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Les bronzes de la discorde

Camouflet de Pékin à Paris


La Chine a pris prétexte de la vente à Paris de deux statuettes en bronze volées à Pékin en 1860 pour exiger leur restitution. Ce camouflet est la sanction des erreurs passées...

Au printemps 2008, pendant les émeutes antichinoises de Lhassa (Tibet), quand les Occidentaux manifestaient à cor et à cri contre le gouvernement de Pékin, Herodote.net avait souligné l'indécence qu'il y avait à s'ériger en donneurs de leçons à l'égard de la Chine.

Ni le gouvernement de Pékin ni les Chinois n'ont oublié les humiliations gravissimes que leur ont infligées les Européens, en particulier les Britanniques et les Français, de la première guerre de l'opium au sac du palais d'été et à la révolte des Boxers. Malheureusement, il semble que les Européens aient une mémoire beaucoup plus courte ou sélective, à moins qu'ils n'ignorent tout simplement ce pan de leur Histoire.

La diplomatie française en charpie

Nicolas Sarkozy lui-même a réussi le tour de force de ruiner en quelques mots les excellentes relations établies il y a près d'un demi-siècle entre la France et la Chine par le général de Gaulle, lequel avait été le premier dirigeant occidental à nouer des relations diplomatiques avec Pékin !

Sur la question tibétaine, au lieu d'une position franche comme la chancelière allemande Angela Merkel qui avait reçu le dalaï-lama, le président français a alterné les formules conciliantes à l'égard des chancelleries et les rodomontades à l'égard de son public.

Plus grave, cédant à sa manie irrépressible de rabaisser ses interlocuteurs («quand il y a des grèves, maintenant, on ne s'en aperçoit plus», «les chercheurs, il faudrait aussi qu'ils trouvent»,...), il a commis une gaffe que les Chinois pardonnent mal, leur faire perdre la face, en déclarant publiquement : «Je ne me laisserai pas imposer mon calendrier par Pékin» (à propos de l'annonce d'une rencontre avec le dalaï-lama).

Les dirigeants chinois ne se sont pas contentés de discrètes représailles économiques. Ils ont attendu l'occasion d'un éclat diplomatique. Elle est arrivée avec la vente de la collection d'art d'Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé, au Grand Palais (Paris), le 25 février 2009.

Dans la vente en question figuraient deux têtes en bronze de 30 ou 40 cm, l'une de rat, l'autre de lapin, réalisées pour l'empereur au XVIIIe siècle. Ces têtes font partie d'un lot de douze pièces qui évoquent le zodiaque chinois. Le lot avait été volé lors du sac du palais d'été de Pékin, en 1860.

Rachetées par des collectionneurs privés et circulant sur le marché libre, ces pièces peuvent être facilement récupérées par leur légitime propriétaire, le gouvernement chinois. Soulignons-le, elles n'ont rien à voir avec les oeuvres d'art volées au cours des siècles et placées dans des musées nationaux sous la protection des États (frises du Parthénon au British Museum, peintures et sculptures italiennes au Louvre etc).

Comme il l'a déjà fait pour la plupart des autres pièces du lot, le gouvernement chinois aurait pu demander à un courtier d'acheter les deux statuettes et de les lui revendre... Il a préféré l'esclandre.

Il y a eu d'abord une protestation diplomatique en bonne et due forme à laquelle le propriétaire Pierre Bergé, ancien fidèle de François Mitterrand, aujourd'hui soutien de Ségolène Royal, a répondu avec une légèreté qui ne le cède en rien à celle du Président de la République : «Je suis absolument prêt à donner ces deux têtes à la Chine. Tout ce que je demande en contrepartie est que ce pays donne les droits de l'homme, la liberté au Tibet et accueille le dalaï-lama».

Ensuite est venu l'esclandre proprement dit : la révélation que l'acheteur, un antiquaire chinois, refuse carrément de payer les bronzes et en exige la restitution gratuite à Pékin. L'affaire en est là pour l'instant... Parions que d'ici quelques semaines ou quelques mois, après beaucoup de dégâts collatéraux, le gouvernement français convaincra Pierre Bergé d'offrir les deux têtes à Pékin.

De l'inconvénient d'ignorer l'Histoire

L'Histoire nous l'enseigne : tout fait sens dans la diplomatie chinoise, aussi bien une partie de ping-pong (c'était au temps de Nixon et Mao) qu'une vente de bibelots !

L'affaire des bronzes s'inscrit dans le bras de fer commercial entre les deux géants que sont les États-Unis et la Chine. Cette dernière, faute de pouvoir s'en prendre de front à son puissant débiteur, va lui démontrer sa capacité de nuisance en bousculant la diplomatie française.

Le temps est loin où, à Washington comme à Pékin, on écoutait avec respect la voix d'un vieux général...

Joseph Savès


Publié ou mis à jour le : 2016-06-30 14:08:57

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