Les érudits de la Renaissance sont des humanistes (dico), ce qui signifie dans la langue de l'époque qu'ils pratiquent les humanités, autrement dit les langues anciennes autres que le latin (langue commune des savants), principalement le grec et l'hébreu. Ils sont fascinés par l'Antiquité, dont ils admirent les auteurs, les artistes et les scientifiques.
Mais ce sont aussi des hommes de sciences à l'image de Léonard de Vinci, qui place l'homme au centre de ses études. Ils entretiennent entre eux une abondante correspondance, généralement en latin, la langue commune de tous les hommes cultivés jusqu'aux Temps modernes. Le Hollandais Érasme, par exemple, correspond avec Rabelais aussi bien qu'avec l'Anglais Thomas More. Ainsi circulent les idées.
Les romans de Rabelais nous en apprennent beaucoup sur ce que doit être un savant au XVIe siècle : dans Pantagruel, paru en 1532, le père, Gargantua, écrit à son fils, Pantagruel, parti étudier à Paris : « J'entends que tu apprennes les langues parfaitement. Des arts libéraux, géométrie, arithmétique et musique, je t'en donnais quelque goût lorsque tu étais petit. Poursuis le reste. De l'astronomie, connais toutes les règles. Quant à la connaissance de l'histoire naturelle, je veux que tu t'y adonnes avec curiosité. Puis avec soin, relis les livres des médecins grecs, arabes et latins et par de fréquentes dissections acquiers-toi une parfaite connaissance de l'autre monde qui est l'homme ».
Un renouvellement de l'esprit scientifique
À la fin du XVe siècle, l'Italien Pacioli enseigne les mathématiques à partir des auteurs grecs : il pense que l'univers est régi par des lois qu'il faut découvrir. Il rédige un traité de géométrie paru en 1509, La divine proportion. Cet ouvrage est le fruit d'une collaboration étroite avec de nombreux érudits de l'Italie moderne : Léonard de Vinci y a dessiné les figures géométriques, tandis que des peintres ont expliqué tout le bénéfice des mathématiques et de la géométrie pour obtenir les proportions idéales du corps humain, et maîtriser les règles de la perspective en peinture.
De tels travaux sont longs et nécessitent parfois du matériel, pour mener à bien ces expériences. Des princes, passionnés par les arts et les sciences, financent les travaux de ces savants : ce sont des mécènes. En Italie, Pacioli est soutenu par le jeune duc d'Urbino.
En France, le roi François Ier fait venir Léonard de Vinci à sa cour ; le savant italien dessine les plans d'un magnifique escalier à double colimaçon pour son château de Chambord (ceux qui montent un escalier ne croisent pas ceux qui descendent les marches de l'autre). De fait, l'art de la Renaissance est intimement lié aux progrès des sciences comme les mathématiques et la géométrie.
Une démarche empirique fondée sur l'expérience et l'observation
L'observation devient le moteur de la pensée scientifique pour parvenir à des certitudes. « Que rien ne te soit inconnu », écrit Gargantua à son fils Pantagruel sous la plume de Rabelais. Gargantua encourage Pantagruel à pratiquer la dissection pour mieux saisir le corps humain. Et c'est une pratique avérée : le Français Ambroise Paré, en découvrant le fonctionnement de la circulation sanguine, inaugure la chirurgie moderne. De son côté, le Flamand André Vésale étudie le cerveau, la musculature et les nerfs.
La connaissance de l'anatomie humaine progresse pour le plus grand bien de la médecine mais aussi de la peinture, où s'affiche le souci des bonnes proportions, ainsi que l'attestent les innombrables croquis réalisés par Léonard de Vinci à partir de ses dissections.
Les intellectuels modernes observent le monde qui les entoure pour espérer tout en saisir. En cela, ils renouvellent l'approche scientifique comme l'écrit Galilée dans Le discours concernant deux sciences nouvelles en 1638 : « l'expérience était commencée plusieurs fois ». Ces savants fondent désormais leur raisonnement et leurs conclusions en faisant des expériences répétées : c'est la « méthode empirique » qui s'épanouira au siècle suivant, le Grand Siècle des Sciences.
Les idées reçues ont la vie dure
En attendant, les innovateurs se heurtent à la résistance de l’Église. Secouée par la Réforme luthérienne, elle se fait méfiante à l'égard de découvertes scientifiques qui contredisent les Anciens et lui semblent remettre en cause la Bible. Vésale est condamné par l'Inquisition. D'autres savants, conscients du danger que représente leur découverte, évitent de publier de leur vivant : Copernic fait publier son ouvrage Des révolutions des sphères célestes qu'après sa mort.
Jusqu'au début du XVIIe siècle, l’Église interdit aussi la dissection des cadavres. C'est ainsi que Léonard de Vinci ne publie qu'après sa mort le Traité sur la peinture, dans lequel il reconnaît avoir pratiqué la dissection sur des cadavres. Mais dès 1632, dans La leçon d'anatomie du docteur Nicolas Tulp, Rembrandt met en scène un médecin hollandais en train de disséquer un cadavre, tandis que ses confrères présents autour sont tour à tour fascinés par la maîtrise du savant, méfiants du regard, ou encore surpris d'avoir été découverts... par le spectateur.
Enfin, les découvertes anatomiques de Vésale ne font pas disparaître les conceptions héritées de l'Antiquité. Depuis Gallien, un savant grec du IIe siècle, on continue de penser que le corps est sujet à des « humeurs » liquides : le sang (entretient la vie), l'atrabile (cause de la mélancolie, ou dépression, et de l'hypocondrie, ou sentiment d'être malade), la phlègme (responsable du calme) et la bile (cause de la colère). On préconise en conséquence des saignées pour purifier et rééquilibrer les humeurs du corps. Cette médecine repose sur la formulation de théories qui précède la pratique, mais jamais sur l'observation.




Un nouvel esprit scientifique










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