les Sogdiens complètent le tronçon sur la Route de la Soie. La voie maritime n’est pas en reste : les Indiens ont sans doute le plus vaste réseau commercial à cette époque, ce qui favorise la diffusion du bouddhisme vers la Chine et vers l’Indonésie.

C’est aussi l’époque où les grandes migrations turco-mongoles commencent à s’enchaîner d’est en ouest. Après celle des Huns à la fin du IVe siècle, les Avars démarrent un grand déménagement suite à leur défaite face aux Göktürks en 552. En seulement dix ans, ils traversent presque toute l’Eurasie jusqu’à se retrouver face aux royaumes mérovingiens, ce qui fait plus de 8500 km à cheval en une seule décennie.

Par la suite, les Göktürks sont les premiers à contrôler durablement toute la steppe d’Eurasie. Cette unité favorise un renouveau de la route de la soie, d’autant que l’empire chinois renaît à cette époque.

Outre le commerce, la religion est aussi un puissant moteur pour les longs voyages. Je citerai par exemple le voyage du moine Xuanzang qui atteint le Sri Lanka depuis la Chine en passant par le Pendjab, ou encore celui de Yi Jing qui atteint l’Inde par la voie maritime. Entre 15 et 20000 km aller-retour, ça fait encore de sacrés parcours !

C’est ainsi qu’on en arrive à l’expansion du califat arabe au VIIe siècle qui va très vite acquérir une connaissance géographique inégalée. Grâce au dromadaire, les Arabes sont les premiers à mettre en place un commerce transsaharien, attirés par l’or du Ghana. En 750 sous les Omeyyades, on trouve des marchands arabes depuis le Sénégal jusqu’au Sri Lanka en passant par Zanzibar. Puis au siècle suivant sous les Abbassides, ils poussent leur navigation jusqu’en Indonésie où l’islam commence à se diffuser.

Il est intéressant de comparer ces connaissances géographiques avec celles des Chinois, qui en constituent en quelque sorte le négatif. Quant au monde arpenté par les Francs de Charlemagne, il apparaît extrêmement réduit en comparaison et ne dépasse guère Jérusalem et Alexandrie.

En Europe, ce sont finalement les Scandinaves qui vont revigorer les explorations. A l’est, les Varègues redescendent la Volga jusqu’à la Caspienne, et certains sont même invités à Samarra en Irak. D’autres redescendent le Don jusqu’à la Mer Noire et sont invités à Constantinople. A l’ouest, les Vikings pillent le territoire jusqu’en Méditerranée Occidentale et en Irlande. Certains s’installent en Islande au IXe siècle, puis Erik le Rouge fonde la première colonie du Groenland vers 986. Enfin son fils Leif part explorer la côte du Labrador et de Terre-Neuve autour de l’an 1000 : c’est la première fois que l’Ancien Monde découvre le continent américain, mais cette entreprise restera sans lendemain. Leurs derniers exploits ont lieu en Méditerranée, mais ils commencent alors déjà à perdre leur identité originelle.

Les autres navigateurs infatigables sont les Austronésiens. Après leur exploit vers Madagascar, d’autres se lancent à corps perdu en plein océan pacifique : ils gagnent d’abord la Polynésie, et de là ils atteignent les îles Hawaï, l’île de Pâques, et la Nouvelle Zélande au début du IIe millénaire, qui étaient toutes inhabitées. Certains atteignent même le continent américain, mais sans y laisser d’implantations durables. Par ailleurs, les Austronésiens n’ont jamais eu de connaissance globale de tout cet ensemble.

Revenons au cœur de l’ancien monde. Au XIe siècle, les Turcs Seldjoukides ont revitalisé l’islam suite à l’affaiblissement des Abbassides. C’est ce qui entraîne l’envoi de la Première Croisade en 1095.

Finalement, ce sont les Mongols qui vont donner une nouvelle dimension à la connaissance géographique en fondant le plus vaste empire de tous les temps. Sa division en 1260 n’empêche pas une certaine unité du monde mongol très favorable aux déplacements. Le voyage de Marco Polo en est la meilleure illustration : parti de Venise en 1271 avec son père marchand, il parvient jusqu’à Pékin par la voie terrestre où il acquiert le rôle d’ambassadeur pour le compte du grand Khan Kubilay. Puis en 1291, il engage le voyage du retour par la voie maritime et regagne Venise quatre ans plus tard. Son expédition révèle la vitalité de l’Extrême Orient aux yeux des Occidentaux, et elle est comme un avant-goût des grands périples de la Renaissance.

De même, la division politique du monde musulman n’empêche pas une certaine unité au travers de la religion, comme l’illustre l’immense voyage d’Ibn Battuta de 1325 à 1355. Parti de Tanger, il explore d’abord la péninsule arabique et l’Afrique Orientale, puis gagne l’Inde et la Chine, et enfin traverse le Sahara pour atteindre Tombouctou. On estime qu’il a parcouru plus de 120000 km en 30 ans, ce qui en fait assurément l’un des plus grands voyageurs de tous les temps.

Cette démocratisation des routes commerciales dans l’Océan Indien pousse les Chinois à lancer leurs propres expéditions diplomatiques : vers 1414, le navigateur Zheng He atteint l’Afrique Orientale à la tête d’une flotte immense.

Or c’est à la même époque que le prince du Portugal Henri le Navigateur commandite ses premières expéditions vers l’Afrique, notamment grâce à l’invention de la caravelle. L’île de Madère est colonisée à partir de 1419, puis les Açores sont découvertes en 1427. Sur le continent, le cap Bojador constitue depuis longtemps la limite du monde connu par les Occidentaux : il est franchi en 1434, une année d’autant plus symbolique qu’elle marque la fin des grandes expéditions chinoises. La Chine décide de se replier sur elle-même au moment-même où l’Europe se lance vers l’inconnu : fatale erreur, elle s’en mordra bientôt les doigts. Voici venir l’époque fascinante des grandes découvertes de la Renaissance.

Vincent Boqueho

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Les expéditions polaires
Publié ou mis à jour le : 2022-06-13 15:50:08

 
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