Maurice Couve de Murville (1907 - 1999) - Haut fonctionnaire égaré en politique - Herodote.net

Maurice Couve de Murville (1907 - 1999)

Haut fonctionnaire égaré en politique

Maurice Couve de Murville, personnalité discrète et aujourd'hui oubliée, a été l'inamovible ministre des Affaires étrangères du général de Gaulle dans les années 1960 avant de devenir brièvement son Premier ministre. 

Il a fait l’objet d’un des plus éclatants hommages rendus par le général de Gaulle dans ses Mémoires d’Espoir : « Maurice Couve de Murville a le don. Au milieu des problèmes qui se mêlent et des arguments qui s’enchevêtrent, il distingue aussitôt l’essentiel de l’accessoire, si bien qu’il est clair et précis dans des matières que les calculs rendent à l’envi obscures et confuses. Il a l’expérience, ayant, au cours d’une grande carrière, traité maintes questions du jour et connu beaucoup d’hommes en place. Il a l’assurance, certain qu’il est de demeurer longtemps au poste où je l’ai appelé. Il a la manière, habile à prendre contact en écoutant, observant, notant, puis excellant, au moment voulu, à formuler avec autorité la position dont il ne se départira plus. Il a la foi, persuadé que la France ne saurait durer qu’au premier rang, qu’avec de Gaulle on peut l’y remettre, que rien ne compte ici-bas excepté d’y travailler ».

Maurice Couve de Murville (24 janvier 1907 - 24 décembre 1999) à l'hôtel Matignon en 1969 (DR)Même en faisant la part du fait qu’à l’époque de la rédaction de ces Mémoires fin 1969, Couve de Murville bénéficiait d’avoir été le troisième et ultime Premier ministre sans avoir encore eu le temps de décevoir le fondateur de la Vème République dans un poste qu’il occupa moins d’un an jusqu’à l’échec du référendum d’avril 1969, il reste qu’un tel éloge tranche sur le souvenir assez falot que le personnage a laissé. Un retour sur sa carrière s’avère plein d’enseignements sur l’histoire de l’avant et l’après-guerre.

Il est convenu d’écrire que Couve de Murville est issu - comme le socialiste Michel Rocard - de la « HSP » (Haute Société Protestante), même si cela fut sans influence sur la prédilection que lui vouait le général.

Il appartenait surtout à l’élite intellectuelle et administrative dans laquelle de Gaulle puisait ses collaborateurs et ministres, du conseiller d’État Michel Debré au normalien Georges Pompidou en passant par l’administrateur de la France d’Outre-Mer Pierre Messmer et l’ingénieur des mines Pierre Guillaumat.

Né en 1907 à Reims, lauréat du concours général en 1922, reçu au concours de l’Inspection générale des finances en 1930, il devient en septembre 1940 Directeur des Finances Extérieures et des Changes du régime de Vichy (poste qui équivaut à celui de n°2 de l’actuelle Direction du Trésor), ce qui le conduit notamment à faire partie de la délégation française à la Commission d’armistice de Wiesbaden.

Il quitte Vichy en mars 1943 pour rejoindre Alger, où il travaille d’abord auprès du général Giraud, avant d’être nommé en juin 1943 commissaire aux finances du Comité français de la libération nationale, puis de se rallier au général de Gaulle.

A la Libération, il passe de l’administration des finances à la diplomatie pour être nommé ambassadeur à Rome par le gouvernement provisoire de la République en 1945, puis aux postes successifs d’ambassadeur de France au Caire, auprès de l'OTAN, à Washington et enfin à Bonn par les gouvernements de la IVe République.

À son retour au pouvoir en juin 1958, le général de Gaulle le retrouve dans la position d’ambassadeur le plus ancien dans le grade le plus élevé et le nomme ministre des affaires étrangères : il y restera dix ans jusqu’aux événements de mai 1968, qui le voient passer au ministère des finances durant un mois puis à Matignon le 10 juillet 1969.

Sa longévité au Quai d’Orsay le place juste après les treize ans de Vergennes sous Louis XVI, et lui permet d’appliquer avec continuité une politique étrangère largement inspirée par le chef de l’État (on se souvient encore du « Vive le Québec libre ! »), qui lui vaut l’hommage rappelé en préambule.

Son passage à Matignon ne laisse guère de souvenir notable puisqu’il est impuissant à dissuader le général de se lancer dans l’aventure incertaine du référendum sur la régionalisation et le Sénat, dans laquelle ce dernier ne voyait peut-être que l’occasion d’une sortie en beauté.

Ce passage provoquera surtout sa rupture personnelle avec son prédécesseur à Matignon Georges Pompidou, en raison de l’affaire Markovic mettant en cause de façon calomnieuse l’épouse de ce dernier, qui ne pardonnera pas l’absence de soutien des pouvoirs publics en cette occasion délicate : après l’élection de Georges Pompidou à l’Élysée en 1969, Maurice Couve de Murville ne fera plus partie du gouvernement.

Il n’a jamais lui-même fait l’objet de calomnie, sans doute parce que personne ne voyait en lui autre chose qu’un haut fonctionnaire nommé au gouvernement mais inapte à de plus hautes destinées (il sera d’ailleurs battu par un autre membre de la HSP, Michel Rocard, à l’élection législative partielle déclenchée en juin 1969 pour lui permettre de retrouver son poste de député).

Maurice Couve de Murville ne méritait certes pas d’être calomnié, mais l’eût certainement été s’il avait représenté un danger dans la course à l’Élysée : il suffit de se souvenir de l’usage qui a été fait du passage de François Mitterrand comme agent contractuel de Vichy et adjoint au directeur du commissariat au reclassement des prisonniers de guerre (poste inférieur en responsabilités à celui de N°2 du Trésor) entre janvier 1942 et sa démission en janvier 1943 (donc deux mois avant celle de Couve de Murville), pour se consacrer pleinement à un mouvement de résistance d’abord patronné par le général Giraud, après avoir été entre-temps décoré de la francisque.

Mais Maurice Couve de Murville n’a jamais caché, dans sa biographie officielle, avoir été lui aussi été décoré de la francisque comme tous les dignitaires de Vichy. Le général de Gaulle le savait bien et a toujours évité d’accabler lui-même son opposant François Mitterrand sur son parcours personnel jusqu’en 1943, comme le montrent ses Mémoires de Guerre et le fait que Mitterrand avait été retenu dans la liste de la quinzaine de secrétaires généraux de ministères qui assurèrent en août 1944 l’intérim du gouvernement provisoire, avant l’arrivée des ministres.

Michel Psellos
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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