Charles Delescluze (1809 - 1871)

Le martyr de la Commune

Le 25 mai 1871 dans la soirée, alors que la Commune de Paris est à l'agonie, un homme se dirige vers la barricade de la place du Château-d'Eau  (place de la République) à Paris « ravagée par un cyclone d’obus et de balles ».

Il sait que la cause qu'il défend est perdue, que les Versaillais de Thiers sont sur le point d’écraser les fédérés au terme de cette « Semaine sanglante » qui embrase la capitale. Dès lors, pour lui, il n'est plus question de combattre, mais de mourir. Place du Château-d’Eau, il s’offre seul à la mitraille, foudroyé par le feu des Versaillais.

Portrait de Charles Delescluze par Charles Martin, Paris, musée Carnavalet.À 61 ans, Delescluze a choisi sa mort comme il a choisi sa vie. Car pendant quarante ans, il fut de tous les combats pour l'instauration de la République, de la démocratie, et se montra l'inlassable pourfendeur des injustices sociales.

Activisme politique, journalisme engagé, emprisonnements, vie clandestine, bannissements, exercice de quelques responsabilités électives ont alterné sans répit jusqu’à sa participation à la Commune.

L’inflexibilité de ses convictions et sa résistance aux souffrances du régime carcéral lui ont valu le surnom de « Barre de fer ».

Une insatiable soif de justice

Dès les années 1830, le jeune étudiant en droit, né à Dreux le 2 octobre 1809 dans une famille de la petite bourgeoisie, milite dans les sociétés secrètes, est blessé lors des manifestations liées au procès des ministres de Charles X, puis emprisonné avant de se réfugier en Belgique où il devient journaliste.

Il continue son combat politique à Valenciennes en tant que rédacteur à L'impartial du Nord, une feuille radicale. Ami de Ledru-Rollin, il fait proclamer la République à Valenciennes le 25 février 1848. En novembre, il fonde un journal La Révolution démocratique et sociale ; ses écrits lui valent quatre ans de prison. Il s’enfonce alors dans la clandestinité avant de s’exiler à Londres de 1850 à 1853. 

La Révolution démocratique et sociale, Une du 1er mars 1849, Paris, BnF, Gallica.

Charles Delescluze (1871).De retour à Paris, il est arrêté par la police de Napoléon III. Commence alors une période de six ans au cours de laquelle, il est envoyé de prison en prison jusqu’au terrible bagne de Cayenne. Delescluze profite de l’amnistie de 1859 pour rentrer à Paris… et retourner en prison en raison de son inlassable activisme.

En 1870, élu maire du XIXème arrondissement de Paris, il démissionne en janvier 1871 en protestation au manque de pouvoirs des municipalités. Après avoir demandé le départ de Trochu, il est incarcéré au donjon de Vincennes, puis à la Santé. Élu de la Commune dans le XIe arrondissement, il siège à la Commission exécutive puis à la Commission de la guerre. Il tente de galvaniser le peuple de Paris lorsque les Versaillais entrent dans la capitale : « Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! » Mais très rapidement, il  comprend que la « réaction » l’emportera une fois de plus.

Delescluze a vécu dans le mythe des grands révolutionnaires de 1789, empreint de jacobinisme, persuadé de prolonger leur combat. Il fut poursuivi par tous les régimes. Tous le redoutaient, y compris jusqu’à l’absurde. En 1874, le premier conseil de guerre ne le condamna-t-il pas à mort par contumace tout en reconnaissant : « Sa mort est de notoriété publique » ? Comme si on craignait qu’il eût survécu au mitraillage de la place du Château-d’Eau.


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Publié ou mis à jour le : 2021-10-04 09:11:29

 
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