L'archéologie, toute une histoire !

Le labyrinthe de Cnossos

Il était une fois un minotaure enfermé au fond d'un labyrinthe, dans une île... Et si cette histoire avait du vrai ? Ce rêve de tout archéologue est devenu réalité lorsqu'un passionné de mythologie repéra sur ses terres la structure d'un palais immense, au nord de la Crète. Quelques années plus tard, suite à l'intervention d'un Anglais, Cnossos allait ressusciter...

Isabelle Grégor

Les Dames en bleu, fresque du palais de Cnossos, entre 1600 et 1400 av. J.-C., Héraklion, musée archéologique. En agrandissement : Panneau de « La Parisienne », fresque du palais de Cnossos, entre 1600 et 1400 av. J.-C., Héraklion, musée archéologique.

Malheureux Minos

Portrait d'Arthur Evans avec le rhyton en forme de taureau, s. d. En agrandissement : Arthur Evans à Cnossos, s. d.Minos... Quel prénom prédestiné ! C'est en effet le bien-nommé Minos Kalokerinós qui a mis au jour les ruines d'une demeure attribuée selon la mythologie à son prestigieux homonyme, le légendaire roi crétois. À l'été 1878, l'homme d'affaires décide de commencer à fouiller un terrain appartenant à son père et où, selon les habitants des environs, se situerait un palais.

Bonne pioche ! En trois semaines il met au jour des magasins ainsi qu'une partie de la salle du trône. Mais à peine trois semaines plus tard les autorités turques, qui contrôlent l'île, mettent fin aux recherches. Le même été, l'archéologue amateur est victime de violences de la part de l'occupant : il perd une partie de sa famille et sa maison est réduite en cendres, avec ses collections et tous les résultats de ses travaux.

C'est un Anglais, Arthur Evans, qui va relever le défi. Directeur du musée universitaire Ashmolean d'Oxford, il n'est pas un inconnu dans le monde de l'archéologie : fort riche, ce « petit homme complètement myope » est réputé pour sa grande culture classique, sa rigueur et son efficacité. Il est surtout passionné par ce que les Crétois appellent les « pierres de lait », des sortes d'amulettes couvertes d'une écriture ancienne et énigmatique qui est censée porter bonheur.

Son enquête le mène du côté de Cnossos, là-même où Heinrich Schliemann, le découvreur de Mycènes et de Troie, souhaitait entreprendre des fouilles, persuadé que le roi Minos était un personnage historique. Le grand archéologue allemand étant décédé avant d'entreprendre les travaux, Evans peut se lancer. Il commence par acheter le terrain pour couper l'herbe sous le pied du directeur de l'Institut français d'Athènes puis crée une fondation, sur ses propres deniers.

Le 23 mars 1900 retentissent les premiers coups de pioche des 200 ouvriers.

Vue du site de Cnossos. En agrandissement : Puits de lumière reconstitué, palais de Cnossos.

On bétonne !

Rhyton en forme de tête de taureau, entre 1600 et 1400 av. J.-C., Héraklion, musée archéologique. En agrandissement : Mégaron de la reine reconstitué, palais de Cnossos.Au fil de campagnes de trois mois, trois années de suite, l'équipe met à jour un immense complexe de 2 000 m2 comportant voies processionnelles, appartements, magasins, sanctuaires... Formé de 1200 pièces, ce labyrinthe était agrémenté de propylées, de bassins et même de portes coulissantes dont les vestiges laissent deviner à quel point le site pouvait autrefois être plaisant. L'ensemble ne pouvant être que le palais de Minos, Evans s'empresse de parler de « civilisation minoenne », une civilisation jusqu’alors méconnue qui brilla entre les XVIIIe et XVe siècles avant J.-C.

Fasciné, l'archéologue va s'efforcer de faire renaître le palais, de façon parfois un peu excessive... Il est vrai qu'il dut vite consolider la structure bâtie à partir de gypse, la matière première du plâtre, qui supportait mal les intempéries. Les supports de bois s'avérant rapidement inutiles, il décida à partir de 1925 d'adopter un matériau nettement plus solide : le béton armé !

De bric et de broc

Le « Prince aux fleurs de lys », fresque du palais de Cnossos, entre 1600 et 1400 av. J.-C., Héraklion, musée archéologique. En agrandissement : Salle du trône reconstitué, palais de Cnossos.L'archéologue se fait architecte, pour le meilleur... et le pire.

Ayant décidé de reconstituer plusieurs étages du palais, il n'hésite pas à prendre quelques libertés avec la réalité en attribuant à des coffres en pierre la fonction de baignoires pour obtenir des « Appartements de la reine » dignes de ce nom ! Les fresques, joyaux du site, sont « restaurées » certes avec beaucoup de goût mais parfois à partir d'éléments dispersés à l'origine dans plusieurs salles.

Ainsi, si la célèbre « Parisienne » est authentique, le « Prince aux fleurs de lys » a hérité d'une coiffe à l'origine peinte dans la pièce attenante ! Quant aux objets trouvés sur place, seuls les plus beaux, ou du moins ceux qui ont échappé à la cupidité des fouilleurs, sont jugés dignes d'être conservés et font aujourd'hui la réputation du musée d'Héraklion, à l'image de « La Déesse aux serpents » et du rhyton en forme de tête de taureau.

Et les pierres de lait ? Une semaine après le début de ses fouilles, Evans découvre près de 700 fragments de tablettes, collection qu'il va au fur et à mesure porter à plusieurs milliers. Rentré à Oxford, il passe le reste de sa vie à tenter de lever le secret de l'écriture crétoise, baptisée linéaire B. En vain.

C'est à son compatriote Michaël Ventris, un simple amateur d'alphabets et de mystères, que revient la gloire de démontrer en 1953 que cette écriture composée de 90 signes servait à retranscrire une forme ancienne du grec, le mycénien. C'était désormais incontestable : Crétois et Mycéniens parlaient bien grec et du même coup, la civilisation de la Grèce antique gagnait plusieurs siècles, trouvant désormais ses origines non plus au VIIIe mais au XVe siècle avant J.-C. Par son obstination, c'est toute l'histoire de l'Antiquité qu'Evans avait contribué à réécrire.

Fouilles à Cnossos, s. d. En agrandissement : William Blake Richmond, Sir Arthur Evans au milieu des ruines du palais de Cnossos, 1907, Oxford, the Ashmolean Museum.

Sources :

Henri-Paul Eydoux, A la recherche des mondes perdus, éd. Larousse, 1967.

 

Publié ou mis à jour le : 2021-05-28 09:11:14

 
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