28 janvier 2015 - Scoop ! Charlie a 230 ans et s'appelle Figaro - Herodote.net

28 janvier 2015

Scoop ! Charlie a 230 ans et s'appelle Figaro

On pourrait croire la tirade ci-après écrite en janvier 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo. Elle sort en fait de la bouche de Figaro, le spirituel double de Beaumarchais, dans La folle journée ou Le mariage de Figaro !

À lire aussi : [Vers un nouvel antisémitisme]   [La laïcité au quotidien]

« Je broche une comédie, je crois pouvoir y fronder Mahomet, sans scrupule : à l'instant, un envoyé de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la sublime Porte, la Perse, une partie de la Presqu'Isle de l'Inde, toute l'Égypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : Chiens de chrétiens ! — Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant » (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1784).

Les Parisiens et Franciliens peuvent se délecter de cette pièce jusqu'au 21 février au Théâtre 14 (Paris, 14e), dans une mise en scène de Jean-Paul Ribout, ébouriffante, pleine de fraîcheur et de jeunesse.

Notre culture contre la terreur

Cette plainte touchante qui nous arrive du Siècle des Lumières est riche d'enseignements. En premier lieu, hélas, sur la permanence de l'obscurantisme et du combat pour la liberté d'expression :

Avec une nuance de mépris pour les princes mahométans « dont pas un ne sait lire », Beaumarchais met en lumière les deux moteurs de ce combat : la haine religieuse (« Chiens de chrétiens ! ») mais aussi l'illettrisme.

À point nommé, une chronique de Michel Guerrin, dans Le Monde (page 21, 24 janvier 2015) fait état d'un film jordanien qui se clôt par cette formule : « L'enfant arabe, en dehors de l'école, lit six minutes par an ». Le chroniqueur ajoute : « Des statistiques de l'Unesco ou de la Ligue arabe vont dans le même sens : 6 minutes pour l'écolier arabe contre 12 000 minutes pour l'écolier européen ». Tout est résumé dans ces chiffres : l'abrutissement qui guide des milliers de jeunes hommes vers le djihadisme et le terrorisme ; les difficultés d'intégration de beaucoup de jeunes Français issus de l'immigration musulmane et prisonniers de leurs traditions, qui n'ont pas reçu de leurs parents le goût de la lecture.

En second lieu, le cri de Figaro nous interpelle sur notre rapport à la culture. À notre culture.

Si nous voulons écarter les menaces graves qui pèsent sur notre société, si nous voulons offrir à notre jeunesse d'autres perspectives que la résignation, la révolte ou l'exil, ce n'est certainement pas avec un prêchi-prêcha sur la laïcité, la liberté d'expression, la tolérance, le vivre-ensemble et tant d'autres concepts abstraits qui échappent à la compréhension des collégiens lambda.

Cultivons plutôt l'amour de notre langue, à travers romans, films, théâtre, poésie. Cultivons l'amour de notre Histoire en redéfinissant un « roman national » vivant et moderne dans lequel chaque enfant se reconnaisse, un Game of Thrones ou Harry Potter labellisé historique et national. Soyons sans concession sur notre identité culturelle. Quand on a la chance d'être français (ou belge ou suisse ou canadien...) par naissance ou par adoption, on se prend d'amour pour notre héritage et l'on se donne pour vocation de le faire fructifier.

Plus important que tout, appelons la classe politique à faire preuve de lucidité et de courage plutôt que de jouer les pompiers pyromanes en dénonçant un prétendu « apartheid » et des discriminations dont souffriraient certaines fractions de la communauté nationale. « Pour vaincre le terrorisme islamiste, il faut arrêter de nier les évidences, il faut arrêter de se raconter des histoires ; il faut arrêter de dire que tout est intégralement notre faute », s'exclame Jacques Julliard (Marianne, N°297, 23 janvier 2015).

Ce discours culpabilisant que dénonce Jacques Julliard est doublement contre-productif car il renforce les déclassés dans leur ressentiment et nous décourage de promouvoir notre culture et notre héritage, voire de l'imposer...

Comment les jeunes déclassés des banlieues ethniques pourraient-ils être tentés d'écouter des élites françaises qui battent leur coulpe sans raison et ont peur de leur ombre ? Comment ne pas comprendre qu'ils soient davantage tentés de suivre les hurluberlus qui plastronnent sur internet, kalachnikov en bandoulière ?

Figaro au féminin

Allah est grand, la République aussi (Lydia Guirous, 2014, JC Lattès)Avec autant de courage et de vivacité que le héros de Beaumarchais, Lydia Guirous propose une vision constructive de la France en devenir dans son livre témoignage, Allah est grand la République aussi (JC Lattès, 2014).

Née en Algérie, diplômée de Science Po, la jeune femme raconte ses efforts pour s'arracher à la pression de son milieu et s'assimiler à son pays, la France.

Elle dénonce une politique d'« intégration » tissée de compromis bâtards, de lâchetés et de renoncements de la part des élus. Elle s'en prend aussi au nouveau discours en vogue sur l'« inclusion »  qui ferait porter sur les Français la charge de s'adapter aux immigrants et à leur culture.

Elle plaide pour une assimilation sans équivoque à une France fière d'elle-même, par le biais de l'école et de la culture.

Entendons-la.

Joseph Savès
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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