Les Comores sont un archipel volcanique au milieu du canal du Mozambique, à 300 km des côtes africaines comme de Madagascar. Elles comptent quatre îles principales d’ouest à est :
• Grande Comore (Ngazidja en comorien, 1148 km2, 450 000 habitants en 2023),
• Mohéli (Mwali, 290 km2, 60 000 habitants),
• Anjouan (Ndzuani, 424 km2, 450 000 habitants) et à 70 km de celle-ci,
• Mayotte (Maore, 374 km2, 320 000 habitants).
Cet archipel est inclus dans un ensemble géographique joliment appelé depuis l'époque coloniale « Trapèze des Mascareignes » ou « îles Vanille ». Il s’agit de six îles et archipels du Sud-Ouest de l’Océan Indien dont la population varie de 100 000 habitants (les Seychelles) à 30 millions (Madagascar) : Madagascar, les Seychelles, Maurice, La Réunion (France), Mayotte (France) et la république des Comores.
Le volcanisme est encore actif à la Grande Comore avec le volcan Karthala qui présente l’un des plus grands cratères du monde et culmine à 2361 mètres. C’est lui qui aurait donné son nom à l’archipel : Cô-Moro, « Là, du feu ! » selon Pierre Launois (1947), mais l'on n'est pas obligé d'y croire... Selon une autre étymologie, l’archipel tirerait son nom d’une expression arabe : « les îles de la Lune ».
Les zones côtières sont propices aux cultures tropicales : cocotiers, ylang-ylang, épices (vanille, clous de girofle, muscade...), bananiers, avocatiers, ananas, etc. Aux altitudes plus élevées poussent le manioc, l’igname, le taro, le riz pluvial et les agrumes.
Le peuplement de l’archipel semble débuter au VIIIe siècle de notre ère avec l’arrivée de pêcheurs et d’agriculteurs bantous en provenance de la côte africaine et peut-être aussi de Sakalaves en provenance de la « Grande Île » (Madagascar). L’islamisation de l’archipel viendra aux alentours de l’An Mil sous l’effet de contacts commerciaux avec la péninsule arabe et la Perse. D’Iran arrivent les Chirazis (habitants de Chiraz), chassés en 922 par les persécutions religieuses.
L’archipel se prête dès lors à des échanges entre Madagascar, qui fournit des esclaves, du riz et du bétail, la côte africaine et l’Orient. La langue véhiculaire de ces échanges est le kiswahili, mélange d’arabe et de bantou. Elle vient en complément des langues locales. À Maore (Mayotte), c’est le shimaore (dérivé du bantou) et le shibouski (dérivé du sakalave de Madagascar).
En 1500 débarquent à la Grande Comore les Portugais. Au XVIIe siècle, les navires hollandais, anglais et français y font aussi escale sur la route des Indes, sans compter les pirates, très présents également sur la côte malgache.
À la fin du XVIIIe siècle, des pillards malgaches multiplient les raids sur l’archipel pour se procurer des esclaves et les revendre aux planteurs des îles Bourbon et de France (La Réunion et Maurice). À Maore (Mayotte), la capitale est déportée à Dzaoudzi, sur l’îlot de Pamanzi, plus facile à défendre que la Grande-Terre.
L’historien Jean Martin voit dans ces raids meurtriers « la plus pénible épreuve qui fut arrivée aux Comoriens » (Comores, quatre îles entre pirates et planteurs, L’Harmattan, 1983). Avant lui, un autre auteur dénommé Urbain Faurec a publié en 1941 un livre intitulé : L’archipel aux sultans batailleurs, Histoire anecdotique de l’archipel des Comores, tout en rappelant qu’on ne peut parler de « sultans batailleurs » qu’à la toute fin du XVIIIe siècle et au début du suivant.
L’expression « archipel aux sultans batailleurs » ne saurait décrire la réalité comorienne, faite d’échanges constants, y compris familiaux, entre les différentes îles. Elle va cependant être récupérée pour justifier d’une part le rôle pacificateur de la France, d’autre part la séparation de Mayotte d’avec les autres îles, au motif de leur mésentente viscérale.
Et vinrent les Français…
L’achat de Mayotte par la France du roi Louis-Philippe est une péripétie burlesque et sujette à plusieurs variantes. L’officier de marine Pierre Passot avait mission de trouver dans l’océan Indien un port d’escale qui puisse remplacer Port-Louis, cédé aux Anglais par le traité de Paris de 1814 avec l’île de France (aujourd’hui l’île Maurice).
Le 14 juillet 1840, Passot accoste d’abord sur la belle île de Nosy-Bé, sur le littoral malgache, et la place sous la « protection » de la France ! Début 1841, il obtient de la reine sakalave Bemihisatra Tsiomeko la cession pleine et entière de l’île à la France.
Là-dessus, sans perdre de temps, il traverse le canal de Mozambique et accoste à Dzaoudzi avec son navire de guerre La Prévoyance. Il prend contact avec le « sultan » Andrianantsouly, qui n’est autre que l’oncle de la reine Tsiomeko.
Ayant perdu son royaume de la « Grande Île », Andrianantsouly s’était réfugié en 1832 à Mayotte et placé sous la protection du sultan local. Puis il avait évincé celui-ci et pris sa place mais ce fut pour se voir aussitôt menacé par les souverains de Mwali (Mohéli) et Ndzuani (Anjouan).
Il se réjouit de l’arrivée de Pierre Passot et conclut avec lui, le 25 avril 1841, un traité par lequel il lui cède Mayotte, une île sur laquelle il exerce une autorité aussi précaire qu’illégitime… En contrepartie, le capitaine lui promet une pension à vie.
Sitôt après, en 1845, est créée à Paris la Société des Comores, une entreprise coloniale vouée à l’exploitation de la nouvelle possession. Mais comme le temps de la traite est passé, pas question pour elle de faire venir des esclaves. Elle obtient du roi Louis-Philippe qu’il abolisse l’esclavage à Mayotte par l’ordonnance du 9 décembre 1846, soit près de deux ans avant son abolition dans les « vieilles colonies » héritées de l’Ancien Régime ! Cynique calcul : les futurs planteurs pourront engager sous contrat des travailleurs, à Mayotte et au-delà, à des conditions souvent plus brutales et précaires que pouvait l’être l’esclavage traditionnel.
Vingt ans plus tard, on compte 38 concessionnaires qui exploitent un total de 120 000 hectares (près du tiers de l’île) pour produire de la canne à sucre, de l’ylang-ylang, etc. Mais très vite, l’engouement retombe. Faute de marchés et de main-d’œuvre, l’économie de plantation fait long feu. Pendant plusieurs décennies, note Rémi Carayol, l’occupation de Mayotte va se limiter à la présence de 200 à 300 Européens sur le rocher de Dzaoudzi, loin des indigènes que l’on méprise.
En 1864, le négociant et aventurier Joseph Lambert (1824-1873) s’installe sur l’île voisine de Mohéli après vingt ans d’intrigues et de trafics sans nom entre Maurice et Madagascar. Il y fonde une sucrerie et noue une relation orageuse avec la sultane de l’île. Le commandant en poste à Mayotte en profite pour imposer à la sultane un traité le 14 juin 1871. Ce traité sera transformé en protectorat en bonne et due forme le 26 avril 1896.
À la Grande Comore émerge la figure d’un autre aventurier, Léon Humblot (1852-1914), surnommé le « Sultan Blanc ». Botaniste de profession, il est chargé d’un voyage d’études aux Comores par le ministre de l’Agriculture Jules Méline en 1884. Séduit par les richesses naturelles de l'île, il obtient une grande concession du prince Saïd Ali ben Saïd Omar, sultan le plus puissant de l’île.
Le 6 janvier 1886, le sultan conclut un traité de protectorat avec le commandant français de Mayotte et le capitaine de vaisseau Bausset Roquefort Duchaine d’Arbaud. Léon Humblot va le mettre en œuvre en qualité de Résident.
À Anjouan enfin, le commandant en poste à Mayotte conclut un traité de protectorat avec le sultan local le 21 avril 1886.
Le 9 novembre 1908, après la conquête de Madagascar, le gouvernement français rattache Mayotte et les trois protectorats comoriens à la « Grande Île » voisine.
Le 25 juillet 1912, enfin, l’archipel des Comores devient une colonie sous l’étroite dépendance du gouverneur de Tananarive. Mayotte elle-même est le parent pauvre de l’archipel, les activités principales se concentrant à Moroni, sur la Grande Comore, à l’exception de l’administration coloniale, à l’abri sur le rocher de Dzaoudzi.
L’archipel des Comores deviendra indépendant au bout de six décennies, le 6 juillet 1975 (à l’exception notable de Mayotte).




Les Comores avant la France










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