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Splendeur des églises et abbayes médiévales

Notre-Dame de Paris au drapeau bleu blanc rouge, vers 1832, François-Étienne Villeret, Poursuivons notre tour de France avec les églises médiévales. Là encore, impossible de faire une liste exhaustive : c’est avec une subjectivité assumée que nous posons ces quelques jalons pour vous inviter à (re)découvrir les églises sur vos lieux de vacances et à nous faire part de vos coups de cœur.

Bien sûr il y a Notre-Dame de Paris, dont l’incendie de la toiture a tous les aspects d’une catastrophe nationale. Pourtant, oserons-nous dire qu’on peine à imaginer le Moyen Âge quand on la contemple, tant son environnement et son parvis dégagé, rectilignes, rappellent plus l’ordre strict haussmannien que l’atmosphère populacière décrite par Victor Hugo, et que nous préférons Saint-Pierre de Montmartre, bien cachée par la hideuse basilique à quelques pas, ou encore Saint-Germain des Prés qu’on finit par ne plus voir, obnubilés que nous sommes par les gargotes snobs à proximité ?

Bien sûr,  il y a la Merveille du Mont-Saint-Michel et Chartres, célèbres dans le monde entier. Bien sûr, il y a la cathédrale de Strasbourg, à la fois massive et incroyablement légère pour qui la découvre à la tombée de la nuit, dans sa parure de grès rose. Mais si nous devions établir un palmarès subjectif, aucune de ces « superstars » n’y figurerait.

Mont Saint-Michel. En agrandissement : vue de la cathédrale surplombant Chartres.

Saint-Sernin de Toulouse y tient en revanche une bonne place, merveilleuse preuve de ce que l’art roman n’est pas nécessairement sombre et obscur. Siroter un café en contemplant la perfection de son abside est un moment inoubliable, et la journée romane se poursuit avant d’aller visiter le cloître de Moissac et ses extraordinaire chapiteaux. 

À quelques dizaines de kilomètres, Sainte-Cécile d’Albi rappelle que le style gothique ne se limite pas à un grand Bassin parisien, mais qu’il en existe aussi des déclinaisons méridionales. C’est surtout pour ses peintures qu’on visite cette nef de briques, dont le Jugement dernier, réalisé à la fin du XVe siècle. 

Basilique Saint-Sernin de Toulouse. En agrandissement : la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi.

Elles rappellent que les églises dépouillées et grises ou blanches auxquelles nous sommes habitués n’étaient en rien la norme. Caen a la chance d’avoir non pas une, mais deux églises abbatiales romanes merveilleuses, celle de « l’Abbaye aux Hommes » (Saint-Étienne) et celle de l’Abbaye aux Dames ...

Parmi les grandes églises cathédrales urbaines au nord de la Loire, on recommandera particulièrement, outre celle d’Amiens, Notre-Dame de Laon, entre autres pour son environnement et l’atmosphère de préfecture endormie qui règne sur la vieille ville au sommet de la colline. Dans le même style, Autun – ville que tout amateur d’histoire se doit d’avoir visitée – et le tympan de la cathédrale Saint-Lazare sont incontournables, d’autant que la Bourgogne a un nombre impressionnant d’édifices romans. Il suffit pour s’en convaincre de monter à Vézelay, la « colline inspirée », pour s’en convaincre.

Cathédrale Notre-Dame de Leon. En agrandissement : cathédrale Saint-Lazare d'aucun.De nombreux circuits se présentent au curieux, par exemple pour visiter les églises romanes de Saintonge. Mentionnons celui qui rejoint les églises romanes d’Auvergne, Notre-Dame du Port à Clermont-Ferrand (portus signifiant lieu d’échanges commerciaux, et non port), Saint-Austremoine d’Issoire, repeinte au XIXe siècle, Saint-Nectaire, Notre-Dame de Saint-Saturnin, et surtout la basilique Orcival dans son écrin de verdure. Le visiteur souhaitant prolonger le voyage peut pousser jusqu’à Saint-Julien de Brioude (Haute-Loire), plus au sud et de là jusqu’à Notre-Dame du Puy-en-Velay.

Un peu partout, des vestiges d’abbayes et monastères se dressent dans des paysages sublimes et il est difficile, lorsqu’on les visite sous le soleil, de croire que leur localisation répond à une volonté d’affronter la « sauvagerie » et un monde hostile mise en avant, avec beaucoup de complaisance, par les auteurs médiévaux. Au milieu des champs de lavande, Senanque (Vaucluse), par exemple, pas plus que ses « sœurs » cisterciennes du Thoronet (Var), Fontenay (Côte d’Or) et Silvacane (Bouches-du-Rhône), ne donne une impression de milieu hostile, même si les apparences perçues par le voyageur du XXIe siècle ne sont pas celles des moines d’il y a un millénaire. 

Même impression agréable à l’extraordinaire abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron). Voir Saint-Michel de Cuxa (Pyrénées-Orientales) au milieu des vergers pourrait aussi faire oublier les difficultés qu’ont affrontées ses bâtisseurs. La douceur angevine qui baigne Fontevraud (Maine-et-Loire) et ses gisants en ôte le caractère dramatique. En revanche, on perçoit très bien l’effroi que pouvait inspirer la nature sauvage de la reculée de Baume-les-Messieurs (Jura) d’où partirent au Xe siècle les fondateurs de Cluny.

Des cathédrales urbaines aux chapelles rurales, des plus petites églises de village aux majestueuses abbatiales, chacun trouvera son compte pour des vacances historiques et spirituelles ! N’hésitez pas à nous faire part de vos expériences et suggestions.

Tympan de la cathédrale Sainte-Foy de Conques. En agrandissement : l'abbaye de Saint-Michel de Cuxa.

Les églises d’avant l’An Mil

Baptistère Saint-Jean de Poitiers. En agrandissement : l'abbaye Saint-Victor de Marseille.À côté des églises romanes et gothiques du « beau Moyen Âge », on peut aussi désirer visiter les vestiges laissés par les hommes de l’Antiquité tardive ou du Haut Moyen Âge. S’agissant de la première, c’est souvent sous la forme de nécropole qu’on en retrouve les traces, comme sous la basilique de Saint-Denis. À Saint-Victor de Marseille, on sent peut-être plus qu’ailleurs la continuité et le poids de l’histoire, avec les nombreux sarcophages tardo-antiques de la crypte, dont certaines parties remontent au Ve siècle. Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, construit au Ve siècle puis réaménagé en église, rappelle que pendant longtemps, les non-baptisés ne pouvaient entrer dans les églises.

L’oratoire de Germigny des Prés (Loiret), érigée par Théodulf, proche de Charlemagne qui le nomma évêque d’Orléans, offre un exemple unique de mosaïque byzantine en France. Le plus souvent, les églises ont été reconstruites mais conservent des cryptes carolingiennes comme l’église de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, dont les fresques murales du IXe siècle sont parmi les mieux conservées qui nous soient parvenues. À quelques kilomètres, l’abbatiale de Saint-Pierre de Flavigny-sur-Ozerain (Côte-d’Or) présente aussi un rare témoignage de cette époque.

Plus tardive, l’impressionnante crypte de Sainte-Bénigne des Dijon, érigée vers l’An Mil, adapte en le développant le modèle carolingien.

Yann Coz

Publié ou mis à jour le : 2020-07-29 04:17:55

 
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