Rodin (1840 - 1917) - La sculpture à pleines mains - Herodote.net

Rodin (1840 - 1917)

La sculpture à pleines mains

Depuis plus d’un siècle, le nom d’Auguste Rodin fait rugir les critiques et accourir les foules… Qui aurait pu imaginer qu'un tel destin attendait un élève que l'école ne motivait guère ? Comme il refuse obstinément de briller dans les matières classiques, ses parents l'envoient, de guerre lasse, dans une école de dessin.

C'est le grand moment qui décidera de la vie d'Auguste Rodin. L'étincelle de l'art embrase son âme et il se jette à corps perdu dans... la sculpture. Sa passion ne s'éteindra jamais. En rupture avec la recherche de la beauté pure héritée de l'Antiquité, il privilégie l'expression des passions et laisse derrière lui 7 000 oeuvres aujourd'hui dispersées à travers le monde. Elles vont inspirer et interpeller tous les sculpteurs et artistes du XXe siècle...

Isabelle Grégor

« La Main de Dieu ou La Création », Auguste Rodin, 1896, musée Rodin, Paris.

Quelle « poire molle » !

C'est avec ce doux sobriquet que Jean-Baptiste Rodin désigne son cher fils, futur génie de la sculpture. Il est vrai que pour le moment rien ne semble prédisposer le fruit tendre de 14 ans à marquer de son nom l'histoire des Arts.

Rodin travaillant au buste du père Eymard, Charles Hippolyte Aubry, 1863, musée Rodin, Paris.Né le 12 novembre 1840, le petit Auguste tarde à faire honneur à sa modeste famille, à son père, simple garçon de bureau à la préfecture de police de Paris, et à sa mère Marie, pieuse et discrète. 

C'est pourtant du côté de cette femme effacée qu'il faut aller chercher l'origine de la vocation d'artiste de Rodin, puisque ses trois neveux, avec lesquels Auguste passe son temps libre, choisiront des métiers d'Art.

Mais pour le moment il se contente de copier les pages d'emballage de l'épicier chez qui travaille sa mère... et d'accumuler de piètres résultats scolaires. 

L'exil dans la pension de l'austère oncle Hippolyte, à Beauvais, n'ayant eu aucun effet notable, on abandonne tout espoir de faire un grand homme du petit Auguste, roux, malingre et myope. Et puisque sa mère et sa sœur Maria insistent pour qu'il soit envoyé dans la « Petite École » impériale de dessin, qu'il y aille !

De toute façon, avec un tel niveau, il n'est pas question d'espérer rejoindre la « grande école », celle des Beaux-Arts. Et puis, c'est gratuit, il ne coûte rien d'essayer...

« Copie d'après une scène antique, cortège de silène jouant du pipeau, suivi d'une panthère, de Bacchus et d'une ménade, un thyrse et une canthare à la main », avant 1860, Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.

Moine ou artiste, il faut choisir

Pour Rodin, c'est la révélation : il se jette à corps perdu dans le travail, couvre ses carnets de croquis, court les musées et les cours du soir, dévore les livres pour rattraper son retard.

Académie d'homme, entre 1854 et 1857,  Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.Ses amis Henri Fantin-Latour, Alphonse Legros puis Jules Dalou, futurs grands noms de l'Art, s'empressent de lui mettre entre les mains Virgile et Hugo et de lui remonter le moral lorsque le Cabinet des estampes lui refuse l'accès : pas de gribouilleur miteux sous les ors impériaux !

Qu'importe, il sait qu'il ne fera pas carrière dans le dessin mais dans la sculpture depuis qu'il a aperçu par une porte ouverte l'atelier de modelage de son école.

C'est un coup de cœur : « Pour la première fois où je vis de la terre glaise, il me sembla que je montais au ciel. […] J'étais dans le ravissement ».

Mais il est temps de passer à l'étape supérieure et de tenter le fameux concours des Beaux-Arts.

Feuilles de croquis, vers 1871, Auguste Rodin, musée Rodin, Paris.Quelle humiliation ! Par trois fois, le jury rejette l'œuvre de ce jeune homme.

Est-il trop empreint de l'esprit dix-huitièmiste de la « Petite École » alors que les Beaux-Arts ne jurent que par le néo-classicisme de Louis David ?

Il lui faut laisser pour le moment de côté ses ambitions et faire vivre sa famille. Pour cela, une seule solution : courir les ateliers et proposer sa main-d’œuvre. Par chance, Paris est en plein renouveau haussmannien et le travail, s'il n'est pas très valorisant, ne manque pas.

Mais en 1862, la vie de Rodin bascule avec la mort de sa chère sœur Maria, entrée au couvent après un chagrin d'amour. Auguste se sent tellement coupable de lui avoir présenté son ami Arthur, ce traître qui en a épousé une autre ! Que faire ? La suivre !

L'artiste abandonne tout espoir de carrière et devient frère Auguste chez les pères du Très-Saint-Sacrement. Heureusement pour l'Art, son supérieur le père Eymard comprend vite que la place du jeune homme n'est pas dans la prêtrise. Il l'invite à reprendre son indépendance, ce qui est fait quelques mois après ses velléités de noviciat.

Publié ou mis à jour le : 2019-11-07 18:54:47

 
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