L’Histoire de France comme si vous y étiez (épisode 2)

Marin vénète, sus à Jules césar !

L’Histoire de France… dont vous êtes le héros ! Avec Vincent Boqueho, scientifique et passionné d'Histoire, vous êtes au cœur de l’action, au plus près des événements et des personnages.

Dans son livre L’Histoire de France comme si vous y étiez, publié par Armand Collin en partenariat avec Herodote.net, notre collaborateur plonge le lecteur dans la réalité qu’il décrit et le met dans la peau des protagonistes !

Dans le premier épisode, vous avez vécu les aventures d'un Homo sapiens durant la glaciation de Würm, il y a 35 000 ans. Vous voici à présent au cœur de la conquête romaine de la Gaule. Et contre toute attente, elle ne fut pas facile ! Fier marin vénète qui écumez le golfe du Morbihan, vous n'avez pas fini de donner du fil à retordre à Jules César...

Bataille navale des vénètes, 56 av.J.-C., @Vincent Boqueho.

Conflits sanglants sur l’océan (-56, golfe du Morbihan)

Vous êtes un marin vénète et vous habitez sur les rives du golfe du Morbihan. Vous êtes confiant et fier à la fois, car preuve est faite que vous avez su trouver la faille : les Romains ont rencontré plus fort qu’eux.

Tout a commencé l’année dernière : les victoires des Romains contre les Celtes, les Germains et les Belges vous sont parvenues avec une incroyable rapidité. Suite à ces premiers succès, l’armée romaine a pris la route de l’ouest pour achever la conquête de la Gaule.

De façon un peu humiliante, le célèbre Jules César n’a même pas daigné participer à cette nouvelle expédition, bien convaincu d’avoir fait le plus difficile : c’est donc l’un de ses généraux, un certain Publius Crassus, qui s’en est chargé. Pour être honnête, un seul légionnaire aurait suffi : la Gaule toute entière était pétrifiée de terreur. Il s’est contenté de redescendre la Loire à la façon d’une croisière touristique, recevant la soumission de tous les peuples rencontrés. Puis il a pris ses quartiers d’hiver dans le pays nantais.

Bataille du Morbihan en 56 avant J.-C., Jean Colombe, enluminure du XVe siècle, Paris, BnF.Crassus a mis tous les peuples bretons à contribution pour nourrir son armée pendant l’hiver, mais c’était sans compter sur votre vaillance. Vous avez enjoint la péninsule bretonne à se soulever et elle a répondu présent. Il faut dire que vous bénéficiez d’une aura acquise de longue date : c’est vous qui recevez les marchandises venues des quatre coins de l’Armorique pour les expédier vers la Loire, la Garonne ou l’Espagne. C’est également vous qui gérez le commerce avec les Cornouailles.

Vous êtes un peuple riche et vous n’avez aucun rival sur la mer atlantique. Vos navires sont parfaitement conçus pour affronter les dangers de l’océan et votre flotte est immense. Les galères méditerranéennes accoutumées aux mers plus calmes vous font bien rigoler.

Quand les délégués romains sont venus exiger la nourriture demandée, vous les avez renvoyés chez eux sous une pluie de quolibets. L’armée romaine a réagi instantanément, mais comment s’emparer de votre capitale ?

Vous habitez une terre de marais qui interdit l’utilisation des machines de guerre ; et vous êtes immunisés contre les sièges puisque votre ville peut être ravitaillée par voie de mer. Votre place forte est tout simplement imprenable. Les Romains doivent d’abord couler vos navires, mais vous leur souhaitez bien du courage ! Engagé dans une guerre qu’il croyait terrestre, César n’a pas le moindre navire à disposition.

Dépités, les Romains finissent par disperser leurs légions sur le reste de la Gaule pour empêcher quiconque de rejoindre la rébellion des Armoricains : se sont-ils résolus à abandonner leur contrôle sur la péninsule ? Vous en êtes convaincu. Ils se contentent d’assurer la soumission des Gaulois de Normandie, des Proto-Basques de l’Aquitaine, et des Belges de la Mer du Nord.

Jules César ne revient d’Italie que fin avril et il tente à son tour quelques manœuvres terrestres, sans succès : vos villes, juchées sur des promontoires marins, lui sont inaccessibles. L’été passe, le Romain piétine, et Jules fulmine. Vous pensez avoir remporté la partie quand des messagers venus de l’estuaire de la Loire reviennent doucher vos espoirs : une flotte romaine est littéralement sortie de l’eau pendant l’été !

Les légionnaires ont exploité ces mois écoulés pour construire une centaine de navires : c’est à peine croyable ! Bateaux, camps fortifiés, machines de guerre… Les Romains savent bâtir n’importe quoi à la vitesse de la lumière ! Disons-le sans ambages : vous avez devant vous l’une des plus brillantes ingénieries militaires de tous les temps.

On vous annonce que la flotte romaine vient d’appareiller : aussitôt, tout le monde est sur le pied de guerre. Vous rejoignez le pont d’un navire et vous montez dans les voiles pour amorcer la manœuvre de sortie du golfe. A peine arrivés dans la baie de Quiberon, vous apercevez les mats des navires romains qui arrivent de l’est. L’avenir de cette guerre va se jouer au large des côtes de la presque-île de Rhuys.

Navire des Sept-îles, aquarelle de Jean-François Guével, reconstituant partiellement un navire vénète. L'agrandissement montre une trirème romaine.

C’est l’occasion pour vous de découvrir les techniques navales des Romains. Ils utilisent deux types d’attaque, l’éperonnage et l’abordage, mais aucune n’est efficace face à vos navires conçus pour affronter les puissantes vagues océanes : vos coques sont trop épaisses pour être percées et vos rebords sont plus hauts que les leurs : vous pouvez tranquillement les cribler de traits pendant qu’ils essaient vainement de grimper. En d’autres termes, les Romains sont démunis : ils sont incapables de couler vos navires. Et tant que vous tenez votre flotte, vous tenez vos villes.

Les heures passent et les Romains songent au repli. C’est alors que vous découvrez le redoutable avantage des bateaux ennemis : leurs galères fonctionnent à la rame tandis que vos navires utilisent la voile. Cela suffit, d’habitude : les vents ne tombent jamais très longtemps au large de l’Armorique. Mais lors d’une bataille navale, une heure de calme plat peut suffire pour mener au désastre, et c’est ce qui se produit en cette fin de journée.

Vos navires n’avancent plus tandis que ceux de l’ennemi, mus par la force d’une centaine de rameurs, ne perdent rien de leur maniabilité. Ils s’y mettent à plusieurs pour attaquer vos navires isolés et vous n’arrivez plus à riposter sur tous les fronts : les Romains montent sur le pont et commencent le carnage. Réfugié dans la mâture, vous êtes tué par un lancer de javelot. Ainsi n’assisterez-vous pas à l’anéantissement de votre peuple.

Car il faut vous le dire : César se sent humilié d’avoir subi une si longue insurrection de votre part. Pour la première fois depuis le début de la guerre des Gaules, il a bien cru devoir abandonner la partie. Une fois n’est pas coutume, il est rongé par le désir de vengeance et naturellement, c’est votre peuple qui va en faire les frais : une fois votre flotte détruite, les Romains s’emparent de vos villes, ils massacrent une partie des habitants et vendent les autres en esclavage. C’est efficace pour prévenir toute révolte future : il n’y a plus personne.

César s’empare de vos colossales richesses acquises par des siècles et des millénaires de commerce maritime. Le golfe du Morbihan formait comme un îlot de prospérité depuis l’érection du menhir de Locmariaquer il y a près de cinq mille ans ; mais du jour au lendemain, cette époque est révolue.

À la fin de l’année, toute la Gaule est occupée. Toute ? Non, car les villages du Massif Central résistent encore à l’envahisseur. Situés à l’écart des vastes plaines fertiles, ils n’ont pas encore vu venir jusqu’à eux les sandales des troupes romaines. Et pour César, c’est de là que va venir le plus gros danger…

[…]

Combat entre Romains et Gaulois, Évariste Vital Luminais,XIXe siècle, musée des Beaux-Arts de Carcassonne.

Le triomphe de Rome (-52, Alise-Ste-Reine, Côte-d’Or)

C’est un plaisir de vous retrouver, cher Jules, même si l’on vous a connu plus confiant. Il faut dire que la situation s’est passablement compliquée : depuis la victoire de Vercingétorix, la quasi-totalité de la Gaule s’est soulevée, même vos alliés de la première heure, les Eduens. Tout est à recommencer.

Les Gaulois coalisés se sont rassemblés à Bibracte, la capitale des Eduens. Vercingétorix y a poursuivi la stratégie qui a fait son succès : brûler les villes et les récoltes alentour pour empêcher le ravitaillement de votre armée. La cavalerie gauloise est fort nombreuse : quinze mille hommes environ. Cela lui permet de mener des raids sur les convois alimentaires qui arrivent de loin.

Il faut se rendre à l’évidence : vous avez tout perdu. À présent, vous n’avez plus qu’une idée en tête : sortir de ce bourbier et ramener saines et sauves vos légions jusqu’à la province de Gaule Transalpine. Cet incroyable renversement dans le cours de la guerre vous rend très irritable. Votre position à Rome s’en trouve terriblement affaiblie : vous n’avez plus aucune chance de faire de l’ombre à Pompée, plus puissant que jamais.

On est à la mi-août et vous arpentez la route qui serpente entre les collines bourguignonnes en direction de la Saône quand votre armée est attaquée par une puissante cavalerie de Gaulois soutenus par les Germains. Votre soudaine faiblesse a donné des ailes à Vercingétorix : constatant votre repli, il a décidé d’abandonner la tactique de la terre brûlée pour repasser à l’offensive. C’est une incroyable erreur de sa part que vous comptez bien exploiter : après tout, il vous reste peut-être une dernière chance ?

Vos soldats ne se laissent pas surprendre et mettent la cavalerie ennemie en déroute. Vous ordonnez aussitôt la contre-attaque contre l’armée de Vercingétorix. Les Gaulois se replient avec des pertes et trouvent refuge dans l’oppidum le plus proche : celui d’Alésia.

Reconstruction des fortifications d'Alésia, Archeodrome de Beaune, Merceuil, Bourgogne.Vous entamez le siège de la ville ; et comme Vercingétorix attend des renforts, vous faites ériger une double ligne de fortifications, l’une pour empêcher toute sortie d’Alésia, l’autre pour repousser toute attaque venue de l’extérieur. Sortent de terre respectivement seize et vingt-et-un kilomètres de palissades garnies de tours en bois, précédées d’un fossé et d’une solide rangée de pieux camouflés : un véritable champ de mines entoure maintenant l’oppidum.

Les renforts gaulois ne tardent pas à arriver : c’est la plus grande armée gauloise que vous ayez jamais vu depuis le début de cette guerre, près de trois cent cinquante mille hommes. Ils lancent l’assaut de nuit contre vos fortifications à l’aide d’échelles et de harpons tout en vous criblant de flèches. Vous avez du mal à soutenir le choc et la bataille se prolonge jusqu’au matin. Vercingétorix en profite pour tenter une sortie, mais il s’embourbe dans vos pièges.

Vous profitez de l’accalmie pour souffler un peu. Vous réalisez que les Gaulois ont beaucoup appris de vos propres tactiques : à présent, ils ont recours à des machines de sièges. Votre entêtement n’a fait que les rendre plus puissants qu’avant.

Les Gaulois ne tardent pas à lancer une nouvelle offensive, et cette fois les renforts extérieurs parviennent à synchroniser leurs actions avec les assiégés. Vos ennemis finissent par créer une brèche et un combat au corps-à-corps s’engage. Vous faites sortir votre cavalerie pour prendre les assaillants à revers : constatant qu’ils sont pris en tenailles, les Gaulois paniquent complètement. Ils cherchent à s’enfuir et se font tailler en pièces par votre cavalerie. C’est certain, la terreur inspirée par Rome n’a pas totalement disparu.

Guerrier gaulois, @Vincent Boqueho.Dans le camp ennemi, les pertes sont considérables. De votre côté, vous avez beaucoup souffert mais vous avez tenu bon. Quant à Vercingétorix, il n’a plus beaucoup de nourriture dans ses réserves. Aussi décide-t-il de se rendre pour sauver ce qu’il reste de son peuple. En voulant éviter le pire, vous avez obtenu le meilleur : la Gaule est maintenant toute entière sous votre empire. Pour récompenser vos soldats, vous leur donnez les guerriers gaulois survivants en guise d’esclaves. Quant à Vercingétorix, il devra assister à votre triomphe et sera jeté en prison.

La Guerre des Gaules est plus ou moins achevée. Il y aura bien quelques dernières révoltes l’année prochaine, mais sans grande incidence. Il faut dire que la démographie gauloise s’est effondrée à cause de leur résistance absurde. Quel gâchis ! Vous leur demandiez poliment de se soumettre et vous faisiez même preuve de clémence quand ils se rebellaient. Mais ils ont dépassé les bornes, ils vous ont mis en grave danger, et il vous a fallu réagir.

En un sens, cette dépopulation va s’avérer extrêmement bénéfique pour Rome : couplée à l’arrivée massive de citoyens romains, cela va considérablement accélérer l’introduction de la culture et de la langue romaines. La Guerre des Gaules apparaîtra plus tard comme l’une des révolutions majeures survenues sur le territoire français : la transformation d’une civilisation en une autre qui survivra pour les millénaires à venir. Bientôt les descendants des Gaulois devenus gallo-romains loueront votre mémoire en toute bonne foi, cher Jules, car c’est vous qui leur aurez apporté les lumières de la Civilisation.

En attendant, vous êtes à nouveau en position de force à Rome pour vous emparer du pouvoir suprême malgré l’opposition de Pompée. Bientôt vous allez franchir le Rubicon, la rivière qui sépare la Gaule Cisalpine de l’Italie, déclenchant une guerre civile aux conséquences tout aussi décisives. La République romaine est en train de vivre ses dernières années : de vos actions déclenchées en Gaule naîtra bientôt un nouvel ordre, l’Empire.

À suivre : Vous allez devenir chrétien !


Publié ou mis à jour le : 2019-05-17 16:01:35

 
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