De 1688 à 1848

Le temps des Révolutions

La France en vedette

Cent ans avant la prise de la Bastille, c’était déjà la Révolution, mais à Londres (1689). Cette « Glorieuse révolution » sans effusion de sang va inspirer tous les mouvements démocratiques à venir.

Dans les salons français, on cultive l’art de la conversation et l’on brasse des idées nouvelles sur la liberté individuelle et les droits naturels des hommes. On remet aussi en cause l’autorité du clergé et du roi. De Paris, ces idées gagnent toute l’Europe et même traversent l’Atlantique. Les insurgés américains s’en réclament. Dans leur Déclaration d’indépendance, ils proclament le droit de chacun à la recherche du bonheur !

Toute les élites communient dans une même foi dans le progrès et la bonté du genre humain. Et de Philadelphie à Saint-Pétersbourg, c’est en français que s’exprime cette foi. Le XVIIIe siècle est le siècle français par excellence. Ce succès s’appuie sur un dynamisme démographique qui fait de la France le pays le plus peuplé d’Europe avec une jeunesse nombreuse. Les premières années de la Révolution confirment la prééminence de la France. Mais de malheureux dérapages entraînent le pays dans deux décennies de guerres qui vont la saigner à blanc.

Au XIXe siècle, la France doit se contenter d’une seconde place derrière l’Angleterre. La démocratie anglaise se trouve particulièrement à l’aise pour tirer parti des progrès techniques et engager la Révolution industrielle. Quand, en 1848, éclatent sur le Continent des révolutions, faut-il s’étonner qu’elles échouent en quelques mois ? Romantiques et idéalistes dans un siècle ouvrier et industriel, ces révolutions-là se trompent d’époque.

La Glorieuse Révolution

En Angleterre, après la « Grande Rébellion » de Cromwell, la méfiance s’installe entre le Parlement et le trône. Le roi Charles II concède au Parlement l'Habeas corpus (en latin, « que tu aies le corps ») (1679). Ce texte très important impose que tout prisonnier soit déféré sans attendre devant un juge. C'en est fini des arrestations arbitraires !

Le roi suivant, Jacques II, ne cache pas son admiration pour Louis XIV et souhaiterait rétablir la religion catholique. Il a seulement deux filles d’un premier mariage. S’étant remarié, voilà qu’il engendre aussi un garçon. Ses ennemis craignent un renforcement de la dynastie. Ils font appel au gouverneur de Hollande, Guillaume III de Nassau-Orange, qui est l’époux de Mary, la fille aînée du roi.

Guillaume et Mary sont de fervents protestants et des ennemis inconditionnels de la France et de Louis XIV. Autant dire qu'ils ont tout pour plaire aux Anglais ! Quand Guillaume débarque en Angleterre, son beau-père traverse la Manche dans l’autre sens et personne ne se soucie de le retenir. C'est ainsi que les Anglais échappent à une nouvelle guerre civile.

Guillaume et Mary sont élevés de concert à la royauté par le Parlement de Westminster. Ils ne se font pas prier pour accorder aux parlementaires un droit de regard sur les affaires publiques par le « Bill of Rights » (13 février 1689). Cette Déclaration des Droits conclut une « heureuse et glorieuse révolution » sans effusion de sang. Elle met fin aux dissensions religieuses et instaure une monarchie parlementaire stable. La même année, le philosophe John Locke publie un Traité de gouvernement où il expose une théorie du gouvernement démocratique et fait l’apologie de la liberté individuelle.

Les Lumières

En France où le Roi-Soleil est au sommet de sa puissance, la « Glorieuse Révolution » suscite l’irritation que l’on devine. Louis XIV accueille le souverain déchu et poursuit avec un succès mitigé ses guerres tous azimuts. La fin de son règne est affectée par des famines et la guerre de Succession d’Espagne.

Le vieux roi fait face à toute l’Europe ou presque pour maintenir sur le trône d’Espagne son petit-fils, le duc d’Anjou, ancêtre de l’actuel roi Juan Carlos 1er. La Succession d’Espagne inaugure une nouvelle guerre d’environ cent ans (la troisième) entre la France et l’Angleterre. Elle prendra fin à Waterloo (1815).

Louis XIV meurt à 77 ans (1er septembre 1715) en laissant un pays puissant mais en grande difficulté à son arrière-petit-fils et successeur, Louis XV (5 ans).

Sous la régence du duc d’Orléans, la noblesse, trop longtemps bridée, prend sa revanche. Elle remplace les bourgeois au gouvernement et s’arc-boute sur ses privilèges. Elle impose que lui soient réservées les hautes charges de l’armée et de l’Église.

Devenu roi à part entière, Louis XV bénéficie d’un préjugé favorable qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé ». Il confie le soin du gouvernement à un Premier ministre pondéré, le vieux cardinal Fleury. Mais très vite sa réputation s’écorne en raison de ses guerres malencontreuses et de ses maîtresses envahissantes, au premier rang desquelles la marquise de Pompadour puis la comtesse du Barry.

Par le traité de Paris qui met fin à la désastreuse guerre de Sept Ans, la France cède à l’Angleterre la plus grande partie de son empire colonial, en particulier la Nouvelle-France (le Québec) et les Indes (10 février 1763). Mais elle conserve Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti). C’est la seule colonie à laquelle tiennent les bourgeois de l'époque, y compris les « philosophes », en raison des riches plantations de sucre où travaillent les esclaves ; le sucre jouant alors le rôle du pétrole dans nos économies.

Dans les salons parisiens où la haute bourgeoisie et les gentilshommes cultivent l’art de la conversation, on murmure contre le pouvoir monarchique. Un auteur à succès, Voltaire, est même emprisonné pour cela puis s’enfuit en Angleterre. De retour en France, il exalte les vertus de la jeune démocratie anglaise.

De grands esprits remettent en cause l’absolutisme au nom de la raison. Le plus célèbre est Montesquieu. Dans L'Esprit des Lois (1748), il recommande de séparer les pouvoirs législatif (la rédaction des lois), exécutif (l’exécution des lois) et judiciaire. Il propose de confier le pouvoir judiciaire à des juges renouvelés à chaque procès. S’inspirant du modèle anglais, il propose par ailleurs de diviser le pouvoir législatif entre deux assemblées :
- une assemblée populaire ou démocratique qui crée la loi.
- une assemblée de nobles ou haute assemblée qui corrige la loi.

Montesquieu pensait cependant que son système politique n'était applicable qu'aux petites communautés, et à la condition que l'autorité supérieure soit équilibrée par de puissants corps intermédiaires. Il n’imaginait pas qu’il puisse fonctionner un jour dans de grands États comme les nôtres.

Le philosophe Diderot et le mathématicien d’Alembert publient L’Encyclopédie avec la collaboration de tous les savants de leur temps et sous la protection de la marquise de Pompadour. Ils glissent dans ce gigantesque ouvrage des critiques virulentes contre l’Église, bouc émissaire de toutes les injustices.

Jean-Jacques Rousseau, écrivain genevois d’une sensibilité à fleur de peau, va plus loin que quiconque dans la contestation de la société. Il définit l’Homme comme un être naturellement bon, corrompu par l’état social et la propriété. Il influence profondément les révolutionnaires, à commencer par Pascal Paoli, champion malheureux de l’indépendance corse, et Maximilien de Robespierre. Pour les Corses brièvement indépendants, il rédige la première Constitution de l’Histoire. Á l’opposé de Rousseau, Voltaire flatte les souverains et les invite à user de leur pouvoir pour appliquer les idées « philosophiques ».

La France est au XVIIIe siècle le pays le plus peuplé d'Europe avec 26 millions d'âmes. Elle en est aussi le plus puissant et le plus prestigieux. Sa langue et sa culture rayonnent de Berlin à Saint-Pétersbourg. Aussi toutes les monarchies sont-elles affectées par la propagation de ces idées nées à Paris. C’est ainsi qu’au Portugal, en Espagne et en Autriche, la bourgeoisie éclairée conteste comme en France le pouvoir absolu du roi ainsi que l'autorité spirituelle de l'Église catholique... Les jésuites en font les frais. Sous la pression des monarques eux-mêmes, le pape prononce l'interdiction de cet ordre enseignant et missionnaire à la redoutable efficacité.

L’empereur Joseph II, qui gouverne les États autrichiens de 1780 à 1790, est le modèle du « despote éclairé », ami des Lumières et du progrès. Il prend des décisions proprement révolutionnaires connues sous le nom d'« Aufklärung » (Lumières en allemand) : fin du servage, expulsion des jésuites, édit de tolérance, suppression des ordres contemplatifs, suppression de la torture, abolition des corporations,... Joseph II fait aussi de l’allemand la langue officielle de l'empire, à la grande fureur des minorités ! Le « joséphisme » se solde par un échec cuisant... mais il montre la voie aux révolutionnaires français qui s'en prendront en 1793 et 1794 aux symboles de l'Ancien Régime (la monarchie et la religion).

En Angleterre, où la tolérance religieuse est entrée dans les mœurs, les esprits éclairés orientent leurs efforts vers l’abolition de l’esclavage, à l’initiative des Églises. Le député William Wilberforce crée la « Société pour l'abolition de la traite » avec le soutien de son ami, le Premier ministre William Pitt. En France, l'abbé Grégoire l'imite en créant la « Société des Amis des Noirs ».

Independence Day

Les idées philosophiques traversent l’Atlantique et gagnent les élites des Treize colonies anglaises d’Amérique du nord.

À Boston, quelques colons déguisés en Indiens montent sur un vaisseau à l'ancre et jettent sa cargaison de thé à l'eau (16 décembre 1773). Par cette « tea-party », les colons expriment leur rejet d’une taxe votée sans eux par le Parlement de Westminster. Ils réclament d’être considérés comme des citoyens anglais à part entière. Le roi réagit en fermant le port et en exigeant le remboursement de la cargaison par les habitants de Boston. C’est le début de l’insurrection.

Le 4 juillet 1776, à Philadelphie, où ils sont réunis en congrès (Convention en anglais), les représentants des Treize colonies adoptent dans l'enthousiasme une proclamation unilatérale d'indépendance. L'auteur du texte est Thomas Jefferson, un riche planteur de Virginie, propriétaire de nombreux esclaves.

L'Amérique du Nord à la fin du XVIIIe siècle :

Il énonce en des termes voués à l'immortalité le droit de tous les êtres humains à la quête du bonheur :

« We hold these truth to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable rights that among these are life, liberty and the pursuit of happiness… »

(Nous tenons ces vérités pour évidentes que tous les hommes ont été créés égaux et qu’ils ont été dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables parmi lesquels la vie, la liberté et la poursuite du bonheur).

L'anniversaire de ce jour a mérité de devenir la fête nationale des États-Unis d'Amérique.

La guerre d’indépendance commence entre les Patriotes, commandés par Georges Washington, et les armées loyalistes, cependant que les deux tiers des 2,5 millions d'habitants des Treize Colonies restent fidèles à la couronne britannique ou au moins indifférents. L’insurrection a un grand retentissement dans la noblesse libérale d'Europe. La Fayette (19 ans) et beaucoup d’officiers européens rejoignent les Patriotes. Leur expérience militaire sera précieuse aux insurgés. L'écrivain Beaumarchais envoie des armes avec l'approbation du ministre des Affaires étrangères, Vergennes. Le roi Louis XVI en personne se résout enfin à envoyer des troupes régulières outre-Atlantique. Elles permettront aux insurgés d'emporter la décision à la bataille de Yorktown (1781).

Le traité de Versailles consacre l’indépendance des États-Unis d’Amérique (3 septembre 1783). Mais la France paie cher sa revanche sur l’Angleterre. Les finances du royaume sont à sec et le roi est confronté à l’urgente nécessité d’une réforme.

La Révolution démocratique

Du fait de la guerre d’Indépendance américaine et des gaspillages de la Cour, les dépenses de l’État dépassent de beaucoup les recettes fiscales. La France est riche mais le poids de l’impôt repose presque uniquement sur les pauvres, les nobles et beaucoup de bourgeois ayant réussi à s’en défaire en usant de leur pouvoir de pression. La dette de l'État est bientôt telle que ses créanciers ne peuvent et ne veulent plus prêter de l'argent.

Mais les privilégiés refusent tout changement. Ils s'accrochent d'autant plus à leurs privilèges fiscaux qu'ils s’appauvrissent en menant grand train à la Cour. Ils revendiquent eux-mêmes avec acharnement le paiement des redevances seigneuriales que leur doivent leurs paysans. Les plus habiles sont les magistrats du Parlement de Paris. Ils obtiennent le soutien du peuple et de la bourgeoisie éclairée dans la défense de leurs privilèges en dénonçant la volonté de réforme du roi comme une manifestation de tyrannie.

Le roi ne voit plus d’autre solution que de consulter les représentants de la nation selon une procédure en vigueur au Moyen Âge. Il convoque les états généraux à Versailles (5 mai 1789). Les députés sont répartis selon les trois ordres de la société : une partie représente le clergé, une autre la noblesse et les autres - soit la moitié environ des députés – représentent le reste de la nation, le « tiers état », soit près de 98% de la population !

Sitôt réunis, les députés du tiers état se rebellent contre l’autorité royale et prêtent serment de ne pas se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France (20 juin 1789). Les états généraux se constituent finalement en assemblée nationale constituante.

La monarchie a cessé d'être absolue. Mais le roi et la Cour ne se résignent pas. Des troupes sont cantonnées près de Versailles. À Paris, on s’inquiète. Quand le roi renvoie son ministre, le populaire Necker, c’est l’émeute. La foule prend d’assaut une vieille forteresse, la Bastille (14 juillet 1789). Dans les campagnes, les paysans pillent les châteaux. C’est la « Grande Peur ».

Prise de la Bastille (peinture de JB Lallemand (musée Carnavalet, Paris)

Pour ramener le calme, les députés décident dans la nuit du 4 août d’abolir ce qui reste des droits féodaux. Puis ils votent la Déclaration des Droits de L’Homme et du Citoyen (26 août 1789).

Par sa clarté et sa précision, la Déclaration est un chef-d'œuvre de la langue française et un texte de droit exemplaire, universel et intemporel. Elle énonce les droits de l'individu en faisant fi du régime politique, de la religion et des différences sexuelles. Retenons ne serait-ce que le premier article : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». En quelques mots, cet article met hors la loi les statuts dérogatoires, l’esclavage, les discriminations sexuelles, religieuses ou autres. Deux siècles après, on peut regretter que l’on soit encore si loin de sa mise en application.

Le rêve ne dure pas. Comme le roi hésite à approuver l'abolition des droits seigneuriaux, une foule de Parisiennes va le chercher à Versailles. La famille royale ainsi que l’assemblée constituante s’installent aux Tuileries. L’assemblée réforme hardiment les institutions. Elle crée 83 départements, introduit l’égalité devant la loi, garantit la liberté religieuse, supprime les douanes intérieures, abolit les organisations professionnelles, instaure l'état civil, introduit le divorce et le mariage civil, supprime le privilège d'aînesse dans les héritages,...

Elle n'oublie pas qu'elle doit aussi résoudre la crise fiscale. Les caisses de l'État sont vides. Alors, sur une idée de Talleyrand, évêque d’Autun, les députés nationalisent les biens de l'Église. Mais le clergé a besoin d'argent pour vivre et aussi financer ses innombrables oeuvres sociales et éducatives. Qu'à cela ne tienne. Les députés votent la Constitution civile du clergé qui garantit un revenu à chaque prêtre (12 juillet 1790). Le pape condamne le texte.

Le roi, très pieux, se met dès lors en retrait de la Révolution. Il tente avec sa famille de fuir Paris mais il est rattrapé à Varennes. Dès lors, la ferveur monarchiste des Français commence à s'effriter… Pourtant, le 1er octobre 1791, la Constitution entre en application. Elle inaugure une monarchie à l'anglaise avec une Assemblée législative.

Louis XVI, son entourage et les émigrés français poussent les souverains étrangers à intervenir. De leur côté, les révolutionnaires se prennent à espérer une guerre victorieuse qui consoliderait la monarchie constitutionnelle. Sur la base de ce très mauvais calcul, l'Assemblée législative et le roi Louis XVI déclarent la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », en fait l’empereur François II, neveu de la reine Marie-Antoinette.

Dès l'été, la France est envahie cependant que les Prussiens menacent Paris d'un mauvais sort. Surexcitée, la foule envahit les Tuileries. Le roi est déchu et incarcéré avec sa famille dans la prison du Temple (10 août 1792). Une nouvelle assemblée, la Convention, est élue. Elle se réunit le 21 septembre 1792, au lendemain d’une victoire sur les Prussiens à Valmy, et proclame l’abolition de la monarchie.

La Première République française

Le roi est guillotiné (21 janvier 1793) cependant que se forme une première coalition européenne contre la France. À la Convention, les députés du parti de la Montagne, menés par Robespierre, veulent instaurer la dictature pour sauver les acquis de la Révolution et repousser l’invasion. Ils s'appuient sur les sans-culottes parisiens, artisans et petits commerçants à la pointe du combat républicain, ainsi appelés parce qu’à la différence des nobles et des bourgeois, ils portent des pantalons et non pas des culottes de soie.

La Convention proclame la « patrie en danger » et annonce la levée de 300.000 hommes. Les paysans de l’ouest de la France s’insurgent aussitôt au nom de leur foi catholique et de leurs convictions monarchistes. C’est le début des impitoyables guerres civiles de Vendée. L’assemblée confie le gouvernement à un Comité de salut public dominé par Robespierre.

Il s’ensuit quinze mois de terreur. Environ 20.000 personnes sont exécutées pour une raison ou pour une autre. Mais la menace d’invasion étrangère est écartée et les armées de la Révolution occupent même les anciens Pays-Bas autrichiens (la Belgique actuelle).

Rassurés, les députés sacrifient Robespierre (27 juillet 1794 ou 9 thermidor an II selon le calendrier républicain) et mettent fin à la Terreur. Ils donnent à la France un nouveau régime, le Directoire, ainsi nommé parce qu’à sa tête figurent cinq « Directeurs ». Le Directoire relance les réformes, encourage la reprise économique et, pour remplir les caisses de l’État, recommande à ses généraux de piller les pays conquis. Le jeune Napoléon Bonaparte ne se le fait pas dire deux fois. Son armée d’Italie remporte de glorieuses victoires, impose la paix aux Autrichiens (18 octobre 1797) et pille consciencieusement la péninsule italienne.

Les Anglais ne tolèrent pas que les Français occupent la Belgique. Ils fomentent une deuxième coalition cependant que Bonaparte s’embarque pour une désastreuse campagne en Égypte. Quand le général revient en France, la situation politique est anarchique. Bonaparte est sollicité pour conduire un coup d’État et installer une République forte (9 novembre 1799 ou 18 Brumaire an VIII). C’est ainsi que naît le Consulat.

Bonaparte (30 ans), maître tout-puissant de la France avec le titre de Premier Consul, complète les réformes du Directoire : Code Civil, monnaie, éducation,… Il établit la paix dans toute l’Europe et signe un concordat avec le pape. La Révolution est close et beaucoup songent à rétablir la royauté. Mais Bonaparte ne l’entend pas de cette oreille. Il terrorise les royalistes en faisant assassiner un jeune prince de sang royal, le duc d’Enghien. Il se fait enfin sacrer empereur à Notre-Dame de Paris par le pape, contraint et forcé (2 décembre 1804).

Les Anglais fomentent une nouvelle coalition. Entraîné dans une fuite en avant, Napoléon 1er soumet l’Europe continentale à ses ordres, abat sans scrupule de vieilles dynasties, modèle et remodèle les frontières en fonction des aléas militaires. Les peuples asservis cèdent aux sirènes du nationalisme et se soulèvent contre les Français, à commencer par les Espagnols auxquels on doit l’invention du mot guérilla.

Pendant ce temps, l’inflexible Angleterre consolide son hégémonie sur les océans, étend son emprise sur les Indes et développe ses relations commerciales avec l’empire chinois. Dans l’Amérique hispanique, la tourmente napoléonienne permet aux bourgeoisies créoles ou blanches de proclamer leur indépendance. Elles en profitent pour asseoir leur domination sur les populations métisses et ouvrir leurs ports aux navires de commerce anglais et américains. Les Etats-Unis achètent à la France l’immense Louisiane et doublent d’un coup leur superficie.

L’empereur des Français est acculé à l’abdication en 1814. Le frère de Louis XVI restaure la monarchie sous le nom de Louis XVIII et octroie une Charte constitutionnelle à l’anglaise. Quelques mois plus tard, l’ex-empereur porte un coup fatal à la France. Quittant son exil douillet de l’île d’Elbe, il reprend le pouvoir pour Cent Jours. Après la défaite de Waterloo (18 juin 1815) et un exil définitif à Sainte-Hélène, il laisse la France plus affaiblie que jamais. Les Alliés ramènent ses frontières en deçà de ce qu’elles étaient en 1792 et le roi Louis XVIII ne peut plus contenir la soif de revanche des émigrés royalistes. C’est la « Terreur blanche », le blanc étant la nouvelle couleur du drapeau.

L'Europe du Congrès de Vienne :

La Sainte Alliance

Après la tourmente révolutionnaire et la chute de Napoléon 1er, le tsar Alexandre 1er, l'empereur d'Autriche François 1er et le roi de Prusse Frédéric-Guillaume 1er signent le pacte de la Sainte-Alliance afin de promouvoir les préceptes de justice, de charité et de paix « au nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité des trois puissances orthodoxe, catholique et protestante » (26 septembre 1815). Ils sont rejoints par le Royaume-Uni puis par la France de Louis XVIII. L'Europe va dès lors vivre dans une paix relative pendant près d'un demi-siècle. La carte du continent sera à peine modifiée par l’avènement de la Belgique indépendante (1830).

Cette stabilité est propice au développement économique. Les innovations techniques s’étaient multipliées dès la fin du XVIIe siècle en Angleterre, en liaison avec les progrès de l'alphabétisation et une plus grande liberté d'expression. Après l’invention de la machine à vapeur par James Watt (1769), on peut parler de révolution industrielle tant les changements deviennent rapides, une invention en appelant une autre (comme aujourd’hui avec l’informatique et l’internet).

La machine à vapeur fonctionne au début avec du charbon de bois. Bientôt, le bois ne suffit plus. Il faut du charbon de terre (houille). Riches en gisements houillers, l'Angleterre, la Belgique et l'Allemagne prennent de ce fait une certaine avance dans l'industrialisation. Après l’invention de la locomotive par Stephenson (1813), les chemins de fer connaissent aussi un rapide essor dans toute l'Europe et aux États-Unis.

Dans le même temps, en Europe occidentale comme au Royaume-Uni, la bourgeoisie tient le haut du pavé. Elle participe au gouvernement et n’est plus snobée par l’aristocratie comme au siècle précédent. Elle cultive les vertus de travail et d’épargne propices à ses affaires. Mais la jeunesse leur préfère les passions sentimentales et l’amour de la Nature. C’est le triomphe du romantisme dans les arts et les lettres.

On s’enflamme pour les causes humanitaires. Les Grecs se soulèvent contre l’oppresseur turc. Ils sont réprimés avec brutalité (200000 morts). Eugène Delacroix expose Les massacres de Chio (1824). Le poète Byron s’engage aux côtés des Grecs. Finalement, les puissances occidentales s’unissent contre les Turcs. Elles détruisent leur flotte dans la rade de Navarin (20 octobre 1827) et arrachent l’indépendance de la Grèce. Ce sont les prémices du « droit d’ingérence » cher à Bernard Kouchner.

Le sultan ottoman comprend qu’il doit moderniser son pays sans attendre. Par la charte dite de Gulhané (1839), il proclame l’égalité devant la loi de tous ses sujets, quelle que soit leur religion, en contradiction avec la Loi coranique, qui fait des non-musulmans des protégés (dhimmis) ou citoyens de seconde zone... Mais le jeune sultan (16 ans) se révèle trop faible pour mener à son terme la rénovation de son pays, comme après lui les empereurs de Russie et de Chine. Chez les Turcs montent de violents ressentiments contre les minorités chrétiennes (Arméniens et Grecs) qui vont aboutir à de criminelles dérives ultra-nationalistes et réactionnaires.

En France, le roi Charles X, frère et successeur de Louis XVIII, est violemment critiqué par les libéraux. Il organise une opération militaire contre la Régence d’Alger pour détourner l’attention de l’opinion publique des affaires intérieures. Alger, ancien repaire de pirates, est conquis sans mal (14 juin 1830) mais le roi Charles X n’en doit pas moins quitter le pouvoir un mois plus tard. Il est remplacé par un cousin de la branche rivale des Orléans, Louis-Philippe 1er. Les Français n’ont guère envie de rester en Algérie et négocient des arrangements avec les chefs locaux. Mais l’un d’eux, Abd el-Kader, se rebiffe et proclame la guerre sainte. Les Français soumettent dès lors le pays avec une rare brutalité.

Si ce n’est la conquête de l’Algérie, la France sommeille sous le règne du « roi bourgeois » Louis-Philippe 1er. L’Église catholique en profite pour récupérer la place privilégiée qui était la sienne avant la Révolution. Le roi lui-même, faisant fi des guerres passées, inaugure une « Entente cordiale » avec le Royaume-Uni et rencontre la reine Victoria.

Le Royaume-Uni est devenu la première puissance industrielle et maritime du monde à l’épreuve des guerres napoléoniennes. Aux Indes, ses marchands et ses soldats imposent leurs volontés à l’empereur moghol et à la plupart des princes hindous.

Les Anglais s’immiscent aussi dans les affaires chinoises en vendant de l’opium produit aux Indes. Le gouverneur chinois de Canton ayant fait saisir et brûler une cargaison, Londres s’en indigne et considère que l’affaire porte atteinte aux sacro-saints principes du libre-échange. Une escadre va demander réparation à l’empereur. La « guerre de l’Opium » se conclut par le traité de Nankin (29 août 1842), par lequel le gouvernement chinois ouvre ses ports aux Anglais et leur cède l’îlot de Hongkong qui commande l’accès à la Chine du sud. C’est la première application de la « diplomatie de la canonnière ». C’est aussi le premier des « traités honteux » qui vont livrer la Chine aux Occidentaux.

Une secte, les Taiping, appelle les Chinois à se révolter contre la dynastie mandchoue, coupable de collusion avec les « Diables roux ». Elle est anéantie par les forces impériales, appuyées pour l’occasion par un corps expéditionnaire britannique. La révolte aura fait une vingtaine de millions de morts dans un pays qui en compte 300, soit le tiers environ de la population mondiale, celle-ci ayant franchi le cap du milliard au début du XIXe siècle.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-22 17:50:26

 
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