Monuments Men - L'art, victime collatérale de la guerre - Herodote.net

Monuments Men

L'art, victime collatérale de la guerre

François Rousseau, historien et journaliste, a bien voulu nous confier l'article qu'il a consacré à Monuments Men, le film de George Clooney, sur les écrans le 12 mars 2014.

Cet article sera publié dans le magazine Batailles (avril 2014).

Monuments Men (George Clooney, 2013)Dans la lignée des grandes fresques épiques sur la Seconde Guerre mondiale, Monuments Men  raconte l’histoire vraie des professionnels de l’art envoyés en Europe à la fin du conflit pour récupérer les œuvres d’art volées par les nazis... Toujours est-il que ce film de George Clooney à la facture très hollywoodienne minimise singulièrement le rôle de la participante française - est-ce involontaire ? -.

Le personnage joué par George Clooney est inspiré de l’historien d’art George Stout, qui dirigeait déjà le groupe à l’époque. Il suivi le front de Caen à Aix-la-Chapelle, puis récupéra les œuvres spoliées cachées dans les mines à Siegen, Heilbronn, Merkers et Altaussee.

Le rôle de Matt Damon est proche du futur directeur du MET (Metropolitan Museum de New York), James Rorimer.

C’est lui qui entra en relation avec Rose Valland (Cate Blanchett), une conservatrice française dont le rôle est ici minimisé. En effet, elle fut bien présente au Jeu de Paume, le musée parisien qui servit d’entrepôt aux Allemands, et assista à une visite de Göring, venu faire ses emplettes, mais elle ne resta pas cantonnée à Paris après la Libération. 

Le film oublie qu’elle servit comme capitaine dans l’armée française et participa elle-même à la récupération ders œuvres !

Malgré l’accord du président Roosevelt et le soutien du général en chef Eisenhower, la tâche des Monuments Men fut quelquefois rendue compliquée par les unités combattantes qui, sur le terrain, ne faisaient pas de la protection des œuvres d’art leur priorité...

Dans les scènes de combats que montre le film, la tension dramatique est accrue par le manque d’expérience militaire des hommes de l’art. Sur la fin du conflit, ils entrent dans une course contre Hitler, qui a signé le décret Nero, ordonnant que tout soit détruit en Allemagne, y compris les œuvres d’art.

Symboliquement, on voit au début du film, le Führer devant une immense maquette du musée de Linz qui devait accueillir les œuvres volées, puis à la fin, cette maquette détruite par les bombardements.

L'actualité rattrape la fiction

Le film a été tourné en décor naturel au sud de l’Angleterre, dans les studios allemands de Babelsberg et dans le massif du Harz au nord de l’Allemagne pour les scènes dans les mines. Plus de mille copies d’œuvres d’art auraient été utilisées.

Sa sortie a bénéficié d'un écho inattendu dans l'actualité avec la découverte à Salzbourg de 1400 tableaux amassés pendant la guerre par le marchand nazi Hildebrand Gurlitt et depuis lors cachés par son fils. Notons ce marchand avait obtenu des Monuments Men, en 1950, la restitution de 115 oeuvres de provenance douteuse provenant de la liquidation du Collecting Point de Wiesbaden. Rien n'est simple...

On évalue de façon très sommaire à 45.000 le nombre d'oeuvres d'art volées en France par les nazis et qui auraient été restituées à leurs propriétaires légitimes après la guerre. À cela s'ajoutent quinze mille oeuvres dont on ne retrouve pas la trace et deux mille cinq cents dont on recherche encore les propriétaires, éparpillées dans les musées nationaux sous l'étiquette MNR (« Musées Nationaux Récupération ».

François Rousseau (magazine Batailles, avril 2014)

 

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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