Indépendance de la Grèce

Les Grecs se libèrent des Turcs

L’insurrection grecque a commencé vers la mi-mars 1821 et malgré la sauvagerie de la répression turque, elle n’a pu être étouffée. Sur terre comme sur mer, les combattants font preuve d’une audace et d’un courage qui semblent sans limite. Mais cette guerre est aussi une révolution, dans laquelle s’affrontent des groupes sociaux aux objectifs divergents – paysans sans terre, notables qui ont bâti richesse et pouvoir en se faisant le relais de la puissance ottomane, bourgeoisie commerçante des îles.

Tenu en échec, le sultan Mahmud II se résigne, en 1824, à faire appel à son vice-roi d’Égypte, Méhémet Ali, un despote modernisateur qui s’est doté d’une armée et d’une flotte modernes. Son fils, Ibrahim, conduira une sanglante reconquête dont la prise de Missolonghi (avril 1826), au terme d’un terrible siège, est le point d’orgue. Mais le martyre infligé aux habitants, les trois mille têtes alignées sur les remparts et la vente comme esclaves des survivants transforment sa victoire en défaite politique.

Mort du héros grec Markos Botsaris lors du premier siège de Missolonghi, le 21 août 1823 (Marsigli Filippo, musée Benaki, Athènes)

Les grandes puissances à la manoeuvre

Dès 1823, rompant avec la politique de Metternich, le cabinet britannique a reconnu les Grecs comme belligérants et leur a permis de lancer à Londres un emprunt public qui sera suivi de plusieurs autres, dans des conditions telles que l’État grec se trouvera, au moment de son indépendance, dans une situation d’étroite sujétion financière à l’égard du Royaume-Uni ! L’empereur de Russie, qui se veut protecteur des orthodoxes, puis le roi de France ne lui laisseront pas le champ libre. À leur tour, ils changent de politique.

Et puis les opinions s’émeuvent des massacres qui se succèdent – de Chios à Missolonghi. Les comités philhellènes se multiplient, collectent des secours, de l’argent, poussent les gouvernements à agir ; artistes et intellectuels se mobilisent : Byron bien sûr, mais aussi Shelley, Goethe, Hugo, Lamartine, Rossini, Berlioz, Delacroix, Jeremy Bentham, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville…

D’autres partent combattre en Grèce, notamment des officiers de l’Empire devenus demi-soldes : Fabvier créera l’embryon d’une armée régulière et le futur maréchal de France Regnaud de Saint-Jean-d’Angély le premier corps de cavalerie.

Dès avril 1826, l’Angleterre et la Russie s’entendent sur le projet d’un État grec autonome qui paierait tribut au sultan. Et en 1827 la France prend l’initiative d’un traité tripartite qui menace le sultan d’une intervention navale s’il continue à refuser cette solution : le 20 octobre, dans la rade de Navarin, les escadres des trois alliés détruisent la totalité d’une flotte turco-égyptienne plus de trois fois plus nombreuses. Pour le sultan, le désastre est irréparable, mais il rend aussi les Grecs totalement dépendants des décisions de leurs trois « protecteurs ».

Il faudra encore une offensive russe qui parvient jusqu’aux portes de Constantinople, et une expédition française dans le Péloponnèse qui liquide les dernières places tenues par les Égyptiens et permet aux forces grecques de concentrer leurs efforts sur la Grèce centrale et l’Eubée, pour que, en septembre 1829, le sultan accepte, en signant les deux traités d’Andrinople, les exigences des trois Puissances.

Enfin, le 3 février 1830, à l’initiative des Britanniques qui craignent désormais de voir la Russie tirer trop de profit d’une nouvelle guerre que les Grecs pourraient entreprendre afin d’arracher leur pleine indépendance, les alliés signent à Londres un protocole établissant l’indépendance complète de la Grèce. Mais au terme de leurs tractations, cette Grèce se trouve enfermée dans des frontières trop étroites pour être viables, qui laissent la majorité des Grecs sous domination turque et qui vont, pour un siècle, orienter toutes les énergies nationales vers l’achèvement du territoire.

Sans compter qu’à ces Grecs, soulevés en 1821 pour obtenir un gouvernement représentatif, on impose alors un roi bavarois qui gouvernera en monarque absolu jusqu’à ce que la révolution de 1843 lui impose une Constitution – avant que celle de 1862 ne le réexpédie en Bavière. À la turcocratie, succède ainsi une bavarocratie, le contribuable grec devant payer la cour et les mercenaires, bavarois eux aussi – alors qu’on renvoie dans leurs foyers les combattants de la guerre d’indépendance et que la dette, contractée pour gagner la guerre, met la souveraineté du jeune État à la merci du bon vouloir des créanciers.

Publié ou mis à jour le : 2021-03-24 08:52:56

 
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