Beethoven (1770 - 1827)

Le plus insaisissable des compositeurs

Portrait de Ludwig van Beethoven, Josef Willibrord Mähler, 1815, Autriche, Vienna Museum. L'agrandissement montre le buste de Beethoven réalisé par Hugo Hagen, XIXe siècle, Bonn, Beethoven-Hauss Museum.Durant sa jeunesse, Ludwig van Beethoven a croisé quelques compositeurs célèbres.

Un seul, Haydn, a su entrevoir le génie exceptionnel de ce misanthrope que le destin allait durement frapper.

En dépit des nombreux témoignages de ses contemporains et des documents qu’il a laissés, Beethoven reste une énigme.

Sa vie, sa carrière, ses goûts et ses inclinations sont pétris de contradictions…

Sursum corda !

« L’Ode à la joie » de Beethoven (9e Symphonie) a été proclamée en 1985 hymne officiel de l'Union européenne. Elle a été jouée le vendredi 20 mars 2020, à distance, par les musiciens de l'orchestre philharmonique de Rotterdam, pour soutenir les personnes confinées et les soignants qui se battent contre la pandémie du Covid-19.

L’éducation sommaire d’un futur virtuose

Ludwig van Beethoven, né le 16 décembre 1770 à Bonn en Rhénanie-Westphalie, n'est pas issu, contrairement à d’autres grands compositeurs, d'une famille de musiciens.

Portrait de Beethoven enfant, anonyme, vers 1783, Vienne, Kunsthistorisches Museum. L'agrandissement est un portrait de Beethoven par Carl Traugott Riedel, 1801, Leipzig, d'après la gravure de J. Neidl et le portrait de G. Stainhauser, BnF, Gallica.Son père, prenant conscience de ses dons, va tenter de les exploiter en l'exhibant et organisant des concerts à travers toute l'Europe. Il le traîne même jusqu’à Vienne pour qu' il rencontre le fameux Mozart.

En 1792, Ludwig a 22 ans et retourne à Vienne où il travaille avec des professeurs connus mais guère plus clairvoyants que Mozart. Aucun ne comprendra qu’un monument se tient devant eux.

Le seul compositeur célèbre qui accepte de le former est Joseph Haydn. Alors vieillissant, celui-ci aura le mérite de reconnaître le talent de son élève.

Le jeune homme arrive à percer comme pianiste virtuose et acquiert une réputation de remarquable exécutant et même de grand improvisateur.

Ses premières œuvres  préfigurent le romantisme (dico). Elles n'en sont pas moins marquées par une grande originalité et il suffit souvent de quelques mesures pour reconnaître la « patte » du maître.

Un « républicain » au milieu des aristocrates

De sensibilité républicaine, le jeune Beethoven a conçu beaucoup d'empathie pour la Révolution française et même fréquenté les cercles jacobins. Il a applaudi à les victoires des armées françaises, y compris au détriment des principautés monarchiques de l'Allemagne.

Il a même vu en Bonaparte un héros et un guide à son goût et lui a dédié sa troisième symphonie, dite Symphonie Héroïque. Mais quand Bonaparte s'est fait couronner empereur sous le nom de Napoléon Ier, certains biographes assurent qu'il aura biffé d'un trait rageur cette dédicace. Cela étant, le compositeur a songé aussi à dédicacer à Napoléon sa grand-messe en ut majeur en 1807...

Incompréhension des femmes

Beethoven arrive à s'introduire dans la haute société viennoise et plusieurs dames se disputent même ses leçons de musique…

Il s’enflamma pour plusieurs d’entre elles mais il n'est pas sûr qu'il se soit véritablement lié à l’une ou l’autre. Une seule aurait retenu son attention, celle qu'il appelle « l’immortelle Bien-aimée » dans plusieurs lettres retrouvées après sa mort. Il s’agirait de Joséphine de Brunswick qui lui a inspiré son opéra Fidelio.

Mais c'est pour la soeur de celle-ci, Thérèse de Brunswick (1775-1861), l'une de ses nombreuses élèves, qu'il aurait composé en 1810 la célébrissime Lettre à Élise. Cette pièce musicale pour piano se serait en effet appelée en réalité Für Therese (« Pour Thérèse »)... Il est possible aussi qu'elle ait été composée en hommage à Thérèse Malfatti von Rohrenbach zu Dezza (1792-1851), une jeune aristocrate qui rejeta sa demande en mariage. 

Une pensée en « cahiers »

Ludwig van Beethoven composant la Missa Solemnis, d'après Joseph Karl Stizgler, vers 1820, Bonn, Beethoven-Hauss Museum. L'agrandissement montre Beethoven composant la symphonie pastorale dans son étude, 1928, Wilhelm Fassbender, Bonn, Beethoven-Hauss Museum.Dès l’âge de 26 ans, Beethoven commença  à souffrir de troubles de l’audition. Son caractère s’assombrit. Soucieux de ne cacher son infirmité au monde, il devint maussade et misanthrope.

Devenu complètement sourd en 1816, à l'approche de la cinquantaine, il ne communiqua plus qu’à l’aide de « cahiers de conversation ». Ces cahiers, qui lui ont survécu, ont permis de découvrir sa personnalité complexe. Ils ont contribué en définitive à sa notoriété posthume.

À cause de la surdité, Ludwig van Beethoven mit fin à sa carrière de pianiste et de chef d’orchestre mais il continua plus que jamais à composer grâce à sa formidable capacité à reconstituer la musique dans la tête.

L’année 1817 et les suivantes virent revenir son inspiration créatrice et les dix dernières années de sa vie virent s’échelonner certains de ses plus grands chefs d’œuvre, de la sonate pour piano Hammerklavier jusqu’à la toute dernière opus 111, la Missa solemnis, les derniers quatuors et la monumentale Neuvième symphonie...

Tous les genres musicaux

Ludwig van Beethoven a constamment innové dans toutes les catégories musicales, symphonique, instrumentale, pianistique, vocale et religieuse. Il n’y a guère que l’opéra auquel il est resté réfractaire avec une seule oeuvre, Fidelio ou l'amour conjugal. On lui doit au total près de 500 œuvres achevées avec au premier rang ses neuf symphonies.

Celles-ci sont devenues immortelles à l'image de la Cinquième, qui demeure la symphonie la plus jouée dans le monde, tous compositeurs confondus. Cette Symphonie du Destin, où l’on entend le destin frapper à la porte, a été créée en 1808 à Vienne. 

On a vu que la Troisième, dite Héroïque, a été dédiée au Premier Consul lors de sa composition en 1803. La Sixième, connue sous le nom de Pastorale, est un hymne à la nature, avec ses chants paysans et son orage mémorable. La Septième est sous-titrée « Hymne à la danse » sans qu’il y ait le moindre rapprochement avec une musique de ballet.

La Neuvième est celle qui frappe le plus les sens pour sa durée supérieure à une heure et son final sur un texte de Schiller, « L’Ode à la joie », dont un extrait a été choisi en 1985 pour devenir l’hymne officiel européen...


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Publié ou mis à jour le : 2020-03-29 21:46:03

 
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