Pologne, l'État phénix

Les partages de la Pologne (XVIIIe siècle)

Durant tout le XVIIIe siècle, la Russie va travailler à l'humiliation de la Pologne avec méthode : entretenir la désunion dans le pays, susciter des querelles intestines et intervenir par les armes au moment opportun. En 1764, c'est Stanislas Poniatowski, l'amant de Catherine II, qui monte sur le trône de Pologne car la Russie préfère un roi manoeuvrable plutôt qu'une Diète forte. 

Entre le XVIIème et le XVIIIème siècle, les chiffres sont éloquents. La Pologne est passée de 11 à 8 millions d'habitants et sa superficie de 990 000km² à 570 000km². Et les puissances étrangères continuent de placer leurs pantins au pouvoir.

C'est bien ce qu'illustre Voltaire en écrivant « […] Chaque gentilhomme a le droit de donner sa voix dans l’élection d’un roi et le pouvoir de l’être lui-même. Ce plus beau des droits est joint au plus grand des abus ; le trône est presque toujours à l’enchère, et comme un Polonais a été rarement assez riche pour l’acheter, il a été vendu souvent aux étrangers. La noblesse et le clergé défendent leur liberté contre leur roi et l’ôtent au reste de la nation… Ce pays arrosé des plus belles rivières, riche en pâturages, en mines de sel et couvert de moissons, reste pauvre malgré son abondance parce que le peuple est esclave et que la noblesse est fière et oisive. »

Les partages de la Pologne

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Les ennuis de la Pologne débutent en 1652 avec le Liberum veto par lequel la Diète impose un vote à l'unanimité pour toutes les décisions, y compris l'élection du souverain ! Cette disposition réduit l'assemblée à l'impuissance et offre aux voisins des prétextes à intervenir à tout va...

Un, deux, trois partages et plus de Pologne

Frédéric II de Prusse invite la Russie puis l'Autriche à se concerter pour procéder au premier partage de la Pologne par les traités des 17 février et 5 août 1772. La Russie s'empare de la Russie Blanche, l'Autriche de la Galicie, sauf Cracovie, et la Prusse de la Prusse occidentale. La Pologne perd deux cinquièmes de son territoire.

Le pays passe ainsi d'une superficie de 733 000 km² et environ 11 400 000 habitants en 1771 à une superficie de 522 000 km² et 6 900 000 habitants. C'est une humiliation. Et ce n'est qu'un début.

Les trois partages de la Pologne, 1772, 1793 et 1795.Des nobles réformateurs, tels que Stanislaw Malachowski ou Hugo Kollataj, parviennent à faire abolir le liberum veto en adoptant la Constitution du 3 mai 1791. Mais il est trop tard, cette mesure a ruiné le fonctionnement du pays. La nouvelle Constitution déclare la monarchie héréditaire et ouvre aux bourgeois les mêmes privilèges qu'à la noblesse. Du coup, un groupe de nobles va s'en plaindre à la Russie et forment la confédération de Targowica en mai 1792.

Les troupes russes envahissent une nouvelle fois la Pologne. La Prusse en profite. Elle se dit solidaire de la Russie et envahit la Pologne. Début 1793, le pays est entièrement occupé par les troupes russes et prussiennes. La France, protectrice habituelle de la Pologne, est livrée à l'impuissance par les troubles de la Révolution, sur son propre sol... 

Suite à cela, le deuxième partage du 23 septembre 1793 découpe la Pologne, qui avait alors un territoire de 307 000 km2 peuplé d'environ 3 millions d'habitants, en deux : Catherine II obtient les provinces orientales et la Prusse. L'Autriche est exclue de ce partage car occupée par la guerre contre la France. 

Les Polonais tentent un ultime soulèvement, sous la direction des nombreux réformateurs qui ont voté la Constitution en mai 1791. Ils remportent quelques victoires contre les Russes mais Prussiens et Autrichiens viennent secourir leur ennemi. Ils se retrouvent seuls face à ces trois puissances.  Le coup fatal au dernier mouvement d'indépendance est porté le 10 octobre 1794 avec la capture de Tadeusz Kosciuszko, le chef du mouvement, à Maciejowice.

S'ensuit alors le troisième et dernier partage de la Pologne par les traités du 24 octobre 1795. Le 28 janvier 1797, un ultime traité anéantit définitivement la Pologne en affirmant « la nécessité d'abolir tout ce qui peut rappeler le souvenir de l'existence du royaume de Pologne, dont la dénomination demeurera dès à présent et pour toujours supprimée. »

Bilan de ce jeu de partages : la Russie est la grande gagnante ! En effet, elle a récupéré 45% de la population polonaise. L'Autriche arrive en deuxième place avec 32% et, loin derrière, la Prusse a récupéré 19,5% de la population de la Pologne. 

« Finis Poloniae ! ». C'en est fini de la Pologne. Au début du XIXème siècle, le diplomate autrichien Metternich dira de la Pologne qu'elle n'est « qu'une simple expression géographique ». 

Une question s'impose : sans l'institution du liberum veto, la Pologne aurait-elle été mieux armée pour se défendre sur la scène internationale face à des voisins un peu trop gourmands ? Sans aucun doute. 

Quoiqu'il en soit et sans grande surprise, elle disparaît de la carte des États européens pendant 123 ans et ne réapparaîtra qu'en 1918, sur les ruines de la Grande Guerre. Mais ses vieux démons la rattraperont, faisant à nouveau basculer le pays dans un destin funeste en 1939. Encore une fois en proie aux ingérences étrangères et du fait de sa position géographique, la Pologne sera envahie par Hitler qui en laissera la moitié à Staline. Partagée entre le Führer et le Petit Père des peuples, elle sera une fois de plus rayée de la carte...

L'Ombre De Napoléon visitant Les héros De La Pologne, lithographie, P. Simonau, vers 1830, Paris, BnF, Gallica.

« Sous le poids des revers, vous êtes immortels !...
Électrisé par vous ! je sors du séjour sombre...
Vous n'êtes pas vaincus ; et vos tyrans cruels ;
Trembleront à jamais à l'aspect de votre ombre. » 

Napoléon 

Publié ou mis à jour le : 2024-04-05 12:43:54

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