Dieppe

Toutes voiles dehors

Dieppe (Seine-Maritime) sur la Manche (source : wikipedia)Dieppe (Seine-Maritime) est aujourd'hui une cité paisible de 30 000 habitants sur le littoral de la Manche, à 60 kilomètres de Rouen. 

L’histoire de Dieppe, dont l’existence est attestée depuis les alentours de l’an mille, ne fut pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. D’abord point de transit privilégié entre la Normandie et l’Angleterre au temps des ducs-rois, la cité portuaire devint ensuite une place stratégique d’importance, face à une Albion d’humeur souvent belliqueuse.

Albert Lebourg, Le Port de Dieppe, 1893, Toulouse, Fondation Bemberg.Ses dix longs siècles d’odyssée regorgent d’épopées maritimes, sur fond de fracas des canonnades, de parfums d’épices venues d’horizons lointains, de voiles claquant au vent et de ces chants de matelots, si chers à Mallarmé.

« Ny les feux des souffres ardents,
Ny des pyrates l’équipage
Pillant sur la mer en tout temps,
N’ont faist en ceste nef dommage :
Quoy que souvent par grand orage
Soit assaillie ; elle est habille,
Elle sçait de bien nager l’usage
Elle a bon mast, et ancre et quille. »

C’est là le premier couplet de la Ballade sur le blason et devis des armoieries de la ville de Dieppe, dédiée à la Vierge, composée à une date indéterminée par les Dieppois eux-mêmes pour témoigner de leur résilience face aux caprices de la nature et aux assauts des hommes. « Pyrates », « souffres ardents », « grand orage », « bon mast, et ancre et quille » : toute l’histoire de la cité pourrait presque se résumer par ces quelques mots. Jugez plutôt.

Le château de Dieppe, veillant sur la falaise surplombant la ville (© Stéphane William Gondoin).

Une cité commerçante

Simple port de pêche au nom d’origine viking, dont l’existence est attestée en 1030, Dieppe prend de l’importance avec la conquête de l’Angleterre par les Normands, dans les années 1066-1071, en devenant un point essentiel du trafic transmanche.

Pillée et incendiée une première fois par Philippe Auguste en 1195, la cité tombe dans l’escarcelle du Capétien, comme l’ensemble de la Normandie, en 1204. Elle tisse alors de nouveaux liens commerciaux, notamment avec la Ligue hanséatique.

Buste de Jean Ango, au château-musée de Dieppe (© Stéphane William Gondoin).Au XIVe siècle, durant une pause dans la guerre de Cent Ans, des marchands dieppois se lancent dans l’exploration des côtes africaines et établissent des comptoirs sur les côtes actuelles du Libéria et du Ghana pour importer ivoire et épices. Mais l’invasion de la Normandie par les Anglais, dans les années 1417-1419, avec à la clef l’occupation de leur ville, met un terme à ces aventures.

Au lendemain du conflit, les navigateurs normands tentent de recouvrer leurs anciennes positions africaines, mais elles sont dorénavant la propriété des Portugais, qui les reçoivent à coups de canons. Nos Dieppois tournent donc la proue de leurs vaisseaux vers le Nouveau Monde. Certains d’entre-eux, à l’image de Jean Ango, n’hésitent pas à se lancer dans la guerre de course.

Ango assure ainsi sa prospérité en capturant les navires ramenant vers l’Espagne le fabuleux trésor de Cuauhtémoc, dernier des empereurs aztèques. Cette richesse colossale lui permet de financer les expéditions du Florentin Giovanni da Verrazzano, qui découvre en Amérique l’emplacement de la future ville de New York, et celle des frères Parmentier, qui doublent le cap de Bonne-Espérance et atteignent les côtes de Sumatra.

Alexander Joseph von Steuben, Marquis Abraham Duquesne, Londres, Royal Museums Greenwich. En agrandissement, statue d’Abraham Duquesne, à Dieppe (© Coll. Stéphane William Gondoin).Toutes les connaissances acquises en matière de navigation donnent naissance à l’école hydrographique de Dieppe, qui éditera cartes et portulans, et formera des générations de navigateurs.

Ainsi Abraham Duquesne, l’un des grands marins au service de Louis XIV. On retrouvera aussi nombre de Dieppois parmi les fameux flibustiers qui feront régner la terreur sur les Caraïbes durant tout le XVIIe siècle, depuis la célèbre île de la Tortue.

Cet âge d’or s’achève le 22 juillet 1694, quand une armada de 120 vaisseaux anglais et néerlandais mouille au large du port. Les habitants comprennent vite de quoi il en retourne et fuient au loin, pendant que 1 100 boulets pleuvent sur leur cité et la détruisent à 70 %.

Jacques-Émile Blanche, La plage de Dieppe face au Casino, musée des Beaux-Arts de Rouen. En agrandissement, dans les salles du château-musée de Dieppe souffle le vent du large (© Stéphane William Gondoin).

Déclin et renouveau

C’en est pratiquement terminé du commerce à l’échelle planétaire, en quête d’épices et de tabac, du bel ivoire et de son tissu artisanal local, du temps de la flibuste et des expéditions d’exploration au long cours. Reconstruite de 1712 à 1720 sur les plans de l’architecte Antoine de Ventabren, grand admirateur de Vauban, Dieppe consacre désormais l’essentiel de ses forces vives à l’halieutique.

La ville connaît un renouveau au XIXe siècle grâce à la mode des bains de mer et devient une station très prisée du Tout-Paris, mais aussi…. du Tout-Londres ! L’arrivée du train en 1848, et l’établissement de lignes permanentes assurées par des vapeurs avec l’Angleterre, facilitent cet essor. Dieppe se dote d’hôtels, de splendides villas et d’un casino. À côté des beaux quartiers vit cependant une population très pauvre, qui tire essentiellement sa subsistance de la pêche.

Épargnée par la Première Guerre mondiale, Dieppe est en revanche frappée de plein fouet par la Seconde. Les Alliés y tentent un débarquement le 19 août 1942, qui se solde par un échec sanglant. Elle subit par ailleurs de lourds bombardements en 1944. Abandonnée par les Allemands le 31 août de cette même année, après avoir fait sauter les installations portuaires, elle est libérée par les Canadiens le lendemain.

Publié ou mis à jour le : 2021-06-03 12:47:25

 
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