Galilée (1564 - 1642)

Un savant qui voit loin

La postérité a surtout gardé de Galilée l'image du savant persécuté par l'Église. Une image qui mérite d'être nuancée car il a toujours été soutenu par le pape en personne. Épris de mathématiques, le Pisan a compris combien celles-ci pouvaient être utiles à la compréhension des lois de la physique. Mais il s'est illustré surtout comme expérimentateur et astronome. Il a popularisé la démonstration par son prédécesseur Nicolas Copernic de ce que la Terre tourne autour du Soleil...

Galilée (Pise, 15 février 1564 - Arcetri, Toscane, 8 janvier 1642), portrait par Justus Sustermans, 1636 (Florence, musée des Offices)

Naissance de la recherche expérimentale

Galilée (Pise, 15 février 1564 - Arcetri, Toscane, 8 janvier 1642), portrait par Le Tintoret, 1605 (Londres, musée national maritime)Galileo Galilei, dit Galilée, est né à Pise le 15 février 1564, dans la famille d'un musicien qui va lui transmettre sa passion des instruments de tous ordres. Attiré par la géométrie, il renonce à des études de médecine pour se consacrer aux sciences, aux mathématiques et à la physique.

Galilée s'interroge sur la chute des corps et met en évidence la nature corpusculaire de la matière. Étudiant la gravité, il laisse tomber des objets différents du haut de la tour penchée de Pise et montre que leur vitesse de chute est indépendante de leur masse (il n'est pas sûr toutefois qu'il ait réalisé cette expérience ; il l'a peut-être seulement imaginée).

Pressé de trouver un emploi rémunéré, suite à la mort de son père, il obtient en 1592 une chaire de mathématiques à l'Université de Padoue. Cette cité industrieuse, sous la tutelle de Venise, va lui offrir un cadre approprié à ses recherches et ses expériences.

Tant mieux car, chargé de famille avec une femme, trois enfants... et bientôt une jeune maîtresse, sans compter sa fratrie et sa mère, il a de gros besoins financiers. Pour y pourvoir, il conçoit, fabrique et vend différents instruments de mesure. Il héberge aussi des étudiants auxquels il donne des cours. Parmi ceux-ci figure le futur grand-duc de Toscane Cosme II de Médicis, dont il devient le « premier philosophe et mathématicien ».

Galilée et le doge sur le campanile de Venise (fresque de Giuseppe Bertini, Villa Andrea Ponti, VareseGalilée améliore la lunette astronomique, une invention flamande du début du siècle, et invite le 21 août 1609 le doge de Venise Leonardo Donato et plusieurs membres du Sénat à faire des observations du haut du campanile de la place Saint-Marc.

Habile en affaires, il leur fait voir les navires au loin et souligne l'intérêt militaire de l'instrument. Cela lui vaut une grasse rémunération. 

Mais le savant lui-même préfère employer sa lunette à l'exploration du système solaire. Par ses expériences, il prolonge brillamment les travaux scientifiques et philosophiques de Nicolas Copernic comme de ses contemporains Tycho Brahe, Giordano Bruno et surtout Johannes Kepler.

C'est ainsi qu'il découvre le relief de la Lune, les satellites de Jupiter et les taches du Soleil. Performance d'autant plus remarquable que la lunette est à peine plus puissante qu'une paire de jumelles d'aujourd'hui, avec à ses extrémités deux verres grossissant l'un six fois, l'autre neuf fois. 

En 1610, Galilée publie Sidereus nuncius (« Le Messager des étoiles »), ouvrage dans lequel il relate ses observations. Il montre en particulier que la Lune n'est pas lisse mais couverte de cratères et de montagnes. Il montre également que Vénus, du fait de ses phases, n'est pas lumineuse mais se meut autour du Soleil ; ses variations de taille indiquent que sa distance à la Terre est variable. Il révèle aussi l'existence de quatre satellites de Jupiter qu'il nomme « satellites médicéens » par égard pour son ami le grand-duc de Toscane Cosme II de Médicis.

Le savant est de la sorte autorisé à revenir à Florence, la cité de son enfance, en dépit de ses créanciers. Il va y poursuivre ses recherches en astronomie. Elles vont faire sa célébrité... et son malheur.

Langue du peuple, langue du scandale

Un demi-siècle plus tôt, le chanoine Copernic, soucieux de sa tranquillité, avait su rester discret et il avait publié en latin, la langue réservée aux savants, ses découvertes sur l'héliocentrisme (théorie selon laquelle le Soleil - et non la Terre - est au centre de l'univers). 

Galilée n'a pas sa prudence. Il a l'audace de publier ses propres théories sur le système solaire en italien, la langue du peuple. Il suscite dès lors contre lui un flot de dénonciations de la part de clercs qui croient y voir la négation des Écritures saintes mais aussi de savants qui lui reprochent de présenter comme des vérités indubitables et non de simples hypothèses ses théories selon lesquelles la Terre et les planètes se placent sur des orbites autour du Soleil.

Galilée n'arrange pas ses affaires par son arrogance et ses rapports orageux, voire méprisants, avec ses rivaux demeurés favorables à la vision traditionnelle héritée de Claude Ptolémée. Pour ce savant grec très réputé, qui vécut à Alexandrie d'Égypte au IIe siècle de notre ère, la Terre devait en effet se situer au centre de l'univers. 

lettre autographe de Galilée à Benedetto Castelli en date du 21 décembre 1613Sur la foi d'une lettre signée G.G., écrite à son ami et élève, l'abbé Benedetto Castelli, le savant pisan est une première fois condamné en 1616 par le tribunal de l'Inquisition qui lui interdit de diffuser ses théories.

Le pape Urbain VIII, son ami et protecteur, l'autorise néanmoins à comparer les cosmologies de Copernic et Ptolémée. Il s'exécute sans se faire prier et publie en 1632 ses conclusions, favorables à Copernic, sous la forme d'un dialogue imaginaire entre trois amis : Dialogue sur les deux grands systèmes ptolémaïque et copernicien.

Cela lui vaut d'être à nouveau traduit devant la Sacrée Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle, le 12 avril 1633, dans le couvent Santa Maria de Rome. Eppure, si muove (« Et pourtant, elle tourne ») aurait-il alors murmuré. Son ami le pape réussit heureusement à adoucir ses sanctions.

Joseph Nicolas Robert-Fleury, Galilée devant le Saint-Office au Vatican, 1847

Exil et réhabilitation

Après sa rétractation, Galilée est banni dans le hameau d'Arcetri en Toscane, avec toujours l'interdiction de diffuser ses thèses. Ses disciples Viviani et Toricelli vont heureusement poursuivre ses recherches.

Le grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, petit-fils de Ferdinand Ier, se montre plein d'égards pour le génie de Galilée. Il commande un portrait du vieil homme désabusé à Julius Sustermans.

Tout autant épris de sciences, son frère le cardinal Léopold de Médicis fonde en 1657 à Florence l'Accademia del Cimento (Académie de l'Expérience), en hommage aux méthodes galiléennes d'observation et d'expérimentation. C'est la première académie de sciences naturelles en Europe. Elle témoigne de l'extraordinaire bond accompli par les sciences et la recherche au XVIe siècle, le siècle scientifique par excellence.

En 1992, le pape Jean-Paul II a annulé solennellement les conclusions du tribunal de 1633 et réhabilité l'infortuné Galilée.

Alban Dignat
L'astronomie moderne, le fruit d'un travail d'équipe

Nicolas Copernic est passé à la postérité pour avoir proposé un nouveau système du monde cohérent, qui rend justice à la perfection divine, contre les modèles parcellaires de son temps : « Et l’on peut comparer leur œuvre à celle d’un homme qui, ayant rapporté de divers lieux des mains, des pieds, une tête et d’autres membres (très beaux en eux-mêmes, mais non point formés en fonction d’un seul corps et ne correspondant aucunement), les réuniraient pour en former un monstre plutôt qu’un homme » (Kepler). Mais pour justifier ce système si contraire à l’intuition, Copernic se contentait d'affirmer que la Terre était en mouvement sans qu’on le sente.
Un demi-siècle plus tard, Tycho Brahe (1546-1601) le lui reprocha. Lui-même multiplia les observations minutieuses pendant 22 ans sans pouvoir déceler d'explication satisfaisante aux mouvements des planètes. C'est en définitive son associé Johannes Kepler (1571-1630) qui, bien que myope, allait s'en sortir par le biais des mathématiques. Mais il brilla aussi par ses hypothèses physiques, comblant en partie les manques de Copernic et montrant que la Terre et les planètes étaient de nature semblable. Son contemporain Galilée (1564-1642), fort des données empiriques révélées par sa lunette astronomique, en termina définitivement avec la philosophie naturelle d’Aristote et posa les bases de la dynamique moderne. Il ne restera plus qu'à attendre Isaac Newton pour qu’une force attractive, la gravitation universelle, remplace les forces motrices de Kepler.

Publié ou mis à jour le : 2022-03-01 10:45:28

 
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