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Vincent raconte le Japon féodal et les samouraïs (1185-1603)

Au milieu du XIIe siècle, à l’exception de l’île d’Hokkaido, tout le Japon est dominé par un État impérial, le Yamato, centré sur Kyoto.

Le pouvoir de l’empereur ne cesse toutefois de s’affaiblir face à l’influence de quelques grandes familles qui accaparent les rouages de l’État : si les Fujiwara ont longtemps réussi à s’imposer, ils doivent composer avec l’ascension de deux autres clans, les Taira et les Minamoto. Cette lutte finit par se transformer en une série de guerres civiles qui provoquent l’éclatement du pays.

Le Japon féodal et l'âge d'or des samouraïs (1185-1603)

C’est le chef Yoritomo du clan des Minamoto qui finit par s’imposer en écrasant tous ses rivaux sur les champs de bataille. En 1185, le Japon est réunifié sous sa tutelle. Yoritomo maintient l’empereur en place, mais en ne lui laissant qu’une autorité symbolique. Dans les faits, c’est lui qui dirige le pays depuis sa ville de Kamakura proche de la future Tokyo. Il se donne un nouveau titre, celui de shogun qui évoque son statut de chef suprême des armées : c’est le début d’un nouveau régime, le shogunat, qui se maintiendra jusqu’en 1868.

Yoritomo récompense les guerriers de son clan en leur conférant des domaines dans tout le pays. Ce système basé sur la prévalence de l’armée donne beaucoup d’importance à l’élite guerrière qu’on appelle les samouraïs.

Procession de Minamoto no Yoritomo, de son entourage et de sa garde, visitant Kyoto vers 1190, Ukiyo-e d'Utagawa Sadahide (1862).

En 1199, la mort de Yoritomo remet en cause ce nouveau système : les membres du clan des Hojo profitent du jeune âge de son fils pour prendre les rênes avec le titre de Régents. On aboutit ainsi à une forme d’autorité inversée : dans la théorie, le Régent est censé obéir au Shogun qui est censé obéir à l’Empereur. Mais dans les faits, c’est exactement l’inverse.

Cette époque de Kamakura est marquée par l’importance du shintoïsme né d’une fusion entre le bouddhisme venu du continent et l’animisme local. Le bouddhisme se développer aussi de façon autonome avec l’apparition de plusieurs courants internes. La période est marquée par la prédominance du monde agricole.

 En 1274, le régime se trouve confronté à une menace redoutable : les Mongols, qui viennent de s’emparer de la Corée et de la Chine, tentent de débarquer au Japon. Ils sont repoussés au prix de lourdes pertes, mais ils reviennent en 1281 avec une armée encore plus grande. Les Japonais parviennent à tenir leurs fortifications jusqu’à l’arrivée d’une tempête qui disperse les assaillants. C’est à l’origine de l’importance du mot kamikaze qui signifie vent divin.

L'empereur Godaigo dans les montagnes, ère Genkō, XIVe siècle.

Ces victoires japonaises contribuent pourtant à miner le régime de Kamakura : les samouraïs ne pouvant être récompensés pour leur service faute de nouvelle terre conquise, ils se livrent à des guerres intestines qui décrédibilisent l’autorité des régents. En 1324, l’empereur Go-Daigo cherche à en profiter pour restaurer son autorité. Après plusieurs années de guerres, il finit par arriver à ses fins en 1333 : ses troupes entrent dans Kamakura et le Régent se suicide.

Cette restauration de l’autorité impériale est pourtant de courte durée : en 1336, le général Takauji du clan des Ashikaga retourne ses forces contre l’empereur et se proclame Shogun deux ans plus tard. Cela remet en place le système du shogunat, mais qui est cette fois centré sur Kyoto. C’est le début de l’époque de Muromachi.

Représentation d'un palais shogunal, le Palais de Muromachi  (ou Palais des fleurs ) à Kyoto, vers 1561-1562.

Les empereurs ne disent pas leur dernier mot : ils se retranchent à Yoshino près de l’ancienne capitale de Nara et engagent la lutte contre les shoguns. Il s’ensuit 56 années de guerres incessantes qui confortent encore plus le rôle des samouraïs. Elles s’achèvent en 1392 par le triomphe des shoguns du clan Ashikaga. Le Japon peut enfin traverser quelques décennies plus paisibles.

Le tōgu-dō de Ginkaku-ji est le plus ancien exemple existant du shoin-zukuri. Agrandissement : le « Pavillon d'Or » (Kinkaku-ji), construit en 1397, restauration des années 1950, Kyoto. Agrandissement : Le « Pavillon d'Argent » (Ginkaku-ji), construit en 1482, Kyoto.La période est caractérisée par une forte croissance démographique et l’apparition des premières villes provinciales. Le bouddhisme zen, qui met l’accent sur la méditation aux dépens des textes sacrés, se renforce sous l’influence chinoise et conduit à l’érection de nombreux temples. On assiste aussi à une reprise de la construction de palais et de jardins. La peinture et la littérature sont également marqués par l’influence de la Chine qui connaît alors son apogée sous la dynastie Ming. La consommation du thé se démocratise et entraîne le développement d’un art à part entière. Le Japon développe aussi des éléments plus éloignés de l’influence chinoise : ça se manifeste notamment dans l’invention du théâtre no à cette époque.

La stabilité du shogunat se maintient jusqu’en 1441, date à laquelle le shogun est assassiné par un vassal. Ca porte un coup décisif au prestige des shoguns qui ne parviennent pas à restaurer leur autorité : le pays se fragmente entre un grand nombre de clans qui se livrent à des guerres acharnées. Le paroxysme du chaos est atteint en 1467 lorsque Kyoto est largement détruite par une lutte entre factions. Pendant un siècle, le pays va perdre toute forme d’unité politique au profit des seigneurs de guerre appelés les daimyos qui cherchent tous à accroître leur territoire. C’est ce qu’on appelle l’époque Sengoku. On assiste alors à une multiplication des châteaux typiques de cette époque féodale.

La bataille d'Onin pendant la guerre d'Onin (1467-1477), Utagawa Yoshitora, vers 1850. Agrandissement : les samouraïs de la période Muromachi, 1538, Paris, musée Guimet.

Ce n’est que dans les années 1560 que s’amorce un renouveau : le daimyo Oda Nabunaga parvient à accroître son territoire depuis la région de Nagoya et il destitue le shogun en 1573 sans pour autant récupérer ce titre devenu insignifiant. Son lieutenant Toyotomi Hideyoshi poursuit la lutte contre les autres clans après sa mort : il s’empare de Shikoku, de Kyushu, et enfin du Kanto à l’est, ce qui lui assure la soumission de tout le Japon en 1590. Il tente même de poursuivre sur sa lancée en essayant d’envahir la Corée à 2 reprises, sans succès.

Lorsqu’il meurt en 1598, il laisse derrière lui un conseil de régence dont les membres entrent aussitôt en guerre. C’est l’un d’eux, Tokugawa Ieyasu, qui finit par l’emporter. En 1603, il officialise la nouvelle situation en se faisant proclamer shogun. Il installe sa capitale à Edo qui deviendra Tokyo. Son règne va marquer l’avènement d’une nouvelle ère qui va définitivement tourner la page de l’âge féodal japonais.

Vincent Boqueho

Publié ou mis à jour le : 2023-10-06 14:31:14

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