Bicyclette

La vogue de la « petite reine »

La bicyclette, un engin somme toute des plus bizarres (quelle idée d'avancer en pédalant !), est issue d'une longue gestation et d'une succession d'heureux hasards.

Au commencement, il y a la draisienne, du nom de son inventeur, le baron allemand von Drais. C'est un cadre sur deux roues, manoeuvré par un guidon et propulsé par le mouvement des pieds sur le sol. En dépit de sa rusticité, il connaît un franc succès dans la bonne société.

Sa vocation est de permettre aux piétons d'accélérer leur pas à moindre effort. C'est pourquoi le baron le baptise dans un premier temps Laufmaschine (en français : « machine à courir »).

En 1818, l'année qui suit l'invention, il dépose à Paris un brevet où il qualifie son deux-roues du néologisme « vélocipède » (du latin velox, rapide, et pes, pedis, pied).

Fabienne Manière, avec la contribution de Francis Robin 

La draisienne (gravure du XIXe siècle)
 

Paris, berceau du vélo... cipède

Un dimanche de mars 1861, sous le Second Empire, un client se présente dans un atelier de mécanique du quartier des Champs-Élysées, à Paris, pour faire réparer sa draisienne.

Comme son fils Ernest éprouve des difficultés à manœuvrer l'engin, l'artisan Pierre Michaux a l'idée d'adapter une manivelle munie de pédales sur la roue avant pour la faire tourner « comme une meule ». C'est un triomphe !

Le nom de vélocipède ne s'applique plus désormais qu'à ce nouveau genre d'engin, d'un principe très différent de la draisienne (on ne pose plus les pieds par terre). Il est encore très largement employé sous son abréviation : vélo !

Le vélocipède de Pierre Michaux (aquarelle)L'invention des Michaux se diffuse chez les artisans et les étudiants qui, tous, s'efforcent de l'améliorer.

Deux frères, Aimé et René Olivier, issus d'une famille d'industriels lyonnais proches des saint-simoniens et élèves ingénieurs à l'École Impériale Centrale des Arts et Manufactures, se prennent de passion pour ce véhicule. Ils l'équipent d'un frein et accomplissent en août 1865, de Paris à Avignon la première randonnée cyclotouriste.

Le succès du vélocipède entraîne une série de manifestations à Paris.

La première course officielle sur piste a lieu le 31 mai 1868 dans le parc de Saint-Cloud, en présence du prince héritier Eugène, surnommé Vélocipède IV par les caricaturistes en raison de son ardeur à convertir la cour au vélo. Des médailles à l'effigie de Napoléon III sont remises aux vainqueurs.

On compte bientôt une centaine d'ateliers qui produisent des vélocipèdes. Parmi eux, celui des Michaux, associés à la famille Olivier. Avec 150 ouvriers, sa production mensuelle culmine à près de 300 unités en 1869, quand la famille Olivier rachète la totalité de l'affaire.

Pour obtenir le meilleur rendement possible, les fabricants n'ont de cesse d'accroître le diamètre de la roue avant. On arrive ainsi à des « grands-bi » (bi étant une abréviation de bicycle) qui ont l'inconvénient d'être dangereux.

La bicyclette, une invention très européenne

Après la défaite de Sedan, l'industrie du cycle traverse la Manche. Et une révolution survient, qui va ranger le grand-bi au musée : le pédalier à chaîne.

Le premier brevet pour un véhicule proche de la bicyclette actuelle est déposé à Paris par un certain Desnos en 1868. En 1874, Émile Viarengo de Forville, consul d'Italie à Nantes, dépose à Paris un brevet pour un deux-roues avec un cadre, des pédales à mouvement circulaire placées entre les roues et une transmission par chaîne sur la roue arrière. Des photos attestent qu'il a construit la bicyclette en question. En 1879, l'Anglais Henry J. Lawson dépose aussi un brevet pour un engin similaire.

Vélo ou bicyclette

Le mot bicyclette est issu d'un nom de marque anglais : « The Bicyclette », lui-même forgé sur le terme français bicycle. Il est aujourd'hui compris par un milliard d'hommes.

Toutefois, le terme vélocipède et son diminutif vélo perdurent dans presque toutes les langues de l'ancien empire russe depuis qu'il été diffusé à Saint-Pétersbourg par une succursale de La Compagnie Parisienne des Vélocipèdes (la société de la famille Olivier) en 1869.

Des modèles améliorés sont vendus en France en particulier par le britannique Duncan. En 1886, après que celui-ci eut traversé la ville de Saint-Étienne à bicyclette, les frères Gauthier « s'inspirent » de son modèle pour construire en neuf semaines la première bicyclette française et en propager le nom, qui est au début aussi bien masculin que féminin : « le » bicyclette.

En 1891, André et Édouard Michelin inventent le premier pneumatique avec chambre à air démontable pour bicyclette. Son succès est foudroyant suite à la victoire la même année de Charles Terront sur une bicyclette équipée de pneus et chambres à air Michelin, dans la première édition de la course Paris-Brest-Paris : le vainqueur parcourt les 1220 km en 71h30.

La « petite reine » de la Belle Époque

En 1908, plus d'un million de bicyclettes circulent déjà en France. Ce mode de transport, accessible à un large public, remplace progressivement le cheval grâce à son moindre coût et à son confort accru, en particulier grâce à l'emploi du pneumatique.

Curieusement, il contribue aussi à l'émancipation des femmes et révolutionne la mode. Les femmes, qui ont encore l'interdiction de porter un pantalon, se voient concéder le droit de porter une culotte bouffante pour faire du vélo. Elles en profitent pleinement et dès lors rejettent le corset au profit de vêtements amples et confortables

Parmi ces femmes figure la reine Wilhelmine des Pays-Bas, née en 1880, qui l'enfourche sans façon. La bicyclette lui doit, dit-on, son surnom de « petite reine ».

À la Belle Époque, au tournant du siècle et dans ces années qui précèdent la Grande Guerre, la bicyclette connaît ses heures de gloire. Elle transcende les classes sociales. Elle est prisée des jeunes aristocrates sportifs comme des ouvriers. Des quotidiens lui sont consacrés, Le Vélo et son concurrent L'Auto. Des courses sur piste et sur route attirent le public. Le Tour de France, lancé le 1er juillet 1903, demeure la plus célèbre de ces courses en France et dans le reste du monde.

Le chalet du cycle dans le bois de Boulogne (Jean Béraud, 1901, musée de Sceaux)


Publié ou mis à jour le : 2019-07-28 20:27:05

 
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