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Vatel

Disney chez le Grand Condé

Mars 2000 : le nouveau film du britannique Roland Joffé, en ouverture du Festival de Cannes 2000, avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre, montre une fête à la Cour du Roi-Soleil.

Un spectacle plein de paillettes et de feux d'artifice... auquel il ne manque qu'une histoire.

Deux heures d'un grand spectacle baroque, avec feux d'artifices, ballets nautiques, pièces montées et victuailles à satiété. Ainsi se résume le film de Roland Joffé.

Il relate les trois jours de fêtes que donna le prince de Condé en avril 1671, en son château de Chantilly, en l'honneur du roi Louis XIV, son cousin.

D'intrigue, point, sauf les émois amoureux d'une gentille duchesse sur laquelle le Roi-Soleil daigne abaisser le regard le temps d'une soirée.

Il est vrai que le personnage qui a donné son nom au film ne prête pas à rêver. François Vatel, contrôleur général de la Bouche de Monsieur le Prince, n'a rien à voir avec le d'Artagnan d'Alexandre Dumas ou le Lagardère de Paul Féval.

Ses tourments professionnels et son suicide sont passés à la postérité par la grâce de la marquise de Sévigné qui les relata dans deux lettres célèbres.

Sauf une intrigue sentimentale autour de la duchesse précitée, le scénario ne s'écarte guère du bref récit de Madame de Sévigné.

Les personnages et les allusions au contexte historique paraissent en tout point conformes aux enseignements des historiens.

L'Histoire dans le film

Le prince de Condé s'est illustré très jeune à la bataille de Rocroi (1643). Maladroit, il se met plus tard à la tête de la Fronde des Princes et trahit le roi et son pays.

C'est seulement en 1667 que Louis XIV lui rend le commandement d'une armée en vue de la conquête de la Franche-Comté. L'affaire se solde par le traité d'Aix-la-Chapelle, l'année suivant. Le Roi-Soleil est alors au sommet de sa gloire et de sa puissance et il prend goût aux grandes fêtes. Versailles devient le miroir de sa gloire.

Couvert de dettes et tourmenté par la goutte, Monsieur le Prince, âgé de 50 ans, ne quitte plus guère Chantilly quand son jeune cousin (32 ans) lui fait part de son intention de lui rendre visite le jeudi 23 avril 1671. C'est l'occasion de faire taire les créanciers en leur donnant à croire à de futures faveurs royales et le prince ne regarde pas à la dépense.

Le film évoque ces préoccupations ainsi que la guerre prochaine contre la Hollande qui débouchera sur la glorieuse paix de Nimègue, en 1678, mais entraînera aussi un éveil des nationalismes en Angleterre et sur les bords du Rhin, en opposition à l'hégémonisme français.

Il donne à voir le ministre Colbert, plus soucieux de paix que de gloire militaire ; la reine Marie-Thérèse, infante espagnole effacée et résignée; Mme de Montespan, maîtresse royale inquiète de son pouvoir ; Monsieur, frère du roi et homosexuel notoire (était-il aussi pédophile et amateur de petits garçons?) ; et aussi l'intrigant marquis de Lauzun, qui obtiendra du roi le titre de duc.

Oubliée, hélas, la marquise de Sévigné. Oubliés aussi l'art de la conversation et la danse, que pratiquaient si bien Louis XIV et ses courtisans. D'une manière générale, les courtisans paraissent à l'écran aussi passifs que nous-mêmes devant la Grande Parade de Disneyland.

Les amoureux de l'Histoire et du vrai cinéma préféreront comme nous Saint-Cyr, l'autre film de l'année consacré au Grand Siècle.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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