Né en 1884 en Bohême, Édouard Bénès (Edvard Beneš) s’exile à Paris pendant la Première Guerre mondiale et milite au côté de Thomas Masaryk pour la disparition de l’Autriche-Hongrie, puissance tutélaire de son pays. Il préfère cela à sa transformation en une fédération souple dans laquelle la Bohême aurait tenu une place honorable.
Bénès et Masaryk obtiennent la création de la Tchécoslovaquie, une Autriche-Hongrie en miniature dans laquelle les Tchèques dominent des minorités slovaques, allemandes, polonaises et autres. Ce faisant, Bénès et Masaryk ne voient pas que le danger qui les menace n’est plus Vienne mais Berlin.
Devenu ministre des Affaires étrangères du nouvel État puis président de la République en 1935, Édouard Bénès doit à nouveau fuir après les accords de Munich et s’exile cette fois aux États-Unis.
Après la chute du nazisme, il commet encore une fois la même erreur en persistant à voir l’avenir avec les lunettes du passé. Mal remis de son ressentiment envers l’Allemagne et ses anciens alliés, il signe les décrets Bénès par lesquels il expulse les Allemands des Sudètes et les Hongrois de Slovaquie.
Il fait par ailleurs les yeux doux à Staline et, du coup, ne peut empêcher les communistes de s’emparer du pouvoir en 1948. Il meurt peu après avoir donné sa démission. À l’image du leader tchèque (1879-1948), il arrive que des responsables politiques et des leaders d’opinion se laissent aveugler par le passé et ne saisissent pas les retournements de l’Histoire. C’est ce que j’appelle le « syndrome de Bénès ».










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