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Opium

Des vertus appréciées en Europe comme en Asie


Dans l'imaginaire collectif, l'opium est bien souvent associé à la Chine, ou du moins à l'Extrême Orient à l'époque de la colonisation. Hergé, dont le fameux «Lotus bleu» s'avère être une fumerie d'opium, n'est sans doute pas étranger à cette représentation.

En Europe, un produit connu depuis l'Antiquité

Pourtant, le berceau du pavot est probablement la Suisse, ou du moins l'Europe... Sa culture se serait ensuite répandue dans tout le bassin méditerranéen : on en trouve des traces en Égypte et dans la Grèce antique, d'où vient le mot «opium». L'opium est aussi connu à Rome, comme le prouvent les textes de Pline l'Ancien, qui constate les propriétés analgésiques de la plante.

Après une période de recul au Moyen Âge, l'opium est de nouveau largement utilisé à l'époque moderne, où il est paré de toutes les vertus : il est censé soigner la peste, la malaria, les maux d'estomac... et bien sûr soulager la douleur, à une époque où l'on ne connaît pas le paracétamol. Aujourd'hui, ses propriétés anti-diarrhéiques et anti-toussives sont reconnues par les médecins.

Solide, liquide ou gazeux ?

Pour extraire l'opium de la fleur de pavot, il faut inciser la capsule et attendre qu'un suc épais s'en écoule. Très exigeante en terme de compétences, la culture du pavot exige également une forte intensité de main d'œuvre. La substance récoltée n'est pas chimiquement pure : elle contient de la morphine, des sucres, des résines, et ce dans des proportions très variables.

Historiquement, l'opium a d'abord été ingéré sous forme liquide ou solide. Gare, alors, à la surdose, qui pouvait s'avérer mortelle ! L'opium était d'ailleurs considéré comme un moyen efficace et indolore d'en finir avec ses jours.

Au XVIIe siècle, il commence à être absorbé sous forme de fumée, à une époque où le tabac se répand dans de nombreuses sociétés. En Indonésie, on prend par exemple l'habitude de fumer l'opium mélangé avec du tabac, tandis que perdure en Iran et en Inde l'habitude de l'ingérer. Au milieu du XVIIIe siècle, on se met à fumer de l'opium pur en utilisant une lampe pour le chauffer et une longue pipe. En France, l'habitude de fumer l'opium se propage à partir des milieux coloniaux et des ports de Toulon ou Marseille.

Aujourd'hui, temps des chimistes, on extrait les molécules actives de l'opium et on les synthétise pour faire, notamment, de l'héroïne.

En Europe, l'opium est utilisé notamment dans le laudanum, mais son usage déborde bien vite le champ de la médecine pour gagner celui du plaisir. S'il ne fait pas naître d'hallucinations, l'opium procure une sensation d'apaisement, comme l'écrit un de ses plus célèbres adeptes, Jean Cocteau : «L'opium dégage l'esprit. Jamais il ne rend spirituel», «L'opium nous désocialise et nous éloigne de la communauté. Du reste la communauté se venge. La persécution des fumeurs est une défense instinctive de la société contre un geste antisocial» (Opium). Baudelaire qualifie pour sa part sa fiole de laudanum de «vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas ! féconde en caresses et en traîtrises» (Le spleen de Paris).

En Asie, un instrument de la colonisation européenne

Les Européens intègrent l'opium dans le commerce régional qu'ils mènent à partir du XVIe siècle en Asie, en ajoutant de petites quantités d'opium à leurs chargements de poivre ou de cotonnades indiennes. L'Inde, autour de Benarès, s'impose progressivement comme la zone principale de production d'opium de bonne qualité. Des marchands hollandais et portugais en vendent de petites quantités à Java.

Mais les Anglais deviennent rapidement les vrais maîtres du jeu. Confrontés à l'explosion de la demande de thé en Angleterre, ils en achètent de grandes quantités en Chine. Ne trouvant aucun produit qui puisse intéresser les Chinois en échange de ce thé, ils sont contraints de les payer en argent, qui vient du Nouveau Monde. Un processus pour le moins coûteux et complexe ! Le seul produit pour lequel la demande chinoise s'avère élastique est finalement l'opium. Les Anglais créent ainsi une demande d'opium parmi les élites chinoises afin de rendre leurs opérations commerciales plus rentables.

À partir de 1760, l'East India Company prend le contrôle de zones de production d'opium au Bengale. En 1793, elle impose un monopole sur sa production, qui devient vite synonyme de qualité. Malgré la prohibition en vigueur, la consommation d'opium se répand à la vitesse de l'éclair parmi les élites de Chine - à cause de l'agressivité de l'offre mais sans doute aussi de la démoralisation qui frappe une partie de ces élites, en raison du blocage du système des examens impériaux, sorte d'ascenseur social à la chinoise.

En 1839, l'empereur dépêche un haut fonctionnaire à Canton pour mettre fin aux importations illégales d'opium. Lorsque celui-ci faire saisir et détruire des caisses de drogue, c'est un casus belli pour les Anglais. La guerre de l'opium aboutit à une cinglante défaite chinoise et permet aux Anglais de commercer librement après la signature du honteux traité de Nankin.

Le commerce de l'opium indien en Chine atteint son apogée dans les années 1880. Les énormes bénéfices qu'en tirent les Anglais leur permettent de financer la colonisation de l'Inde.

En Malaisie, ils mettent sur pied un système d'affermage de l'opium. Ce sont toujours des Chinois d'outre-mer qui gèrent les fermes. Ils disposent d'une clientèle captive, constituée par les coolies de leurs mines et plantations, pauvres hères pour dont l'opium constitue le seul moyen d'évasion. Ce système offre pour les colons l'avantage de faire reposer une partie importante des taxes sur les Chinois, une minorité souvent impopulaire.

De la drogue des élites au symbole de «l'homme malade»

À partir des années 1870, la production chinoise d'opium égale la production indienne, ce qui entraîne une baisse des prix et une démocratisation de la consommation. Offrir une pipe d'opium au visiteur devient aussi banal que de lui offrir une tasse de thé. Les nationalistes chinois font du fumeur d'opium le symbole de leur pays faible et malade, avachi et incapable de résister à la pression des puissances impérialistes. L'iconographie associe alors cette ancienne drogue des élites à la maigreur, la pauvreté. En 1906, le pouvoir impérial lance un plan anti-opium, qui obtient des résultats spectaculaires : en 1912, l'opium a presque disparu de Chine.

Parallèlement, l'opposition au commerce de l'opium monte en Europe. Une société est créée à Londres en 1874 pour demander son abolition. Des médecins dénoncent ravages de cette drogue dans les colonies. Les États-Unis l'interdisent aux Philippines. En 1943, le Royaume-Uni annonce qu'il supprimera la régie de l'opium quand il aura repris Singapour aux Japonais. L'ONU, après la SDN, pousse également à la suppression des monopoles.

Aujourd'hui, il reste deux grandes zones de production illégales d'opium dans le monde : le «croissant d'or», en Afghanistan et au Pakistan, et le «triangle d'or», entre la Thaïlande, la Birmanie et le Laos.

Béatrice Roman-Amat

Source : Xavier Paulès, auteur d'une thèse sur l'opium à Canton de 1906 à 1936.

Publié ou mis à jour le : 2010-11-22 19:01:11

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