Tocqueville (par Jean-Louis Benoît)

Une oeuvre dense

Alexis de Tocqueville nous a laissé une œuvre écrite très importante, qui représente trente-deux volumes répartis dans dix-sept tomes dans l’édition des Œuvres Complètes Gallimard.

Elle s’organise en quatre parties distinctes : quatre volumes répartis dans les tomes I et II, présentent les deux textes majeurs, De la Démocratie en Amérique et L’Ancien Régime et la Révolution, à quoi il faut ajouter les Souvenirs, qui sont une édition post-mortem, vingt volumes de correspondances aux proches, aux amis et au personnel politique du moment, trois volumes d’écrits politiques et discours auxquels il faut ajouter deux volumes sur la question pénitentiaire, deux volumes de notes de voyages et un volume d’écrits divers.

Jean-Louis Benoît

De la Démocratie en Amérique (1835 et 1840)

De la Démocratie en Amérique est le texte capital auquel Tocqueville doit sa notoriété internationale ; cet ouvrage est constitué de deux textes différents et complémentaires qui portent le même titre et composent un diptyque. Le premier livre est paru en 1835, le second en 1840 ; on utilise donc, par commodité, la dénomination Première et Seconde Démocratie. Tocqueville résume ainsi la situation respective des deux Démocraties : « Le premier livre plus américain que démocratique. Celui-ci plus démocratique qu’américain. »

 - La première Démocratie

Les États-Unis constituent pour Tocqueville un modèle épistémologique permettant l’analyse des régimes démocratiques : un pays neuf, un peuple neuf et rempli des valeurs démocratiques dès son origine. 

Le dernier chapitre de l’ouvrage a été ajouté au dernier moment. Il est très long (1/5 du total) et traite de la cohabitation des trois races Blancs, Indiens et Noirs. Dans ce chapitre longtemps « oublié » par les Américains, Tocqueville dénonce, comme son ami Beaumont dans Marie ou de l’esclavage aux États-Unis, l’esclavage mais aussi le sort fait aux Noirs aux États-Unis, même libres et disposant, théoriquement de leurs droits civils. Il dénonce aussi le sort fait aux Indiens (note).

 - La seconde Démocratie : un modèle heuristique

La seconde Démocratie parut en 1840. Elle se divise en quatre parties concernant L’influence de la démocratie sur le mouvement intellectuel (I), Sur les sentiments des Américains (II), Sur les mœurs (III) et Sur la société politique (IV). Le modèle américain n’y occupe plus qu’une faible partie, moins du quart. Les analyses successives sont organisées de la même façon, opposant les caractéristiques des sociétés aristocratiques à celles des sociétés démocratiques.

Tocqueville s’appuie sur une typologie des peuples, reprenant en cela l’esprit des peuples et/ou des nations cher à Montesquieu. La première partie juxtapose les relations, ou plutôt les interrelations dialectiques entre l’esprit et la méthode philosophique des Américains et leurs productions religieuses, artistiques et culturelles, y compris dans le domaine des idées, des arts, de la science, du théâtre, de l’histoire.

Dans la première partie, il étudie l’influence de la démocratie sur le mouvement intellectuel aux États-Unis. La seconde partie analyse l’influence de la démocratie sur les sentiments des Américains. Certains éléments sont spécifiques aux États-Unis : l’existence d’institutions libres, le rôle essentiel tenu par les associations ainsi que l’application du principe de l’intérêt bien entendu, y compris dans la façon d’aborder le fait religieux.

Les autres modalités s’appliquent ou s’appliqueront à l’ensemble des sociétés démocratiques : la montée de l’individualisme démocratique et le matérialisme lié au goût du bien-être et des jouissances. Tocqueville annonce surtout comment le développement de la société industrielle peut engendrer une nouvelle « aristocratie » qui sera celle des maîtres de forges, même s’il dit penser - vrai ou faux, ou préjugé de classe – que cette évolution est peu probable.

La troisième partie porte sur l’évolution des mœurs qui s’adoucissent et agissent sur les rapports maître-serviteur, le prix des baux, la famille, l’éducation des jeunes filles et la vie des femmes…

Dans les six derniers chapitres, l'auteur met en évidence les données qui président à la naissance d’une démocratie. C’est ainsi qu’il annonce que dans les démocraties, les grandes révolutions deviendront rares, ces régimes étant à la fois agités et conservateurs. Il consacre enfin les cinq derniers chapitres à la double question de l’armée et de la guerre.

La dernière partie est consacrée à l’influence qu’exercent les idées et les sentiments démocratiques sur la société politique. L’égalité donne aux hommes le goût des institutions libres, mais les idées et les sentiments et le pouvoir souverain accroissent de ce fait sa puissance, même s’il est instable.

Au terme de son analyse, Tocqueville nous livre un chapitre capital et particulièrement d’actualité aujourd’hui : les démocraties sont des régimes fragiles qui supposent des dirigeants vertueux et un sens civique de citoyens actifs. Le despotisme serait donc une voie de sortie quasi-naturelle de la démocratie : plébiscites de Napoléon III,  prise du pouvoir par Mussolini et Hitler. Mais il y a peut-être pire, l’établissement généralisé d’un despotisme doux, celui du Tout-État et Tocqueville nous dresse un portrait apocalyptique de la société qui risque d’advenir, sans grandeur, sans projet, sans vertu. Le citoyen qui a voulu, qui a choisi ce modèle ressemble en tous points au dernier homme du Zarathoustra de Nietzsche.

Après cette anticipation pleine d’horreur, Tocqueville tente de rétablir la situation en prenant appui sur l’esprit de liberté des individus et des peuples : « Les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales; mais il dépend d'elles que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères. ». Pieux souhait !

L’Ancien Régime et la Révolution (1856)

L’Ancien Régime et la Révolution est la seconde œuvre majeure de Tocqueville. Elle devait être constituées de deux parties dont la première fut éditée en 1856, la seconde restant incomplète et en chantier à la mort de l’auteur.

En 1850, à Sorrente, Tocqueville avait annoncé son projet d’écrire une histoire philosophique. Le premier volume s’achève sur ces mots : « Me voici parvenu jusqu'au seuil de cette révolution mémorable; cette fois je n'y entrerai point : bientôt peut-être pourrai-je le faire. Je ne la considérerai plus alors dans ses causes, je l'examinerai en elle-même, et j'oserai enfin juger la société qui en est sortie. »

Le premier volume connut un beau succès et, par la suite, il fut en partie oublié par les historiens car il était si différent de la vulgate consacrée à la Révolution avant comme après Lavisse, mais la qualité d’historien de Tocqueville ne lui fut pas contestée par ses pairs. Plus curieux encore, ce sont des intellectuels et historiens marxistes ou marxisants ou marxiens, selon le terme que Raymond Aron s’applique à lui-même, qui ont le mieux apprécié l’œuvre de Tocqueville, ce qui se comprend bien dans la mesure où il analyse les processus historiques qui se développent en termes de classe et de caste.

L’Ancien Régime et la Révolution est non seulement un ouvrage d’histoire mais encore un livre de combat qui contient une critique du despotisme mis en place par Louis-Napoléon Bonaparte, sur les ruines de la IIe République (note).

Tocqueville livre au lecteur une histoire paradoxale, à rebours de la doxa ; il entend prouver, textes en main, que les institutions considérées comme un apport spécifique de la Révolution, la centralisation par exemple, remontent à l’Ancien Régime. Pour mener à bien son travail, il fait un travail de recherche considérable dont il s’efforce de gommer les traces pour ne laisser apparaître qu’une épure.

À l’instar de Montesquieu, il tente de saisir « l’esprit de la Révolution » qu’il ne trouve ni dans l’histoire de Thiers, ni dans l’épopée romantique, voire romanesque, de Michelet qui vient de paraître. Il étudie les archives de l’ancienne intendance de Tours et celles de l’hôtel de ville de Paris. C’est donc en partie sur ces documents que Tocqueville fonde son analyse capitale des mutations qui conduisent insensiblement et par paliers de la société d’Ancien Régime à la Révolution.

Pour comprendre la Révolution, il faut d’abord analyser l’évolution de la société française. Il veut résoudre une question fondamentale qui se pose à lui depuis l’introduction de la première Démocratie : pourquoi la Révolution a-t-elle éclaté en France et non pas dans un autre pays d’Europe ? Comme ses contemporains, Tocqueville est convaincu de l’unité de l’Europe médiévale. Il n’existait pas de différence considérable entre la France, l’Angleterre et l’Allemagne mais il y a eu des évolutions différentes : un glissement progressif vers la monarchie absolue en France, vers le despotisme éclairé dans les cours de l’Europe du Nord et de l’Est et une évolution tout autre en Angleterre (note).

Dans la première partie de L’Ancien Régime, Tocqueville part des jugements controversés portés sur le bilan de la Révolution française et établit comment celle-ci n’a été antireligieuse que par accident, dans la mesure où le pouvoir religieux et le pouvoir politique étaient liés sous la monarchie. Il souligne aussi comment les institutions, toutes semblables en Europe, tombaient partout en ruine, avant de préciser l’œuvre propre de la Révolution française.

La seconde partie est sans doute la plus riche et la plus originale. Tocqueville y présente quatre idées essentielles, ces idées mères auxquelles il tenait tant. Il met d’abord en évidence ce que les sociologues appelleront par la suite un « effet Tocqueville » : les différences de statut ou de richesse sont d’autant plus difficiles à supporter par les membres d’une société qu’elles sont moindres. Il ne serait pas venu à l’idée du serf de jalouser son seigneur ou de protester contre les droits féodaux mais ceux-ci deviennent d’autant plus inacceptables aux paysans français du XVIIIe siècle, qu’ils sont désormais libres et propriétaires, pour certains de terres plus ou moins importantes.

Les inégalités sont devenues moins grandes mais, d’une certaine façon, anachroniques et inadmissibles. Tocqueville établit ensuite comment la centralisation et la justice administratives sont des créations de l’Ancien Régime avant de mettre en évidence le paradoxe qui a joué un rôle fondamental dans l’éclosion et le développement du processus révolutionnaire français. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les individus les plus semblables entre eux se séparent, voire se combattent politiquement et idéologiquement.

Le problème est posé depuis le règne de Louis XIV : alors que la bourgeoisie devient la classe économiquement dominante, l’aristocratie, qui vit parfois à ses crochets, organise la réaction nobiliaire. Tocqueville consacre deux chapitres à la mise en évidence et à l’explicitation de ce paradoxe : Que la France était le pays où les hommes étaient devenus le plus semblables entre eux (LII, ch 8) et Comment ces hommes si semblables étaient plus séparés qu'ils ne l'avaient jamais été en petits groupes étrangers et indifférents les uns aux autres (ch. 9), avant de souligner, dans le dernier chapitre du livre second, comment, à la veille de la Révolution, la paysannerie, la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, supportait seule tout le poids de l’impôt, au moment où la liberté se trouvait mise en péril.

La troisième partie du livre est consacrée aux facteurs immédiats qui ont déclenché le processus révolutionnaire ; l’importance des philosophes, qu’il classe sous la rubrique plus générales d’hommes de lettres, était devenue d’autant plus grande qu’ils ne jouaient aucun rôle politique : «  Comment, vers le milieu du XVIIIe siècle, les hommes de lettres devinrent les principaux hommes politiques du pays, et des effets qui en résultèrent ». Ceux-ci vont mettre à jour la contradiction qui existe entre un État social déjà démocratique qui existe, et le régime politique de la monarchie absolue.

L’État social est déjà démocratique au sens précis que Tocqueville donne à ce concept : l’opinion publique est déjà devenue la première force politique du pays, il existe déjà une mobilité sociale (dans les provinces, note Tocqueville, le gouverneur, d’origine aristocratique est le personnage le plus prestigieux, mais le plus important est l’intendant, d’origine bourgeoise) ; il existe déjà sinon une véritable liberté de la presse, du moins une circulation de productions de presse, françaises et/ou étrangères, dont la censure ne fait, malgré elle, que renforcer l’importance. Le régime politique n’est pas, lui, démocratique ; il y a là une contradiction qui amène nécessairement et inéluctablement le processus révolutionnaire.

Toutes les difficultés qu’un peuple ou une nation ont subi sans broncher deviennent insupportables à partir du moment où un mouvement de réformes est commencé. Ce qui signifie qu’il faut soit s’enfermer dans le despotisme et ne jamais en sortir, position impossible à tenir, soit engager des réformes quand il est encore temps de les faire, sans mettre en danger l’ensemble de l’édifice. Tocqueville établit enfin, contre la doxa de l’historiographie de la Révolution française, que celle-ci ne survient pas au moment où le pays est plongé dans la misère économique, mais au contraire quand la prospérité du royaume est plus importante que jamais. Mais c’est une prospérité mal répartie. La bourgeoisie est riche alors que l’État est endetté, et la masse paysanne, 80 % de la population, est plus misérable que jamais.

Ainsi la Révolution est-elle à la fois événement et non-événement, un accomplissement rationnel de tout ce qui était déjà là, en germe, prêt à surgir et à réduire le décalage existant entre l’état social du pays et ses institutions politiques. Elle est donc la continuation de l’histoire antérieure et elle marque le début d’une ère nouvelle : elle est un passage à la limite, une remise à l’heure des pendules qui marquent le développement de l’Histoire : tout ce que la Révolution a fait se fût fait, je n'en doute pas, sans elle ; elle n’a été qu’un procédé violent et rapide à l’aide duquel on a adapté l’état politique à l’état social, les faits aux lois et les lois aux mœurs .

Cette conception philosophique majeure conduit à la conclusion très forte et très remarquable dont le titre du dernier chapitre annonce le contenu : comment la Révolution est sortie d’elle-même de ce qui précède. Ainsi, la Révolution devient-elle la clé de notre compréhension historique, non-événement puisqu’elle sort naturellement de ce qui précède, et événement absolu par lequel tout ce qui précède prend sens et à partir duquel toute la suite historique s’organise.

Dans la situation politique qui était celle de la France, les réformes nécessaires n’ayant pu être accomplies, le passage de l’état social démocratique à l’état politique correspondant était inévitable, ce qui explique pourquoi Tocqueville défend l’esprit et les idées de 1789. Les faits ont voulu que les évènements prennent des formes extrêmes, dont celle de la Terreur, qu’il déplore, mais contrairement à ce qu’on écrit parfois, il ne pense pas que dans la situation concrète de la France on eût pu faire l’économie de la Révolution.

Celle-ci était inéluctable, le résultat rationnel du processus historique engagé. Aurait-il pu prendre des formes différentes ? Sans doute, mais ce ne sont là que des hypothèses, des supputations dans lesquelles Tocqueville ne s’est pas engagé.

Les Souvenirs (1850-1851)

« Éloigné momentanément du théâtre des affaires, je suis réduit, au milieu de ma solitude, à me considérer un instant moi-même, ou plutôt à envisager autour de moi les événements contemporains dans lesquels j’ai été acteur ou dont j’ai été témoin ». Dans cet incipit, Tocqueville nous donne la nature de son projet.

Pour un témoin-acteur, il s’agit des événements qui se sont déroulés entre son discours à la Chambre du 29 janvier 1848 dans lequel il annonçait une révolution prochaine et le renvoi du second gouvernement Barrot, dans lequel il occupait le ministère des Affaires étrangères.

Il écrit ce livre à chaud, de juillet 1850 à Tocqueville au printemps 1851 à Versailles. Le livre est donc un témoignage à prendre avec précaution puisque ce témoin est engagé, mais il nous livre nombre d’éléments originaux, de première main, et surtout un témoignage essentiel et des portraits parfois féroces de vérité sur Louis-Philippe, sur Louis-Napoléon Bonaparte et son entourage de « vauriens et de drôlesses » et sur le cynisme de Thiers qui envisageait déjà la solution versaillaise qu’il mit en place vingt ans plus tard.

« Ces souvenirs seront un délassement de mon esprit et non point une œuvre de littérature. Ils ne sont retracés que pour moi seul. Cet écrit sera un miroir dans lequel je m’amuserai à regarder mes contemporains et moi-même, et non point un tableau que je destine au public ». Précaution inutile, forme de prétérition ; une lecture attentive du texte permet de comprendre que l’ouvrage était bien destiné à une édition posthume ultérieure dont il demanda à sa femme d’assumer la charge, mais qu’elle ne put mener à terme.

La précision du trait, les portraits à charge, l’ironie du propos constituent quelques-unes des caractéristiques de ce témoignage historique d’une lecture particulièrement agréable. C’est Christian de Tocqueville, petit-neveu d’Alexis qui fit paraître la première édition du livre chez Calmann-Lévy, en 1893.

À ces trois ouvrages, il convient d’ajouter deux autres éléments majeurs qui constituent le corpus des œuvres de Tocqueville : les textes politiques, discours et rapports, d’une part, la correspondance d’autre part.

Les autres textes politiques de Tocqueville

En 1836, à la demande de John Stuart Mill, il publie dans la London and Westminster Review une longue analyse historique : L’état social et politique de la France, avant et depuis 1789, destinée à éclairer le public anglais sur une histoire de la France qu’il connaît si mal.

 - Mémoires sur le paupérisme

Tocqueville, qui pensait se présenter aux élections législatives dans la circonscription de Cherbourg, tenait à établir sa capacité à traiter des problèmes nouveaux qui se poseront à terme à la société française et à proposer des solutions pertinentes.

En 1835, devant la Société royale académique de Cherbourg dont il est alors associé-correspondant, il présente donc un premier Mémoire sur le paupérisme (note) qui est publié, la même année, dans les Mémoires de cette société savante. Il commence également la rédaction d’un second Mémoire sur le paupérisme, daté de 1837, qui ne devait pas paraître comme prévu, en 1838, dans le recueil des Mémoires de la Société académique de Cherbourg, le texte n’existe que sous la forme d’un brouillon inachevé, conservé aux Archives Tocqueville (note).

 - Lettres sur l’Algérie

Le 23 juin et le 22 août 1837 il fait paraître deux Lettres sur l’Algérie dans La Presse de Seine-et-Oise (note) pour montrer aux électeurs potentiels de Seine-et-Oise qu’il est capable d’analyser sérieusement la question de l’Algérie et de proposer les grandes lignes d’une politique. Ces deux lettres demeurent d’un très grand intérêt aujourd’hui encore (note).

 - Les grands rapports

Dès leur retour des États-Unis, et plus encore après la présentation et le succès de leur rapport présenté sous le titre Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France.

Rapport sur le système pénitentiaire,
Rapport sur l’abolition de l’esclavage, 1839,
Discours sur le refus de l’inscription du droit au travail dans la constitution, 1849,
Corpus économique, voir textes économiques,
Corpus sur la religion, les religions et le religieux, notes sur le Coran Rapports au conseil général de la Manche,
Rapport sur la question des enfants trouvées ou abandonnés et l’aide aux mères, 1843-1846,
Rapports sur la ligne de chemin de fer Paris-Cherbourg, 1844-1846 et 1852,
Double rapport sur l’Algérie, 24 mai et 22 juin 1847

L’œuvre de Tocqueville contient également 20 volumes de correspondance dont la plupart présentent un très grand intérêt pour la connaissance de l’homme et ses rapports avec sa parentèle, ses proches et le monde politique de la Monarchie de Juillet à son c décès.

 - La correspondance et les carnets

La correspondance fait partie de l’œuvre de Tocqueville ; elle en est l’un des maillons, par exemple lors du périple étatsunien. Ainsi, nombre d’éléments se trouvent d’abord dans les notes de voyage prises dans des cahiers ou carnets, puis repris dans la correspondance familiale, et enfin dans le texte de La Démocratie.

En outre, la correspondance familiale appartient à un cérémonial. Chaque lettre est adressée à un destinataire particulier et aborde les thèmes qui lui correspondent le mieux : le sort misérable des Indiens, pour sa mère, les problèmes de centralisation administrative, pour son père, la question du clergé au Canada, pour l’abbé Lesueur, la condition féminine et la galanterie, pour sa belle-sœur Emilie. Le destinataire a charge, ensuite, de lire la lettre en totalité ou en partie aux autres membre du groupe familial.

Les correspondances expédiées aux autres destinataires ont, pour nous, une valeur particulière et spécifique.

La correspondance avec Beaumont nous permet de suivre à la fois les liens d’amitié unissant les deux hommes, mais surtout l’évolution de leur carrière politique, les rapports qu’ils entretiennent avec le  personnel politique et la situation du pays.

La correspondance avec Gobineau nous apporte les renseignements les plus précieux concernant la conception morale de Tocqueville, les questions de race et de racisme.

Correspondance avec Nassau Senior, le second volume de la correspondance anglaise, présente une vue décalée d’un Anglais jugeant le vie politique française et le personnel politique, notamment tout ce qui concerne la vie politique de la seconde République au coup d’État et au second Empire.

La correspondance avec Kergorlay est riche de renseignements personnels sur la vie et les amours de Tocqueville.

Sans oublier les autres correspondances avec ses autres interlocuteurs anglais, Stuart Mill et Reeve (son traducteur), avec ses amis américains, avec Ampère, le fils de l’illustre savant, ami très proche du couple, avec Royer-Collard, grande figure du libéralisme sous la Restauration, avec son ami Francisque de Corcelle et Madame de Swetchine qui évoquent notamment des questions tenant à la situation religieuse du moment, et avec Madame et de Monsieur, informateur érudit de Tocqueville concernant l’Allemagne et l’Italie.

Il convient de souligner également l’importance des écrits locaux et les trois derniers volumes de Correspondance à divers, qui viennent de paraître, dans lesquels on trouve une bonne partie de ses échanges avec un très grand nombre des hommes politiques de 1837 à sa mort.

Il convient également de faire une place spéciale à la Correspondance familiale si riche pour nous présenter Tocqueville dans son milieu, et surtout sa relation tendre et fusionnelle avec sa femme.

Les voyages

Tocqueville fut, à son époque, un assez grand voyageur et laissa toute une correspondance très intéressante à ce sujet, pour les renseignements qu’elle nous apporte, mais également pour toutes les analyses de caractère ethnologique et ethnographique. Il nous manque, malheureusement les deux cahiers qu’il avait rédigés lors de son voyage en Italie et en Sicile, en 1827, dont quelques bribes nous ont été retransmises par Beaumont. Il nous manque également le récit des voyages qu’il effectua en Suisse lorsqu’il vivait près de son père à Metz.

L’ensemble de ces textes est très riche quant à la vision et l’expérience que Tocqueville a des États-Unis, de l’Angleterre et de l’Irlande, notamment lorsqu’il dénonce le sort des Indiens victimes du génocide et des Noirs soumis à l’esclavage et aux vexations raciales, lorsqu’il dépeint la misère des cloaques de Manchester ou l’horreur de la situation économique du peuple irlandais mourant de faim sous le regard d’une aristocratie parfaitement inhumaine. Ce sont des témoignages de première force sur sa vision de l’humanité et sur sa lecture de l’Évangile, notamment les Béatitudes et l’Épître aux Galates.

Bibliographie

Édition des Œuvres complètes – Gallimard, 1951-2021 (note).

Tome I, vol. 1 : De la démocratie en Amérique, 1951 désignée par le sigle D.A., I, vol. 2 : De la démocratie en Amérique, 1951, désignée par le sigle D.A., II,
Tome II, vol. 1 : L’Ancien Régime et la Révolution, 1953, désigné par le sigle A.R. I, vol. 2 : Fragments et notes inédites sur la Révolution, 1953, désigné par le sigle A.R. II,
Tome III, vol. 1 : Écrits et discours politiques : écrits sur l’Algérie, les colonies, l’abolition de l’esclavage, l’Inde, 1962 ; vol. 2 : Écrits et discours politiques sous la Monarchie de Juillet, 1985 ; vol. 3 : Écrits et discours politiques [seconde République], 1990,
Tome IV, vol. 1 et 2 : Écrits sur le système pénitentiaire en France et à l’étranger, 1984,
Tome V, vol. 1 : Voyage en Sicile et aux États-Unis, 1957 ; vol. 2 : Voyage en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie, 1957,
Tome VI, vol. 1 : Correspondance anglaise, avec Reeve et J. S. Mill, 1954 ; vol. 2 : Correspondance et conversations d’Alexis de Tocqueville et Nassau William Senior, 1991 ; vol. 3 : Correspondance anglaise, 2003,
Tome VII : Correspondance américaine et européenne, 1986,
Tome VIII, vol. 1, 2 et 3 : Correspondance Tocqueville-Beaumont, 1967,
Tome IX : Correspondance Tocqueville-Gobineau, 1959,
Tome X : Correspondance et écrits locaux, 1995,
Tome XI : Correspondance Tocqueville-Ampère et Tocqueville-Royer-Collard, 1970,
Tome XII : Souvenirs, 1968 ,
Tome XIII, vol. 1 et 2 : Correspondance Tocqueville-Kergorlay, 1977,
Tome XIV, Correspondance familiale, 1998,
Tome XV, vol. 1 et 2 : Correspondance Tocqueville-Corcelle et Tocqueville-Madame Swetchine, 1983,
Tome XVI : Mélanges, 1989,
Tome XVII : Correspondance à divers, 3 volumes, 2021,
Tome XVIII : Correspondance Tocqueville-Circourt et Tocqueville-Mme de Circourt, 1983.

Publié ou mis à jour le : 2021-09-14 14:36:01

 
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